Catalogne : le nationalisme dur reprend le pouvoir et met en danger l’Europe de Macron

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Va-t-on vers une nouvelle crise politique en plein cœur de l’Europe ? Sept mois après la destitution de Carles Puigdemont, la Catalogne a élu ce 14 mai 2018 son 131ème président. L’homme n’est autre que Quim Torra, personnalité moins connue certes que son prédécesseur mais républicain et indépendantiste invétéré qui a clairement décliné ses objectifs au Parlement catalan.

Lors de son discours de ce 14 mai au Parlement, Quim Torra avait en effet déjà donné le ton, promettant de mener la Catalogne vers la « République ». « Nous aurons une République, nous aurons une République catalane (…), une nation libre, juste, prospère qui garantit  le bien-être à l’ensemble des citoyens qui la composent », avait-il déclaré.

Le discours de Torra, retransmis en direct par les médias catalans et attentivement suivi par le gouvernement espagnol, avait immédiatement provoqué la réaction de Madrid. Pourtant, en déplacement à Cadiz quelques heures avant le discours, Mariano Rajoy, premier ministre espagnol, n’était pas surpris par le ton belliqueux du président catalan accusé d’avoir proféré des insultes racistes et xénophobes à l’endroit des Espagnols il y a quelques années.

« Je ne vais faire aucun jugement de valeur sur le candidat. Je vais seulement dire une chose : ce que nous avons vu et ce que nous avons écouté ne nous plait pas. Nous croyons qu’il n’est pas représentatif de ce qu’est la Catalogne. Mais, nous allons le juger par ses actes s’il finit par être élu », disait Rajoy.

Je tiens à signaler que le discours de Rajoy a été prononcé ce 12 mai, soit deux jours avant l’investiture de Quim Torra. Il n’a fallu que quelques heures pour que le plan D de  l’indépendantisme fonctionne après la tentative d’investiture ratée de Puigdemont comme président de la Catalogne, mais aussi après celle de Jordi Sanchez et de Jordi Turull, deux personnalités indépendantistes emprisonnées pour leur implication au référendum du 1er octobre 2017. Quim Torra a fini par être investi. D’ailleurs, il prend fonction ce jeudi 17 mai.

Il faut dire que la situation en Catalogne a pris une nouvelle tournure et personnellement, je ne serais pas surpris si dans les mois qui viennent éclate un nouveau conflit entre Madrid et la Catalogne dans lequel l’Europe devra intervenir. A mon avis, ce conflit que les Espagnols appellent « choc des deux trains » arrivera inévitablement.

Il est très important de souligner que l’élection de Quim Torra a été largement facilitée par la CUP (Candidature Unitaire Populaire), mouvement indépendantiste radical dont le leader, Anna Gabriel, s’est exilée en Suisse en février dernier alors qu’elle devait comparaître devant un juge pour son rôle dans la DUI (Déclaration Unilatérale d’Indépendance prononcée ce 27 octobre 2017).

Pour obtenir l’abstention des quatre députés de la CUP au Parlement et être investi, Quim Torra a dû durcir le ton, cherchant frontalement la confrontation verbale avec Madrid en dévoilant, comme il l’a si bien fait dans son discours au Parlement, son intention de mener la Catalogne vers la République, en d’autres termes, vers l’indépendance.

A présent, la question à se poser est celle-ci : Quim Torra a-t-il cherché à séduire la CUP pour pouvoir enfin être investi et éviter le scénario d’une nouvelle élection autonome ou projette-t-il sérieusement la mise en place définitive d’une République catalane, voulue par des millions de Catalans ?

Une chose est sûre : si jamais il applique la feuille de route de l’aile dure du séparatisme qui veut à tout prix l’indépendance de la Catalogne dans les plus brefs délais, alors Quim Torra risque sérieusement de fomenter une nouvelle crise politique entre Madrid et la Catalogne qui, cette fois-ci, pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’Espagne mais aussi pour l’Europe.

Il faut savoir une chose dans ce conflit catalan : les indépendantistes ne comptent rien lâcher après avoir compris que le Parti Populaire (PP) qui dirige l’Espagne est très fortement affaibli. En effet, le PP paie les frais des scandales de corruption qui minent le parti dans toutes les grandes villes espagnoles. Le dernier scandale qui a assommé le parti au pouvoir est la chute de Cristina Cifuentes, personnalité du PP à Madrid qui a falsifié un diplôme de Master sans jamais avoir assisté à un seul cours.

L’autre problème de taille auquel fait face le PP est la perte de plus en plus d’électeurs qui ont rallié Ciudadanos, un parti de centre-droite, dirigé par Albert Rivera (fan de Macron) qui n’éprouve aucune complaisance aux thèses indépendantistes. Mariano Rajoy sait désormais qu’il ne dirige rien et que sa gestion de la crise catalane, jugée très laxiste par les Espagnols, a largement contribué à sa « mort politique ». C’est justement ce qu’a compris Ciudadanos qui ne cesse de le faire chanter.

Aujourd’hui, le seul parti en Espagne qui peut éviter une nouvelle confrontation entre la Catalogne et l’Etat central est Ciudadanos. Mais, la ligne dure de son chef de file face à l’indépendantisme catalan n’arrange pas les affaires de ceux qui œuvrent pour une solution politique à cette crise. Si à cela on ajoute le rôle de la justice espagnole qui a exigé la prison pour de nombreux dirigeants indépendantistes (Oriol Junqueras, Carme Forcadell…), l’équitation devient très difficile à résoudre.

Preuve que Ciudadanos n’est pas prête à dialoguer avec les indépendantistes : ce jeudi 17 mai, Albert Rivera a rencontré Mariano Rajoy au Palais de la Moncloa pour aborder la crise catalane. Parmi les conditions posées par Albert Rivera pour apporter son soutien à un Rajoy complètement affaibli et isolé, il y a le prolongement de l’article 155 de la Constitution espagnole. Ce fameux article qui avait permis de destituer les dirigeants indépendantistes, le jour où l’indépendance de la Catalogne a été déclarée de manière unilatérale au Parlement catalan.

Face à l’arrivée d’un indépendantiste dur tel que Torra à la tête de la Catalogne, deux scénarii sont envisageables : soit il trahit l’aile dur de l’indépendantisme et joue le jeu du gouvernement central en se soumettant à la Constitution de 1978 qui dit que la nation espagnole est une et indivisible ou il se rebelle contre le système et replonge toute l’Espagne et toute l’Europe dans une crise politique sans précédent. Le second scénario me paraît plus plausible.

Quoi qu’il en soit, l’Europe, et notamment la France (où Macron se bat pour rebâtir une Europe forte), doivent rester vigilantes. Sauf erreur de ma part, cette Europe se dirige vers le pire.

Edito signé : Cheikh DIENG, rédacteur en chef et fondateur du site d’information www.lecourrier-du-soir.com

Email : cheikhdieng05@gmail.com