Crise en Gambie : la grave erreur que la diplomatie sénégalaise ne devrait pas commettre !

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En Gambie, le brutal revirement de situation, après les élections présidentielles, marqué par un refus catégorique de Yaya Jammeh de reconnaître sa défaite risque de mettre ce petit pays au bord du gouffre. Depuis 48 heures, la diplomatie sénégalaise s’active d’arrache-pied afin de remettre les choses à l’ordre et éviter que cette situation ne dégénère.

La position du Sénégal est en effet tout à fait légitime, vue la proximité géographique et culturelle qui le lie à cette ancienne colonie britannique. Depuis 48 heures, à Dakar des voix appellent à affronter le régime de Yaya Jammeh par tous les moyens. Mais, à mon avis, compte tenu de la gravité de la situation en Gambie, le gouvernement de Macky Sall devrait garder une attitude circonspecte.

Il est important de noter qu’en revenant sur ses propos ce 9 décembre 2016, Yaya Jammeh avait minutieusement calculé sa stratégie qui n’est autre que celle de la politique de la « terre brûlée ». Cette stratégie consiste en effet à tout raser sur son passage et à ne laisser à l’ennemi (ici Adama Barrow) aucune chance de prendre le dessus. Une telle situation compliquerait les choses pour le Sénégal qui botterait en touche.

A mon avis, le Sénégal est pour le moment le seul Etat africain à pouvoir mettre en place une médiation sérieuse qui pourrait aboutir à une solution pacifique et durable en Gambie (pour des raisons géopolitiques et socio-culturelles). Une intervention du gouvernement sénégalais pourrait en effet être un recours. Mais, je préfère que cela soit le dernier, lorsque Dakar aura épuisé toutes les pistes diplomatiques.

Pour ne pas s’enliser dans le guêpier gambien, le Sénégal devrait éviter, à tout prix, une intervention militaire unilatérale. La Gambie est un pays souverain et les affaires internes de ce pays (quelle que soit sa proximité avec le Sénégal) ne devraient concerner que les Gambiens. En conséquence, intervenir dans un tel contexte ferait du Sénégal le méchant voisin qui se positionne en « Gendarme ». Cette même erreur a été commise par la Syrie au Liban et nous savons tous les conséquences qui en ont découlé.

Intervenir militairement sans l’aval du Conseil de Sécurité de l’ONU n’aiderait en effet que Yaya Jammeh et son régime (et DIEU sait que Jammeh n’attend que cela). Le dictateur pourrait en profiter pour donner l’ordre à son armée de réprimer le peuple dans le sang et de bafouer une nouvelle fois le droit international. Un dictateur mauvais perdant s’attend toujours au chaos qui lui permettrait d’aspirer à une quelconque légitimité.

Nous ne devons surtout pas oublier qu’en Gambie, il y a eu des élections jugées « transparentes » par de nombreux observateurs et par Yaya Jammeh lui-même (ironie du sort). Alors, voici une arme utilisée par les puissances occidentales (et que je trouve particulièrement efficace) dans ce genre de situation : ne plus reconnaître le régime de Jammeh si ce dernier venait à nouveau à s’emparer du pouvoir.

Ainsi, le Sénégal et les démocraties africaines et occidentales asphyxieront l’économie gambienne moribonde et susciteront des révolutions internes qui, en un laps de temps très court, finiront par faire réagir la communauté internationale. Les puissances occidentales ont utilisé cette arme diplomatique contre Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi. Aucun des deux n’a pu résister plus d’une année.

Edito signé : Cheikh Tidiane DIENG

Rédacteur en chef du site : www.lecourrier-du-soir.com

Email : cheikhdieng05@gmail.com

Twitter : Cheikh_Redac