Iran : les USA déclarent les Pasdaran, Gardiens de la révolution, organisation terroriste

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Leader of the Islamic Revolution Ayatollah Seyyed Ali Khamenei, Imam Hussein University, Tehran, May

(Article intégralement rédigé par Hamid Enayat, journaliste iranien basé à Paris)

Les Etats-Unis considèrent désormais le corps des Gardiens de la révolution (Pasdaran) comme organisation terroriste en Iran, inscrit depuis le 13 octobre sur la liste des sanctions du Département du Trésor américain. Cet acte de l’administration Trump marque non seulement un tournant dans les relations entre les Etats-Unis et l’Iran, mais sert également d’exemple pour d’autres pays à l’instar des membres de l’Union européenne.

Les implications de cette décision

Le fait de reconnaître officiellement les Pasdaran comme une entité terroriste implique de nombreuses conséquences pour l’Iran. En effet, le Département du Trésor a pris des mesures pour sanctionner les personnes qui collaborent avec les Pasdaran, et supprimer leurs ressources financières. Par exemple, il sera désormais impossible pour les entreprises européennes d’échanger avec l’Iran comme avant. D’ailleurs, l’ancien patron de Total en Iran prévenait déjà en mars 2016 que « Les américains ne se laisseront jamais faire. Je recommande à toutes nos entreprises de vérifier si leurs partenaires éventuels sont liés aux gardiens, et si c’est le cas de laisser tomber. »

Le président des États-Unis Donald Trump a autorisé le département du Trésor à appliquer des sanctions contre le corps des Gardiens de la révolution « en raison de son soutien au terrorisme. Les sanctions doivent également inclure les officiels, les agents et les individus qui leur sont affiliés (…) J’appelle nos alliés à se joindre à nous pour prendre des mesures fermes pour contrer l’altitude dangereuse et déstabilisatrice. », a-t-il déclaré.

Le président américain doit certifier tous les trois mois que l’Iran respecte les règles de l’accord sur le nucléaire entre les 5+1 et Téhéran, entré en vigueur en 2016. Toutefois, il vient de refuser de le faire en raison des nombreuses provocations des pasdaran, y compris de multiples tests de missiles balistiques de longue portée et des activités nucléaires illicites. En effet, ces actes sont formellement interdits par la Résolution 2234 du Conseil de sécurité.

Les choses n’ont pas du tout évolué favorablement en termes de paix et de sécurité au niveau régional et international, deux aspects mentionnés dans le préambule de l’accord nucléaire. En Iran c’est le Guide suprême et ses pasdaran qui ont le dernier mot et aucune réforme n’a pu intervenir, ni sur le plan d’une ouverture politique à l’intérieur, ni sur la scène étrangère.

Le rôle des Pasdaran

Les Pasdaran sont une armée dépendant directement du « Guide suprême » des mollahs. Crée au lendemain de la révolution de 1979 par le fondateur du régime Khomeiny, l’entité a pour objectif d’exporter la Révolution islamique. Par exemple, elle a créé les milices extrémistes chiites afin de dominer l’Irak, et favorisé le développement de Daech. Elle a également maintenu le régime de Bachar Assad, entièrement financé et armé par Téhéran. Au Yémen, le gouvernement a été renversé par le groupe extrémiste chiite Ansarollah financé et crée par les mollahs, provoquant de nombreuses pertes humaines. Les Pasdaran ont également soutenu les mouvements extrémistes sunnites en Afrique du Nord.

En outre, l’entité commet également des actes néfastes dans son propre pays. Elle a eu un rôle clé dans la répression de l’opposition en Iran, provoquant la mort de dizaines de milliers d’étudiants, de lycéens et d’intellectuels.

Par ailleurs, la puissance économique des Gardiens de la révolution est considérable. Ils utilisent les revenus iraniens pour financer leurs activités hégémoniques dans la région, et son emprise sur l’économie iranienne a été maintes fois prouvée. Tout cela aux dépens de la population iranienne, dont 9 millions vivent dans une pauvreté absolue selon les chiffres officiels.

Pour de plus amples informations, un ouvrage intitulé « Les Gardiens de la révolution, l’armée intégriste et terroriste », publié en 2008, revient sur l’histoire des pasdaran.

La position de l’Europe

TFMême les pays européens reconnaissent que Téhéran est « problématique ».  Un article du Monde  écrivait le 29 août dernier : « Certes, à Paris on ne se fait pas d’illusion et on reconnaît volontiers que la République islamique reste un ‘partenaire problématique’ en raison de sa politique de déstabilisation régionale en Syrie et au Liban, comme pour son soutien au terrorisme, ainsi que pour son programme balistique sans même parler des atteintes aux droits de l’homme. »

Pour l’opposition iranienne, la décision des États-Unis doit constituer un exemple pour l’Europe. Bien que le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) ait accueilli favorablement la nouvelle, il considère que ce sont surtout les nombreuses violations des droits de l’homme qui devraient justifier une politique plus fermes vis-à-vis du régime iranien.

L’Europe semble réceptive et une déclaration commune des dirigeants français, allemand et britannique a déjà été publiée. Bien que la déclaration confirme la volonté européenne de défendre et préserver l’accord nucléaire, il fait tout de même part de ses « préoccupations quant au programme de missiles balistiques de l’Iran et à ses activités dans la région, qui affectent également nos intérêts de sécurité européens. Nous sommes prêts à prendre de nouvelles mesures adéquates pour traiter ces questions, en étroite coopération avec les États-Unis et tous les partenaires concernés. ».

En visite à New York le 20 septembre dernier, le président français Emmanuel Macron exprimait ses inquiétudes dans le même sens : « Disons-nous les choses en vérité, les tensions sont croissantes. Je regarde l’activité du Hezbollah d’une part et la pression de l’Iran sur la Syrie d’autre part et sur ces sujets nous avons besoin d’avoir un cadre clair et de pouvoir rassurer les pays de la région comme les États-Unis d’Amérique. » Par ailleurs, dans une interview sur TF1 le 15 octobre, il affirmait vouloir être beaucoup plus exigeant sur l’activité balistique de l’Iran et son action dans la région.

Article rédigé par Hamid Enayat, journaliste iranien et collaborateur au média Lecourrier-du-soir.com