19 août 1953 en Iran : voici pourquoi le président Eisenhower et la CIA ont fait tomber Mossadegh

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Shiraz, Iran: Vast portraits of Premier Mossadeq are carried by demonstrators in Shiraz, about 450 miles south of Teheran, in support of the Premier's demand for the passage by the Majlis of the eight-man report limiting the powers of the Shah. 20 April 1953 Great Britain / Mono Negative

19 août 1953 restera à jamais gravé dans l’histoire. En effet, à cette date, l’ex président des Etats-Unis, Dwight Eisenhower avait autorisé la CIA à mener un coup d’Etat à Téhéran pour faire tomber le premier ministre Mohammed Mossadegh et son gouvernement. L’information a été un secret d’Etat qui n’a été dévoilé que très récemment.

« Le coup d’Etat militaire qui a renversé Mossadegh et son cabinet du Front National a été mené sous la direction de la CIA et a été dicté par la politique étrangère américaine. Le coup d’Etat a été préparé et approuvé au plus haut sommet de l’Etat », explique une note de la CIA intitulé : « La Bataille Pour l’Iran ».

Le document souligne la participation de la Grande-Bretagne dans ce projet. La CIA a donné à l’opération le nom de code TPAJAX et les Britanniques l’ont baptisée Operation Boot. A l’origine du coup, des malentendus avec Mossadegh. En effet, d’après le média Politico, Anthony Eden, à l’époque ministre britannique des Affaires étrangères, considérait Mossadegh comme une menace aux intérêts économiques et à l’alliance des pays occidentaux  après la décision de  Mossadegh de nationaliser l’entreprise pétrolière américano-britannique connue sous le nom de BP.

Les agents de la CIA ont toujours maintenu la thèse que le coup d’Etat orchestré en Iran était nécessaire sur le plan stratégique. Pour d’autres, il a été illégal. En 2000, l’ex secrétaire d’Etat américain, Madeleine Albright, s’est prononcé sur cette affaire jugeant que « l’administration Eisenhower croyait que ses actions se justifiaient par des raisons stratégiques ».

Toutefois, elle avait reconnu que ce coup d’Etat avait freiné le développement politique de l’Iran. « Le coup d’Etat en Iran était clairement un revers au développement politique de l’Iran et il est facile de voir à présent pourquoi bon nombre d’Iraniens continuent à regretter cette intervention menée par les Etats-Unis », dénonçait Madeleine Albright.

Le coup d’Etat a renforcé, pendant 26 ans, les pouvoirs de Mohammad Reza Pahlavi, aussi appelé le Shah d’Iran. Ce dernier a finalement été évincé du pouvoir en 1979 lors de la Révolution Iranienne. Il a été installé au pouvoir par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour s’assurer qu’il sauvegarderait les intérêts pétroliers aux Occidentaux.

Après le coup d’Etat, les ex collaborateurs de Mossadegh ont été jugés, emprisonnés et torturés. Le 29 octobre 1953, Hossein Fatemi, ministre des Affaires étrangères sous Mossadegh, a été condamné par le tribunal militaire iranien et fusillé sous les ordres du Shah d’Iran.

Le 21 décembre 1953, Mossadegh a été placé en résidence surveillée pour une durée de 3 ans. Le jour de son procès, il ne s’avoue pas vaincu. « Ce verdict dicté par ce tribunal a accru mes gloires historiques. Je suis reconnaissant envers vous pour cette condamnation. Ce soir, le peuple iranien a véritablement compris le sens du constitutionnalisme », déclare-t-il.

Il restera en résidence surveillée à Ahmadabad jusqu’à sa mort survenue le 5 mars 1967 à l’âge de 84 ans.