Crise politique en Catalogne : le silence de l’Europe face aux risques d’une guerre civile en Espagne

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L’Espagne se dirige-t-elle vers une guerre civile ? Pour le moment, difficile de répondre à cette question, mais les ingrédients d’un conflit d’une grande envergure entre Madrid et la Catalogne sont déjà présents. La Catalogne, la communauté autonome la plus riche d’Espagne, veut organiser son référendum d’autodétermination ce 1 octobre. Le gouvernement central espagnol de Madrid s’y oppose fermement.

Si en 2014, les indépendantistes catalans avaient pu se rendre aux urnes pour s’exprimer librement sur l’avenir politique de leur communauté autonome (dans un référendum jugé illégal par Madrid), cette-fois ci, cela risque d’être beaucoup plus compliqué. En effet, face à la détermination des séparatistes catalans d’aller jusqu’au bout, Madrid répond avec une fermeté totale : aucun référendum d’autodétermination ne se tiendra sur le territoire espagnol.

Face à la montée en puissance de la violence en Catalogne où des milliers d’indépendantistes tiennent tête au gouvernement espagnol en déployant dans chaque rue de Barcelone les fameuses « Esteladas » (Drapeaux indépendantistes calatans), Madrid est passé à la vitesse supérieure. Depuis plusieurs heures, des forces de sécurité espagnoles sont déployées à Barcelone pour éviter que la situation ne dégénère.

Un déploiement spectaculaire de véhicules de police est noté au niveau du port de Barcelone. Les images qui ont fait le tour du monde renvoient à un passé sombre de l’Espagne : la guerre civile (de 18 juillet 1936 au 1er avril 1939). D’autant plus que dans la classe politique (Espagnole ou Catalane), le ton est monté d’un cran et la rhétorique est devenue de plus en plus belliqueuse.

En déplacement à Majorque ce vendredi, Mariano Rajoy, Premier ministre espagnol, a été catégorique dans un message adressé aux indépendantistes : « l’Etat de droit a interdit le référendum. Ils le savent. Ils en sont pleinement conscients. Hier, le bureau électoral a démissionné pour ne pas payer les amendes qui sont leur infligées par le Tribunal Constitutionnel. (…) Le plus sensé, le plus raisonnable et le plus démocratique aujourd’hui est d’arrêter », a-t-il lancé, demandant aux indépendantistes de respecter la constitution espagnole.

Mais, deux jours avant, Carles Puigdemont, Président de la Catalogne, avait tenu des propos acerbes contre Rajoy, l’accusant d’être « le gardien de la tombe de Franco ». Dans un discours tenu à Sant Cugat del Valles, en banlieue barcelonaise, Puigdemont avait déclaré : « nous savons de quelle tombe ces messieurs sont-ils les gardiens et elle n’est pas ici, mais elle est à Valle de los Caidos ».

Il faut dire que la situation est d’autant plus tendue que des deux camps on refuse totalement le dialogue. Madrid, qui détient les pouvoirs, refuse tout compromis sur la très sensible question du référendum en Catalogne. Le gouvernement central espagnol est même allé plus loin, en donnant l’ordre à sa police nationale de mener des perquisitions dans les locaux de la Generalitat (Gouvernement Catalan).

En effet, ce 20 septembre, sur ordre du ministère de l’Intérieur espagnol, la police espagnole a perquisitionné les locaux de la Generalitat. 14 hauts fonctionnaires du gouvernement catalans ont été arrêtés. Ils sont soupçonnés d’avoir financé le référendum avec de l’ « argent sale ». Quelques dix millions de bulletins de vote prévus pour le référendum ont été confisqués.

Cette décision extrême, prise par le gouvernement espagnol, a été une erreur gravissime qui n’a fait que réconforter les indépendantistes dans leur bras de fer avec Madrid, en leur donnant ainsi tous les arguments pour dénoncer un « Etat tyrannique et totalitaire » qui, selon eux, opère suivant les mêmes méthodes que celles du régime du Général Franco.

Exploitant cette faille du gouvernement, Carme Forcadell, Présidente du Parlement catalan, n’avait pas hésité à faire un parallèle entre le modus operandi du gouvernement espagnol actuel et celui de Franco. En déplacement à Lleida, elle a exploité la situation en déclarant face à son auditoire : « la Catalogne a, une nouvelle fois, des prisonniers politiques comme ce fut le cas il y a 40 ans ».

Plus la date du référendum se rapproche, plus les divergences entre Madrid et la Catalogne s’intensifient et plus le bras de fer perdure. Et au-delà du problème constitutionnel, se pose un autre problème très grave qui oppose cette fois-ci Mossos d’Escuadra (Police catalane) à la Guardia Civil (Police nationale espagnole).

En effet, face à la violence qui gagne du terrain dans différents endroits de la Catalogne, notamment à Barcelone (la Capitale), rétablir l’ordre devient une urgence pour les deux gouvernements. Au moment où Madrid déploie des forces sur le terrain pour éviter à tout prix la tenue du référendum, les Mossos d’Escuadra refusent catégoriquement de s’allier à la police nationale.

Ce samedi, Josep Lluis Trapero, patron des Mossos, a donné l’ordre à ses agents de n’obéir qu’au Ministère de l’Intérieur de la Catalogne et en aucun cas au Ministère de l’Intérieur espagnol. Dans une circulaire publiée par le média catalan LaVanguardia, il est clairement précisé que l’intervention des forces de l’ordre pour empêcher la tenue du référendum ne suppose « en aucun cas une intervention des Mossos d’Escuadra ». En Espagne, certains dénoncent une « désobéissance civile » du patron des Mossos.

Et alors, pendant ce temps, que fait l’Union Européenne ? La position de l’UE sur cette crise espagnole est très précise. Il s’agit, selon elle, d’une crise interne et en conséquence, il n’y aura aucune intervention de l’UE. « La Commission détient les pouvoirs qui lui sont conférés et concernant cette position, nous nous référons à une décision de 2004. (…) Nous devons respecter l’ordre constitutionnel et le cadre juridique de chaque Etat membre », a fait savoir un porte-parole de la Commission Européenne.

Jean-Claude Junker, président de la Commission Européenne, s’est lui aussi prononcé sur cette profonde crise constitutionnelle espagnole qui secoue l’Espagne ces derniers jours. Il a fait savoir qu’il respecterait la victoire d’un « oui » au référendum catalan, tout en mettant le peuple catalan en garde contre les risques d’une séparation avec l’Espagne.

« Il est évident que si un oui à l’indépendance de la Catalogne voyait le jour, à voir, nous respecterions ce choix. Mais, la Catalogne ne pourra pas devenir le lendemain matin, le jour après le vote, membre de l’Union Européenne. La Catalogne sera soumise à un processus d’adhésion comme l’ont été les Etats membres qui nous ont rejoint après 2004 », a-t-il déclaré ce 14 septembre.

Force est de reconnaître aujourd’hui que la plaie entre l’Espagne et la Catalogne est plus que jamais ouverte et si rien n’est pas fait pour trouver une solution pacifique à cette crise interne, les risques d’arriver à une guerre civile ne seront plus à exclure. Pendant ce temps, les séparatistes restent campés sur leur position et décident de tenir tête à Madrid à leurs risques et périls.

Ce dimanche, l’ANC (Assemblée Nationale Catalane) a annoncé qu’1 million de cartes d’électeurs officielles ont été distribuées en vue du référendum du 1-0. Une réaction de Madrid ne tardera certainement pas à tomber dans les heures qui viennent.

Edito signé : Cheikh Tidiane DIENG

Rédacteur et fondateur du site d’information www.lecourrier-du-soir.com

Email : cheikhdieng05@gmail.com