Affaire Benalla : abattu, le gouvernement Macron a du mal à arrêter l’hémorragie

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Ça saigne, ça saigne et ça ne s’arrête pas. L’Affaire Benalla révélée par le journal Le Monde, il y a bientôt deux semaines, prend de nouvelles proportions et risque sérieusement de provoquer la chute d’un gouvernement complètement fragilisé et dont la survie ne tient qu’à un fil.

L’affaire, en elle-même, est d’une gravité extrême et « est symptôme de ce qui ne colle pas » pour reprendre les propos de Stéphane Le Foll, lors de son passage ce mardi sur le plateau de RTL Matin. L’Affaire Benalla est d’autant plus grave qu’elle a mis à nu une chaîne de dysfonctionnements et de mensonges au plus haut sommet de l’Etat.

Certains parlent d’ « amateurisme », d’autres parlent de « copinage malsain ». Moi, je parle d’une véritable « hémorragie ». De deux choses, l’une. Soit les révélations cessent et Macron poursuit son travail de réformer la France ou bien elles continuent pour aboutir à sa chute. La première hypothèse me semble la plus probable. Toutefois, rien n’exclut que cette seconde hypothèse ne se réalise.

En pleine tourmente, l’opposition tente de porter le dernier coup de poignard, en proposant deux motions de censure. Une première depuis 1980. Une motion de censure qui d’ailleurs n’a aucune chance de passer, vu le nombre de députés dont dispose l’opposition : 103 députés pour les Républicains et 63 pour l’alliance Nouvelle Gauche, la France insoumise et le PCF. Insuffisant pour atteindre la barre des 289 voix.

L’Affaire Benalla est d’autant plus périlleuse pour l’Exécutif qu’il met celui-ci face à ses propres contradictions. Ces faits suivants pourront nous aideront à y voir un peut plus clair. Au tout début de l’Affaire, Bruno Roger-Petit, porte-parole de l’Elysée affirmait devant la presse qu’Alexandre Benalla avait une autorisation de la préfecture de police pour se rendre à la manifestation du 1er mai à Paris.

La réaction de Bruno Roger-Petit ce 19 juillet a été la suivante : « cette autorisation lui a été donnée puisqu’il agissait dans le cadre de l’un de ses jours de congé et qu’il ne devait avoir qu’un rôle d’observateur. Il a largement outrepassé cette autorisation ». Sa version ne tiendra pas longtemps. Elle sera détruite quelques jours plus tard.

En effet, ce 23 juillet, alors qu’il était entendu par la Commission d’Enquête sur cette même affaire, Alain Gibelin, Directeur de l’Ordre Public de la Préfecture, a totalement rejeté la version de l’Elysée. Devant la Commission d’Enquête, il dépose sous serment : « je vous confirme que cette autorisation n’existait pas, clairement, puisque s’il existait, elle n’aurait pu émaner que du préfet de police, lequel n’a jamais été ni sollicité pour obtenir une telle autorisation, ni est intervenu de quelque manière que ce soit pour la donner ». Alain Gibelin est revenu sur ses propos quelques heures plus tard pour des raisons que l’on ignore.

Deux jours plus tard, le 25 juillet, l’audition du DG de la Police Nationale assomme l’Exécutif. Devant la Commission d’Enquête, Éric Morvan, Directeur Général de la Police Nationale, dément une nouvelle fois et catégoriquement la version selon laquelle qu’Alexandre Benalla avait été autorisé par la préfecture à se rendre à la manifestation du 1er mai.

« Au terme des événements du 1er mai, aucun signalement de ce type n’a été porté à ma connaissance, aucun incident dans la conduite des opérations ne m’a été révélé. Je n’ai été informé des agissements répréhensibles de M. Benalla qu’à l’occasion de la publication du journal Le Monde », a-t-il déclaré.

Les mensonges au plus haut sommés de l’Etat ont fini par courroucer une population française tenue en haleine par un scandale d’Etat inédit. Certainement, le plus grand scandale d’Etat sous la Vème Républicaine que certains ont d’ailleurs comparé à « Watergate » qui avait secoué les Etats-Unis dans les années 70 et qui avait abouti à la démission de Richard Nixon en 1974.

L’Affaire est d’autant plus embarrassante pour l’Exécutif que le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a été complètement fragilisé. Auditionné par la Commission d’Enquête, il affirme ne pas connaître Gérard Collomb et suscite l’indignation d’une partie de l’opposition qui parle de « fable ».

Le 26 juillet, dans une interview accordée au Monde, Benalla dit pourtant ceci sur Collomb réagissant à la déclaration du ministre de l’Intérieur qu’il ne le connaissait pas. « Je me mets à sa place. Je pense que la connerie vient d’un échelon qui reste à déterminer à la préfecture de police. Il pense que ce n’est pas sa connerie à lui. Tout le monde est en train de l’attaquer, il fait des réponses maladroites ». La déclaration laisse penser que les deux hommes se connaissaient très bien.

Les révélations ne s’arrêtent pas. Alors qu’on pensait que l’Affaire était presque morte et bientôt enterrée, elle connaît un nouveau rebondissement. En effet, ce mardi 31 juillet, une nouvelle vidéo filmée le 1er mai met une nouvelle fois en cause la défense d’Alexandre Benalla. Dans la vidéo dévoilée par France info et Médiapart, on le voit interpeller un individu au jardin des Plantes à Paris.

Qui sait ? Nous aurons certainement droit à d’autres révélations gravissimes sur cette affaire dans les heures, voire les jours qui viennent. Mais, une chose est sûre : l’Exécutif a sérieusement du mal à juguler l’hémorragie et mettre fin à une affaire d’Etat embarrassante qui peut aboutir à la destitution de Macron.

Ma question est celle-ci : comment se fait-il que du jour au lendemain ces mêmes médias qui avaient porté Macron au pouvoir en 2017 se retournent brusquement et violemment contre lui ? Macron a-t-il franchi une ligne rouge ? Nous aurons la réponse à ces questions dans les années qui viennent. D’ici là, le gouvernement Macron est presque à terre et saigne.

 

Edito signé : Cheikh DIENG, rédacteur en chef et fondateur du site d’information www.lecourrier-du-soir.com basé à Paris

Email : cheikhdieng05@gmail.com