Discours poignant de Cambadélis : « la gauche doit tout changer, la forme comme le fond »

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Jean-Christophe Cambadélis a démissionné de la présidence du Parti Socialiste (PS)  quelques heures après la proclamation des résultats définitifs du second tour des législatives. Jean-Christophe Cambadélis

Voici le discours intégral

« Françaises, Français, mes chers compatriotes

Ce soir, malgré une abstention alarmante, le triomphe d’Emmanuel Macron est incontestable. La défaite de la gauche est incontournable, la déroute du Parti Socialiste sans appel. La droite fait face à un véritable échec. Enfin, les populistes de tout bord, sont relayés aux marges.

Les électeurs ont voulu donner sa chance au nouveau Président, ils n’ont laissé aucune chance à ses adversaires. Ce soir, le Président de la République a tous les pouvoirs : un gouvernement à sa main et un parlement aux ordres. Pour autant, ce triomphe a un côté artificiel car tous les problèmes de notre pays ne se règleront pas d’un coup de baguette magique.

Car chacun devine que cette imposante majorité ne correspond pas à la réalité sociale et politique de notre pays. Le pouvoir absolu est concentré, exercé en toute verticalité se heurtera à cette contradiction. Monsieur le Président de la République, la France a besoin d’écoute pour affronter ces défis et de confiance pour faire valoir ces atouts.

Elle a donc besoin de dialogue social et d’intelligence collective de ses corps intermédiaires comme de ses territoires. Osez plus de démocratie. Voilà ce dont la France a besoin, voilà le programme de travail qui doit désormais occuper la gauche. La gauche doit tout changer, la forme comme le fond, ses idées comme ses organisations. La gauche doit ouvrir un nouveau cycle.

Il s’agit de repenser les racines du progressisme car ces deux piliers, l’état providence et l’extension continue des libertés sont remises en cause. Il s’agit donc de repenser l’action politique en mêlant le principe d’efficacité à la demande citoyenne. C’est le socle indispensable d’une nouvelle offre politique à gauche pour contrer à la fois le néolibéralisme et le nationalisme.

Il s’agit d’un immense défi, d’une tâche de longue haleine. J’y participerai avec humilité mais je souhaite le faire en étant libre de ma parole. J’accompagnerai ce combat avec volonté, mais je ne le ferai pas en tant que premier secrétaire du Parti Socialiste. Ainsi, une direction collective va se mettre en place dans les plus brefs délais.

Elle devra associer à ses travaux militants, sympathisants, forces vives de la gauche et bien entendu être consultée démocratiquement et de manière régulière. Il ne s’agit pas pour moi d’organiser une retraite mais de permettre une renaissance dans l’ordre. Je prends cette décision sans amertume ni colère, conscient de mon devoir et du moment crucial que traverse la gauche. J’assume simplement, tranquillement ma part de responsabilité.

Je voudrais saluer et remercier toutes celles et tous ceux qui m’ont aidé pendant ces trois années au cours desquelles nous aurons sans cesse couru contre la montre. A tous les militants socialistes, aux élus que je salue, je dis : le brouillard va se dissiper plus vite que vous croyez. Nous avons perdu une bataille électorale décisive mais la guerre contre les inégalités ne s’arrêtera jamais. Dans l’adversité, ne cédons rien de nos valeurs.

Quant à vous mes chers compatriotes, ne laissez personne vous dire que l’esprit de justice sociale est un obstacle sur le chemin de la prospérité car c’est le cœur de la France, sa force et sa fierté. Je vous remercie »