Attaque chimique : va-t-on vers une intervention militaire de l’Occident contre la Syrie ?

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Depuis trois ans, l’Occident n’a jamais lésiné sur les moyens pour abattre le gouvernement de Bachar al-Assad, quitte à financer ouvertement des rebelles très proches des mouvements extrémistes. Force est de reconnaître toutefois que ce souhait ardent de faire tomber un gouvernement démocratiquement élu s’est quelque peu volatilisé ces derniers temps.

Cette situation s’explique en effet par les récentes victoires de l’arme syrienne sur le groupe terroriste, Etat islamique qui avait assiégé pendant plusieurs mois la ville d’Alep. Mais, elle s’explique aussi par le soutien indéfectible que la Russie et l’Iran ont apporté et continuent d’apporter à l’homme fort de Damas, Bachar al-Assad

Notons que la présence de forces russes qui combattent activement et sérieusement Daesh sur place est l’un des facteurs clés de la prouesse de l’armée syrienne ces derniers mois, empêchant ainsi toute tentative des rebelles syriens soutenus par l’Occident de gagner du terrain en Syrie. Sans cette présence de forces russes, la guerre en Syrie aurait pris une autre tournure.

Plus le temps passe, plus l’Occident perd tout espoir d’évincer Bachar. Et désormais, il a perdu aussi sa patience. La question syrienne est en effet devenue un véritable casse-tête pour la diplomatie occidentale qui s’active d’arrache-pied pour un « changement de régime » qui serait synonyme d’un coup de grâce au gouvernement de Bachar.

La situation est d’autant plus drôle qu’il y a une semaine, Washington avait été clair sur ses intentions en Syrie, déclarant qu’il ne cherchait plus à faire tomber Bachar al-Assad. L’administration Trump venait ainsi d’assener un coup dur à la diplomatie occidentale qui, ce 4 et 5 mars 2017, devait tenir une conférence à Luxembourg pour débattre sur l’avenir de la Syrie.

Les positions des ministres européens des Affaires étrangères, dévoilées à la veille de cette conférence, ont été claires et nettes. A quelques exceptions près (la Slovaquie et l’Allemagne), ils ont accepté à l’unanimité que l’avenir de la Syrie ne peut plus être envisagé avec Bachar al-Assad. Et comme par miracle, une attaque chimique leur donne raison !

Ce mardi, une attaque chimique a en effet été menée dans la ville de Khan Sheikhoun en Syrie. Le bilan est très lourd. On parle déjà de plus de 170 morts. Alors qu’aucune preuve ne confirme que cet acte est bien celui de l’armée syrienne, les accusations vont bon train. Ce mercredi, le gouvernement américain a ouvertement accusé le gouvernement syrien d’en être l’auteur, allant jusqu’à dénoncer « des actes haineux du régime de Bachar al-Assad ».

Au même moment, la Russie, principal allié de la Syrie et le gouvernement syrien ont catégoriquement nié les faits, pointant du doigt la responsabilité des rebelles dans l’attaque chimique contre les habitants de Khan Sheikoun. Les versions opposées fournies par les deux camps ont créé une véritable guerre médiatique et diplomatique entre Damas et Moscou d’une part et le monde occidental de l’autre. Pour l’instant, personne ne sait de quel côté se situe la vérité.

Cependant, ce qui me surprend dans cette affaire est plutôt la réaction des autorités occidentales. Je tiens à souligner que ce n’est pas la première fois que des attaques chimiques se produisent sur le territoire syrien. En 2013 et 2016, des attaques similaires avaient fait chacune plus de 1 400 morts. Mais aucune n’avait suscité autant de réactions de la diplomatie occidentale.

Ce mardi, François Hollande a dénoncé un « crime de guerre », avant d’appeler « à une réaction internationale à la hauteur de ce crime ». Theresa May, première ministre britannique, a parlé d’une attaque « épouvantable ». En visite en Arabie Saoudite, Theresa May dira : « Je suis claire sur le fait qu’il ne peut y avoir d’avenir pour Assad dans une Syrie stable ».

Même si Londres écarte toute action militaire contre la Syrie, son ministre des Affaires étrangères soutient, sans s’appuyer sur une preuve concrète, que l’attaque a été bien menée par les forces de Bachar. Rappelons que l’attaque s’est produite le jour même où les ministres des Affaires étrangères européennes devaient se rencontrer pour décider de l’avenir de la Syrie.

S’agit-il d’un simple hasard ? En tout cas, la coïncidence me semble assez frappante. L’Occident a-t-il trouvé le prétexte tant attendu pour enfin déclencher une offensive militaire contre la Syrie comme ce fut le cas en 2003 lorsque des armes de destruction massive avaient été évoquées, sans qu’aucune preuve ne soit mise sur la table ? Peut-être !

J’ose confirmer que nous sommes dans la même configuration qu’en 2003. Une attaque militaire contre la Syrie, tant rêvée par l’Occident, est en train de prendre forme sous nos yeux petit à petit. Nous devons nous préparer à toute éventualité car les prochaines heures risquent d’être décisives.

Edito signé Cheikh Tidiane DIENG, rédacteur en chef du site www.lecourrier-du-soir.com

Email : cheikhdieng05@gmail.com