« Une machine à broyer » : la lettre de suicide du juge Lambert qui s’attaque à la justice française

0
1625

Huit jours après le suicide du juge Jean-Michel Lambert, en charge d’enquêter sur l’affaire Grégory, du nom de ce jeune garçon dont le cadavre a été retrouvé le 16 octobre 1984 dans la Vologne, la lettre du défunt juge est publiée dans son intégralité. Cette lettre a été adressée à Christophe Gobin, journaliste à l’Est Républicain

Voici la lettre intégrale

Mon cher Christophe,

J’ai choisi de vous adresser ce courrier car, d’une part, vous n’avez jamais trahi la confiance que je vous ai accordée, et, d’autre part, vous avez toujours su prendre la distance nécessaire pour regarder une certaine affaire et ne jamais être dupe des événements, les derniers mis en scène avec une impudeur et une vulgarité totales…

J’ai décidé de me donner la mort car je sais que je n’aurai plus la force désormais de me battre dans la dernière épreuve qui m’attendrait.

Ce énième « rebondissement » est infâme. Il repose sur une construction intellectuelle fondée en partie sur un logiciel. La machine à broyer s’est mise en marche pour détruire ou abîmer la vie de plusieurs innocents, pour répondre au désir de revanche de quelques esprits blessés dans leur orgueil ou dans l’honneur de leur corps. Certains de mes confrères ont emboîté le pas avec une mauvaise foi abominable.

Je proclame une dernière fois que Bernard LAROCHE est innocent. La construction intellectuelle que je viens d’évoquer est en réalité un château de cartes qui aurait dû s’effondrer dès le premier regard objectif sur le dossier.

Car, dès novembre 1984, j’ai pu démontrer que si Murielle BOLLE n’était pas dans le car de ramassage scolaire, ce n’était pas le mardi 16 octobre mais le mardi 23 octobre, semaine où elle est rentrée chez elle à cause de la grippe. Les preuves sont au dossier (registre du collège et surtout témoignage du chauffeur de car, Monsieur GALMICHE, que j’ai piégé après la remise d’un certificat médical, je crois par la mère de Murielle BOLLE, et les auditions d’autres collégiennes qui avaient parfois des repères précis mais qui se sont pourtant trompées d’une semaine).

Pour des raisons empruntant parfois le domaine des sentiments les plus beaux, on a depuis 1987 totalement fait abstraction du travail du SRPJ de Nancy ou, plus exactement, on s’est employé à le détricoter. Et, bien entendu, je ne parle pas des mêmes efforts pour démolir le mien.

Les événements depuis juin dernier sont voués normalement à l’échec. Et pour cause…

Pour ne pas perdre la face, on cherchera alors un bouc émissaire. Autant dire qu’il est tout trouvé…

Je refuse de jouer ce rôle. Si j’ai parfois failli, j’ai cependant la conscience parfaitement tranquille quant aux décisions que j’ai été amené à prendre. On ne connaîtra jamais la vérité parce qu’on refuse de voir la vérité. Et pourtant si on acceptait de regarder les annales judiciaires américaines ou transalpines…

Je préfère sonner la fin de partie pour moi. L’âge étant là, je n’ai plus la force de me battre.

J’ai accompli mon Destin.

Retenez, mon cher Christophe, l’expression de mes sentiments plus chaleureux.

Jean-Michel LAMBERT

NB : Je vous autorise, bien entendu, à publier intégralement ce courrier…