Scandale des œufs contaminés : Cinq entreprises touchées en France

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Picture taken on August 4, 2017 shows an employee of the Chemisches Veterinäruntersuchungsamt Münsterland-Emscher-Lippe (chemical veterinary examination office) cracking an egg at the institute in Muenster, northwestern Germany, in order to analyse it on toxic residues. Supermarkets in the Netherlands and Germany moved to halt some egg sales as hundreds of thousands may have been contaminated by a toxic insecticide in a widening food scandal. / AFP PHOTO / dpa / Guido Kirchner / Germany OUT (Photo credit should read GUIDO KIRCHNER/AFP/Getty Images)

Treize lots d’œufs contaminés au fipronil en provenance des Pays-Bas ont été livrés en France à cinq établissements de fabrication de produits industriels à base d’œufs entre le 11 et le 26 juillet 2017 a reconnu le ministère de l’Agriculture. Ils se situent dans la Vienne, le Maine et Loire, le Pas de Calais, le Nord et le Morbihan.

Une substance toxique, le fripronil a été relevée dans des œufs vendus par un grand nombre d’élevages de volailles aux Pays-Bas. En théorie interdit pour les animaux en élevage, le taux de ce pesticide utilisé pour éradiquer le pou rouge et divers acariens chez les poules dépasserait largement les normes de la réglementation européenne selon l’OMS (Organisation mondiale de la Santé).

32 400 œufs, la viande de volaille et de nombreux produits transformés à base d’œufs touchés.

En cause ? Les Pays-Bas se sont vu livrer un produit antiparasitaire contrefait belge à destination des élevages de volaille : le DEGA 16. Avec 180 élevages et 50 000 poules pondeuses, les Néerlandais effectuent des ventes régulières à plusieurs pays étrangers. Dès le 20 juillet, la Belgique sonne l’alerte au sein de l’Union Européenne. Par mesure de sécurité, un élevage dans le Pas-De-Calais est placé sous surveillance le 28 juillet. Ce n’est finalement que le 05 août que l’Union Européenne informe la France de la livraison de 13 lots d’œufs contaminés, soit 32 400 œufs.

Une partie à été réceptionnée par Igreca, le leader mondial des ovoproduits à Seiches-sur-le-Loir (Maine-et-Loire), d’autres à Mirebeau dans la Vienne ou encore le Morbihan chez Futur’œuf. Sont aussi concernées Ovo services à Roncq dans le Nord et Sovimo à Vimy dans le Pas-de-Calais. « Ces entreprises ne sont coupables de rien. Elles sont victimes d’une fraude » déclare Loïc Coulombel, président du Syndicat national des professionnels de l’œuf.

Par mesure de sécurité, la marque de supermarché à bas prix Aldi a retiré la totalité de ses œufs à la vente en Allemagne où 10 millions d’œufs seraient contaminés. Au Royaume-Uni, ce sont plus de 21 000 oeufs déclarés impropres à la consommation. La Suède et la Suisse seraient eux aussi touchés.

Selon le gouvernement, il s’agirait en grande partie non pas d’œufs frais mais d’ovoproduits, c’est-à-dire des substituts de l’œuf obtenus après élimination de la coquille et des membranes. Ils servent à la fabrication de produits industriels comme les plats cuisinés ou les gâteaux, la fabrication de sauces ou de pâtes à crêpes. Sans que cela ne soit encore confirmé, il est conseillé d’également limité sa consommation de volaille. «Nous testons actuellement la viande de poulets dans les élevages dont les oeufs ont été infectés pour déterminer si la viande est également contaminée» a rapporté à l’AFP mardi le porte-parole de l’organisme néerlandais chargé de la sécurité alimentaire et sanitaire. Le secteur traditionnel comme le bio sont concernés.

Quels sont les dangers ?

Bien que le pesticide serait « modérément toxique » pour l’homme, même ingéré en grande quantité, il est important de souligner qu’un enfant aura un seuil de tolérance moins élevé qu’un adulte. Présenté comme un possible perturbateur endocrinien, il agirait sur la fonction thyroïdienne. Aux Etats-Unis on soupçonne qu’il soit cancérigène.

Ingrid Kragl, directrice de l’information à l’association de défense des consommateurs Foodwatch, a déclaré mardi sur FranceInfo que le consommateur est « dans le flou total » concernant « les noms des marques concernées ». « On a l’impression que la gestion de la situation est relativement opaque. Le ministère vient de communiquer mais les consommateurs n’en savent pas plus sur le parcours du produit. Le ministère ne nous renseigne pas sur les fabricants et les potentiels clients. C’est le même silence radio du côté des éleveurs, des fabricants et des distributeurs ».

Près de 300 000 poules contaminées ont déjà été abattues tandis qu’un à plusieurs millions d’autres poules pondeuses pourraient connaître le même sort. Cette décision a été vivement critiquée par diverses organisations de défense des droits animaux qui ont manifesté ce lundi contre cet abattage massif.