Paris : des militants alertent du danger de mort des grévistes de la faim dans les prisons d’Iran

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Rassemblement d'opposants iraniens pour alerter de la situation des prisonniers politiques en Iran (Paris)

(Reportage)

«28 ème jour de la grève de la faim des prisonniers politiques ». C’est ce qu’on peut lire sur une banderole dépliée Place des Invalides, en face du Quai d’Orsay. Le Comité de soutien aux Droits de l’Homme en Iran (CSDHI) avait lancé un appel d’urgence pour manifester samedi après-midi, en signe de solidarité avec 21 prisonniers politiques qui suivent une grève de la faim depuis le 30 juillet dans un secteur de haute sécurité de la prison de Raja’i Shahr (ville de Karaj, 40 km à l’ouest de Téhéran).

« Certains de ces prisonniers politiques avaient rejoint avec courage le mouvement en faveur de la justice dans les massacres de 1988 dans les prisons iraniennes en écrivant une lettre appelant à traduire devant un tribunal international les protagonistes de ce crime resté impuni », explique Afchine Alavi, membre du Conseil national de la Résistance iranienne présent au rassemblement.

« Cette lettre a été suivie par une expédition punitive dirigée par le chef de la prison de Raja’i Shahr accompagné par des gardes encagoulés qui ont passé à tabac les prisonniers avant de les isoler dans la Section 10, un secteur de haute sécurité entièrement coupé du monde extérieur », ajoute Simin Nouri du CSDHI qui indique que depuis ce déplacement forcé, les prisonniers politiques sont en grève de la faim pour réclamer leur retour au secteur dans lequel ils se trouvaient.

L’Amnesty International s’émeut également de la situation de ces détenus politiques, dans un communiqué du 22 août : « Les autorités carcérales ont couvert les fenêtres de la Section 10 de plaques de métal et scellé toutes les portes et ouvertures extérieures, rendant les cellules quasiment hermétiques. La circulation d’air est très limitée et les cellules sont humides, ce qui met en péril la santé des prisonniers, surtout de ceux qui souffrent déjà de pathologies graves ».

« Les prisonniers détenus dans la Section 10 n’ont pas non plus accès à de l’eau potable sûre, car les systèmes de purification de l’eau qu’ils avaient eux-mêmes achetés n’ont pas été amenés après leur transfert. C’est également le cas des frigidaires, de la nourriture et des ustensiles de cuisine qu’ils avaient progressivement achetés avec leur propre argent au fil des ans » ajoute l’ONG.

 « Le fait que les conditions de détention soient si déplorables que des prisonniers désespérés se sentent obligés d’entamer une grève de la faim pour réclamer le respect des normes élémentaires de la dignité humaine est scandaleux », a déclaré Magdalena Mughrabi, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International dans un communiqué publié à ce sujet.

Les manifestants de la Place des Invalides craignent une répétition du scénario de 1988 pour ces prisonniers politiques. « L’isolement des prisonniers politiques dans des secteurs de haute sécurité démunis des moyens élémentaires de vie et entièrement coupés du monde extérieur a aussi été un prélude aux pendaisons massives des détenus en 1988 », s’inquiète Azadeh une jeune iranienne dont un membre de la famille fait partie des grévistes de la faim.

Un mouvement en faveur de la justice a été lancé depuis un an par les Moudjahidine du peuple pour réclamer le renvoi du dossier des tueries de 1988 dans les prisons iraniennes devant un tribunal international et le jugement des protagonistes « qui sont pour la plupart encore dans le haut de la hiérarchie de la République islamique », rappelle Azadeh.

« C’est une revendication des plus naturelles : un tribunal international pour juger des crimes atroces contre l’Humanité, comme dans le cas de la Yougoslavie ou du Rwanda », dit sereinement un manifestant.

En 1988, l’Ayatollah Rouhollah Khomeiny donne une fatwa pour exterminer tous les prisonniers politiques. Trente mille prisonniers politiques ont été assassinés en moins de deux mois : un véritable génocide politique pour beaucoup d’Iraniens.

« Nos parents nous avaient raconté les exécutions politiques des années 1980, mais nous n’imaginions vraiment pas l’ampleur qu’on a découvert par la suite », dit Sadaf, une jeune femme de 27 ans, venue elle aussi déclarer sa solidarité avec les prisonniers politiques en grève de la faim. Sadaf soutient le mouvement en faveur de la justice depuis la messagerie Télégramme, très active en Iran.

Commencé en été 2016, le mouvement pour la justice conduit par les réseaux de résistance des Moudjahidine du peuple à l’intérieur de l’Iran a rapidement fait tache d’huile. Il a notamment recruté beaucoup de jeunes qui n’ont pas connu les années 1980. Ne s’identifiant pas dans le pouvoir en place, ces jeunes choqués d’ailleurs par l’ampleur des massacres dont ils n’étaient pas informés, trouvent dans ce mouvement pour le jugement des assassins, un espoir pour renverser la dictature.

La plupart des activistes des droits de l’Homme à l’intérieur du pays ont également rejoint ce mouvement. Le Dr. Mohammad Maleki, ancien Président de L’Université de Téhéran, aujourd’hui interdit de sortir du pays, vient de publier un communiqué dans lequel il s’engage auprès des jeunes de rester fidèle à ce mouvement pour la justice « jusqu’au dernier souffle ».

Des manifestations en solidarité avec les prisonniers politiques grévistes de la faim sont organisé depuis une semaine à travers l’Europe et les autres continents pas la diaspora iranienne.

Cela devient une partie intégrante du mouvement pour la justice à travers le pays et à l’étranger iranien. Une activité également intense à Paris. Après une première exposition sur les massacres de 1988 à la Mairie du 1er arrondissement (les 16 et 17 août), une seconde exposition sera également organisée dans le 2ième arrondissement de Paris, le 31 août. Le Maire Jacques Boutault, la sénatrice Evelyne Yonnet, l’ancien vice-président du parlement européen, Alejo Vidal Quadras, ainsi que Mgr Jacques Gaillot y prendront part.

Le CSDHI appelle les autorités françaises et européennes ainsi que l’ONU à mettre la pression sur le régime iranien pour cesser la pression sur les prisonniers politique.  Il faudrait exiger que « la rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits humains en Iran puisse mener des inspections indépendantes et impromptues à la prison de Raja’i Shahr et dans les autres prisons du pays » insiste Simin Nouri.

« Si en 1988 le régime iranien a pu assassiner 30.000 personnes, c’est en grande partie à cause du silence de la communauté internationale », déplore Azadeh qui espère que le monde, la France en premier, prouvera que « les choses ont changé en 2017 ».

Reportage de Hamid Enayat, journaliste iranien vivant à Paris

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