30 000 morts dans le massacre de 1988 en Iran : un tribunal citoyen créé pour juger les auteurs

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(Une contribution de Hamid Enayat, journaliste iranien et partenaire avec Lecourrier-du-soir.com)

Le comité international « Justice pour les victimes du massacre de 1988 en Iran » (JVMI) a publié le communiqué suivant au sujet d’un tribunal citoyen organisé à Genève sur le dossier d’un crime contre l’humanité survenu en Iran en 1988 :

« Le 1er février à Genève, un tribunal citoyen était organisé pour juger les auteurs du massacre d’un crimes contre l’humanité resté impuni. Le comité « Justice pour les victimes du massacre de 1988 en Iran » (JVMI), basé à Londres et composé de juristes internationaux, a entendu des témoins et des juristes et des experts des droits de l’homme au sujet sur la terrible tragédie qui reste un sujet d’actualité en Iran après les récentes manifestations populaires contre la dictature en Iran.

Une dizaine de témoins qui pour certains étaient eux-mêmes en prison au moment des fait et des proches de victimes massacrés, ont apporté des témoignages bouleversants sur l’ampleur du drame.

Mostafa Naderi, qui a été incarcéré de 1981 à 1992 pour son soutien au mouvement d’opposition des Moudjahidine du Peuple (OMPI) et miraculeusement survécu le massacre de 1988, a raconté les 11 années qu’il a passées en prison, dont cinq en isolement cellulaire. Il se souvient du jour où il était revenu de la clinique de la prison, il avait remarqué les innombrables places vacantes laissées par les prisonniers partis à la potence.

Les intervenants ont exhorté le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme à mettre sur pied une commission d’enquête pour examiner le massacre qui a duré plusieurs mois, et au cours duquel quelques 30 000 prisonniers politiques ont été mis à mort à la suite d’une fatwa (décret religieux) émis par l’Ayatollah Khomeiny, le Guide suprême religieux au pouvoir à l’époque en Iran.

Le « tribunal citoyen » qui a rendu son verdict en faveur de l’inculpation des principaux responsables du crime toujours à des postes clé à Téhéran, a rappelé que l’impunité est un feu vert aux autorités à poursuivre leurs crimes. Cette exigence est d’autant plus cruciale, qu’une douzaines de personnes sont morts en détention depuis le début de janvier après avoir pris part aux manifestations contre la dictature. Beaucoup d’autres risquent de subir le même sort. Ces manifestations, déclenchées le 28 décembre dernier dans quelques 140 villes à travers le pays,  ont fait également quelque 40 tués par balles et au moins huit mille personnes ont été arrêtées.

L’acte d’accusation a été présenté à l’audience par l’éminente avocate britannique Kirsty Brimelow, Présidente du Comité des droits de l’homme au barreau d’Angleterre et du Pays de Galles. Elle a présenté de nombreuses preuves établissant que le massacre de 1988 constitue un crime contre l’humanité, et, se référant à la situation actuelle en Iran, notamment l’arrestation massive et le massacre des manifestants en détention, a conclu que les crimes contre l’humanité en Iran, se poursuivent encore aujourd’hui, perpétrés par les mêmes responsables.

Eric Sottas, ancien directeur de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a pour sa part estimé : « le massacre de 1988 est un crime contre l’humanité imprescriptible, et là nous avons un point d’ancrage solide sur le plan du droit pour exiger que justice soit faite. Mais il y a quand même une documentation aujourd’hui solide grâce aux Rapporteurs et aux autres instances existant. Ce qu’on doit regretter c’est que ce ne soit pas allé plus loin. Au niveau des Nations unies, cette commission d’enquête est essentielle. »

Un rapport du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à l’Assemblée générale sur la « Situation des droits de l’homme en République islamique d’Iran », déclarait le 31 octobre 2017 : « Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a continué de recevoir un nombre important de plaintes, venant des familles des victimes des exécutions qui ont eu lieu en 1988. Dans un communiqué conjoint publié en mars, 20 organisations de défense des droits de l’homme ont exhorté les autorités à mettre fin au harcèlement, à l’intimidation et aux poursuites contre des défenseurs des droits de l’homme qui recherchent la vérité et la justice au nom des personnes qui ont été sommairement exécutées ou qui ont été victimes d’une disparition forcée, dans les années 1980,  et au nom de leurs familles. »

Le tribunal citoyen qui a duré une journée entière et parrainé par quatre ONG avec un statut consultatif à l’ONU, attend des autorités onusiennes une intervention rapide pour la mise sur pied d’une enquête internationale sur le massacre de 1988 et les récentes exactions contre les manifestants en Iran.

(Hamid Enayat est journaliste iranien basé en France)