Pétrole et gaz au Sénégal : de la responsabilité s’il vous plait (par Idriss Diallo)

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(Analyse d’Idriss Diallo, chercheur sénégalais vivant au Canada)

Il y’a quand même une ACTION qui s’impose :

1) Si les révélations de Baba Aidara, Sonko, Pape Alé Niang & Cie sont fausses, il faudra les cueillir, les emprisonner à vie et on passe… au nom de la dignité nationale avilie et souillée, au nom de la vérité qui fonde l’exercice de toute fonction, même la plus libérale, la plus personnelle et la moins encadrée.

2) Si les révélations sont avérées, on ne demande pas plus qu’une simple démission du Président de la République et de ses bras cassés de ministres…et on passe

Alors qu’aucune volonté de pédagogie n’est à l’horizon, on demande aux gens de fermer leurs gueules soi-disant que le pétrole est une « affaire spéciale et spécialisée » en d’autres termes très compliqué pour nous les profanes à l’alliage ignorance-inconscience. Dans cette rubrique, rappeler également que le Président qui se targue d’être expert n’est lui aussi qu’un géologue de formation et à ce titre, quoique ayant dirigé PETROSEN, son domaine de compétence ne cadre pas plus de 1% de ce vaste champ multidisciplinaire.

Et qu’on le veuille ou pas, c’est une affaire NATIONALE, CITOYENNE et l’occasion unique pour ce pays de rattraper ce retard dans lequel il est plongé depuis 1960, balloté par des alternances qui se sont concurrencées le record du plus chaotique bilan ;

L’occasion unique aussi de retenir la jeunesse qui dans son écrasante majorité veut quitter le pays à tout prix, l’occasion unique de déployer des politiques publiques sérieuses dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’économie, d’en finir avec l’aide au (sous-) développement ; L’occasion unique également de rendre au pays sa dignité. Donc en aucun cas et pour rien au monde, nous ne fermerons nos GUEULES béantes, baveuses n’en déplaisent à certains.

Au-delà de l’enjeu financier, ces ressources naturelles nous emmènent à un examen de conscience ; Elles nous offrent un choix entre la souveraineté nationale et la soumission internationale. Il est évident que nos pays ne sont pas techniquement et financièrement capables de mener ces projets de bout en bout, cela ne signifie pas tout de même que l’on doit se soumettre au diktat des multinationales et de l’avis d’experts de d’autres pays.

[Quand on t’offre une voiture et que tu n’as pas le permis, tu peux asphyxier ta fierté et te faire conduire eternellement ou te bouger les fesses pour passer ton permis ! C’est aussi simple que ça !]

Dans un billet publié le 15 Novembre 2010 dans Science-Presse (extrait également de son livre la révolution des gaz de schiste, 2010), Norman Mousseau évoquant le modèle exemplaire norvégien dit ceci :

« L’approche norvégienne permettait de préserver l’accès à l’expertise et aux réseaux des grandes pétrolières privées, tout en maintenant le contrôle de l’État. […] Le gouvernement ne s’inquiétait pas de savoir qui, de l’État ou du privé, est préférable idéologiquement, mais plutôt quelle structure de contrôle et de propriété optimiserait les bénéfices pour la Norvège et ses citoyens ».

C’est cette garantie de l’intérêt supérieur de la nation que nous réclamons et c’est uniquement sur ce plan que nous souhaitons être rassuré, informé au plus fin détail. (De passage, PETROSEN devrait au moins se doter d’un site internet tout comme beaucoup d’autres services/entreprises publiques, qui pourtant à longueur de journée nous parlent de révolution numérique et de ses enjeux sans en comprendre et s’appliquer les b-a-ba).

Grace à ses ressources naturelles, la Norvège a connu une expansion économique fulgurante et se taille toujours ou presque une bonne place dans les classements les plus nobles : sur l’IDH (Indice de Développement Humain), la politique sociale, la démocratie, la paix, etc…

Ce sont ces modèles qui nous intéressent et qui nous font rêver. Cependant, à entendre le Premier Ministre lors de son passage à l’assemblée nationale (Questions au Gouvernement Mai 2017) nous citer la Mauritanie et le Gabon en exemple, cela n’est guère rassurant car ces deux pays, au-delà du respect qu’on leur doit, n’en demeurent pas moins que les symboles vivant du néocolonialisme et de la gestion despotique.

Par ailleurs s’il y’a quelque part des gens qui doivent la boucler et sans qu’on leur en tienne rigueur c’est bien la dite opposition sénégalaise. Au-delà de leurs critiques stupides, il n’a jamais été question pour eux de plancher sur le sujet et cela pour l’ensemble des questions d’intérêt national qui se sont présentées dans le paysage politique du Sénégal : aucun travail d’enquête, de réflexion en profondeur, de proposition réaliste, d’anticipation astucieuse, de pédagogie sincère et objective sur ce sujet. Que de mobilisations scandant des slogans creux et vides, que de communiqués et de plateaux télévisés ou ils se livrent uniquement à un décryptage des faits sans jamais être inquiétés par les journalistes; Ces derniers sont tout aussi responsables dans le traitement de l’information et dans le processus d’eveil d’une citoyenneté politique, culturelle, economique etc… En historiens du present detenteur de ce dit 4eme pouvoir , ils sont attendus au front pour la transparence, pour la democratie et toute forme d’eveil des masses dans une neutralité et dans un unique but d’être le contre pouvoir « sein » de tout pouvoir. Comment peut-on penser éclairer les esprits en vociférant, en invectivant, en conspuant ? Quand le vent de la colère souffle sur les esprits, la lumière de l’intelligence s’éteint dit-on. Votre cuisante défaite au referendum ne vous as-t-elle pas servi de leçon ? N’avez-vous pas en fin compris que c’est par la pédagogie, le contact rapproché avec les masses qu’on arrive à bouleverser un système et non pas à coup de meeting dans un rayon de 100km de Dakar et des visites chez les guides religieux ?

[Devant le cas Khalifa Sall personne n’a été en mesure de parler de faits, tous parlent de raisons politiques et d’indépendance de la justice, aussi vrai que cela puisse être, il est de votre devoir à VOUS d’aller au-delà de ça et de batailler sur les faits, les preuves et non les faits divers et les discours pseudo-populistes.]

Les APRistes étaient connus pour leur réactivité viscérale, toujours & systématiquement dans la défense, quand on accuse le Président de leur parti et qui se trouve être le Président de tous les sénégalais ; Mais pour ces questions curieusement personne ne vole au secours du Maitre avec des arguments à la clef ; Mis à part celui décrit plus haut, c’est silence radio.

Peut-être occupés à battre campagne pour redonner une majorité au Président avec des députés qui n’ont pas voté une seule loi d’impact sur vos VIES, sur nos vies et qui n’ont jamais effectué un seul contrôle de l’action du gouvernement ? ; D’ailleurs les avez-vous choisis ou on vous les a recommandés ? (Pensez- y !). Sinon d’applaudir à toute occasion qu’ont -il fait ? qu’ont-ils fait de VOS espoirs, de NOS espoirs à tous ? Ah peut être les bouts de tissus, les T-shirts, les nominations de vos connaissances (HCCT, CES, cabinets, ministères, directions publiques etc.), les billets d’avions pour le pèlerinage vous suffisent ? Le militantisme de parti doit suivre des logiques de l’intérêt général, du patriotisme, de la patrie avant le parti comme vous daignez parfois à le (sous-)entendre sans le vivre. Apprenez enfin que la critique est un pas vers les bonnes interrogations, la construction, la reconstruction, la consolidation des stratégies ; Apprenons dans le cadre de nos engagements respectifs en politique à nous poser des questions au bout de chaque action : « fait-on bien les choses ? les gens sont-ils satisfaits de ce que nous faisons, ne devons-nous pas revoir nos méthodes, nos leaders sont-ils exemplaires, sont-ils à l’image du peuple qu’ils veulent incarner ? Nos actions ont-elles un impact positif sur les plus démunies, les plus fragiles ?  Etc. Sinon cela s’appelle du militantisme « sauvage et aveugle » ! Honte à cette catégorie !

Dans un contexte mondial où les appareils de partis apparaissent de plus en plus désuets et has-been (Patrice Talon du Benin, De Sousa du Portugal ont été élu en Indépendant, En Espagne Podemos s’impose dans l’arène politique et dicte la cadence tout comme la France Insoumise de Jean Luc Mélenchon etc. ; déçu de ne pas voir Macron en exemple ? si ? non ?)  il faut se reformer et cela commence par les interrogations, la fin des combines et la rupture du silence complice des militants, car justement les gens s’en lassent et préfèrent des mouvements spontanées, qui brassent tout sans se soucier de qui est arrivé hier ou aujourd’hui, qui est qui et qui fait quoi, le focus est mis sur un objectif, une ligne directrice, et des stratégies.

C’est en effet sur ces volets de perspectives, de transformation, d’anticipation, d’ajustement des lignes politiques qu’on attendait les cadres de partis mais hélas trop occupés pour la plupart à jouer les lèches-bottes ! Nouvelle classe moyenne voire aisée ne se suffisant plus de la routine de leurs vies dans un 200m2 des quartiers populaires, ils veulent maintenant dans leur ecransate majorité participer à la razzia de terrains dans les Almadies et les cités huppées de Dakar, au partage du butin de la république « bananière ». Honte à cette catégorie !

Devenues une véritable pépinière, un tremplin pour l’arène politique, nombreux sont également ces amicales étudiantes qui apparaissent totalement en marge de la vraie cause étudiante et (cha-)virent de façon assumée dans la politique ! Pour ce cas, la faute est peut-être à voir dans ce système qui a fini de convaincre les jeunes que la réussite c’est les raccourcis qu’offre la politique, c’est les costumes, c’est les gros cylindrés, c’est les bureaux et les maisons… Honte à cette catégorie !.

IDRISS MAHAM

NB : cette analyse n’engage que son auteur. En aucun cas, elle ne reflète la ligne éditoriale du média Lecourrier-du-soir