Exclusif : atteinte de Sida, Giovanna Valls, sœur de Manuel Valls, dévoile les dessous de sa vie

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Giovanna Valls, sœur de Manuel Valls, a accordé une interview exclusive à La Vanguardia, média espagnol basé en Catalogne. L’interview est publiée sur le site du média espagnol et Lecourrier-du-soir.com l’a intégralement traduite de l’espagnol au français pour ses lectrices et lecteurs

La Vanguardia : jolie maison, rez-de-chaussée avec jardin, lumineux

Giovanna : cette maison date de 1900, nous étions au quartier Horta. Mes parents l’ont achetée en 1962. Elle est très importante pour moi.

La Vanguardia : pourquoi ?

Giovanna : mon frère est né ici. Nous passions ici les longs étés de notre enfance. Nous étions très heureux. Et maintenant, je vis ici.

La Vanguardia : votre frère est Manuel Valls, ex premier ministre de la France

Giovanna : 16 mois nous ont séparés. Il est né ici en août 1962, moi à Paris en décembre 1963.

La Vanguardia : pourquoi êtes-vous née à Paris ?

Giovanna : Mes parents y vivaient et nous venions ici pour passer l’été. Manuel est né en août et il est né ici. Moi, je suis née en hiver, là-bas. Papa était catalan et maman était suisso-italienne, de Ticino.

La Vanguardia : et que faisait un Catalan à Paris ?

Giovanna : en 1949, alors qu’il avait 26 ans, il a reçu une bourse pour une formation d’artiste à Paris. Mon père, Xavier Valls, était peintre.

La Vanguardia : il s’est ainsi échappé de l’après-guerre espagnol

Giovanna : c’était un esprit libre, ici il n’avait pas d’avenir. Il a eu affaire à des exilés, des artistes, des intellectuels…et il a travaillé. Il s’est marié avec ma mère, onze ans de moins que lui.

La Vanguardia : que vous-disiez votre père de cette époque ?

Giovanna : ils vivaient dans un appartement pauvre avec une vue sur la Seine. Son père, Magi, l’aidait.

La Vanguardia : Que savez-vous de votre grand-père Magi ?

Giovanna : j’avais six ans quand il est décédé. Ce fut un homme très gentil, tout le monde l’aimait. Il était catalaniste et croyant et en 1929 il a créé le journal catholique El Mati. Et pendant la Guerre Civile, il se réfugiait dans cette maison réservée aux catholiques persécutés par les révolutionnaires de la FAI.

La Vanguardia : et quand la guerre est finie ?

Giovanna : le franquisme l’a empêché de récupérer son journal. Il donnait des cours de catalan en toute clandestinité.

La Vanguardia : dans un twitte, vous vous attaquez à votre frère lui rappelant le journal de Magi.

Giovanna : je ne l’attaque pas. Je lui dis que l’article 155 coupe les libertés et que c’est indigne d’un Etat qui se prétend démocratique.

La Vanguardia : vous ne vous entendez pas bien ?

Giovanna : nous nous témoignons beaucoup d’amour et de tendresse.

La Vanguardia : mais politiquement…

Giovanna : sans être séparatiste, j’ai voté le 1-O (référendum en Catalogne). Et un gouvernement espagnol dominé par des corrompus m’a frappée. Aujourd’hui, je suis triste et je n’ai pas de parti, blessée par tout ce qui est en train de se passer.

La Vanguardia : quelles sont les vertus que vous appréciez chez votre frère ?

Giovanna : il est très cultivé, intelligent et discipliné, ferme mais ouvert au dialogue, studieux, ambitieux, défenseur de la France contre les djihadistes. Et les siens le poignardent dans le dos. Cruauté politique !

La Vanguardia : comment a été votre relation d’enfance ?

Giovanna : nous jouions dans ce jardin et dans celui d’une maison voisine, avec des amis

La Vanguardia : et à Paris ?

Giovanna : nous avons fréquenté l’école publique française. Et j’aimais écouter parler les amis que mes parents invitaient à la maison, comme le grand écrivain cubain Alejo Carpentier.

La Vanguardia : sérieux ? Vous le lisiez et vous l’aimiez ?

Giovanna : « continue à écrire ». C’est comme ça que m’encourageait Carpentier à l’occasion de l’anniversaire de mes 17 ans. Je me rappelle qu’il m’avait dit : « j’aime écrire à 5 heures du matin quand tout est calme ».

La Vanguardia : vous prêtiez attention à ce qu’il vous disait.

Giovanna : oui, dans la forêt des Amazones. Je me suis souvenue de lui. Mais, la forêt ne se tait jamais. Ecrire sur ce que j’ai vécu m’a aidée à reprendre ma vie.

La Vanguardia : que faisiez-vous dans la forêt ?

Giovanna : reprendre ma vie après une forte dépendance à l’héroïne et à la cocaïne qui ont ruiné 20 ans de ma vie, elle a détruit ma santé avec deux hépatites et elle m’a injectée le virus du SIDA.

La Vanguardia : comment êtes-vous tombée dans la dépendance ?

Giovanna : j’avais 20 ans et j’étais très naïve et ignorante : sans rien connaître des drogues. J’accepté de sniffer un rail d’héroïne. Je me suis accrochée.

 

La Vanguardia : et votre famille. qu’a-t-elle fait ?

Giovanna : elle ne m’a pas rejetée. Elle m’a aimée et m’a aidée. Dans cette maison, j’ai eu mon premier syndrome d’abstinence, infernal, avec mes parents… Je suis chanceuse. Et mon frère me rendait visite en prison.

La Vanguardia : vous étiez en prison ?

Giovanna : je vivais rue Petritxol et je volais dans des grandes surfaces et c’est pour cela que je suis entrée à Wad-Ras (prison). Et ensuite, j’ai demandé à réintégrer un centre de désintoxication.

La Vanguardia : c’est très différent votre vie et celle de ton frère

Giovanna : une première relation sentimentale avec un homme marié m’a fragilisée : il m’a humiliée. J’avais 18 ans, j’étais vide au fond de moi, j’ai perdu le respect…je me suis laissée maltraitée. Et c’est là que cette dépendance est arrivée trop tôt.

La Vanguardia : comme allez-vous maintenant ?

Giovanna : la discipline et la thérapie antisida préservent ma santé. J’ai arrêté la drogue. Une petite poussière de drogue me ferait retourner en enfer. Cela ne se reproduira plus. Maintenant, j’ai du respect pour moi et je me suis agrippée à la vie.

La Vanguardia : comment avez-vous réussi à y arriver ?

Giovanna : à côté de cette désintoxication, mon père agonisait. A ses chevets, nous nous sommes serrés la main. Et nous avons conclu un pacte : « pape, je me droguerai plus. Je prendrai soin de moi, de maman et de la maison ». C’est comme ça que je le lui ai promis. Ce fut en 2006 et là, rien ni personne n’a pu me transformer en esclave.

La Vanguardia : que demandez-vous maintenant à la vie ?

Giovanna : j’ai pris soin de personnes âgées et maintenant je veux discuter avec des jeunes, les aider, les prévenir contre les drogues et les rapports sexuels non protégés.

La Vanguardia : Faites-le alors, et puis saluez votre frère de notre part

Giovanna : il viendra bientôt en Espagne, je crois. Et il sait qu’ici il a son lit et sa salle de bain.

Interview exclusive traduite de l’espagnol au français par Cheikh DIENG, rédacteur en chef et fondateur du site d’information www.lecourrier-du-soir.

Pour lire l’interview dans sa version originale, cliquez ici : La Vanguardia