Pourquoi le rêve de Martin Luther King fait l’unanimité en France ?

0
577

Un grand homme qui a marqué l’histoire de l’humanité. Ce 4 avril 2018, le monde entier a commémoré les 50 ans de l’assassinat du célèbre révérend Martin Luther King, figure de proue de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. En France, le Prix Nobel de la paix fait l’unanimité : l’ensemble de l’échiquier politique a salué sa mémoire. Chronique.

Le phénomène Martin Luther King (MLK) : rares sont les hommes politiques qui font l’unanimité. A titre de comparaison, seul le général de Gaulle remporte les suffrages de la totalité de la classe politique française. Le célèbre révérend Afro-Américain réussit donc un exploit exceptionnel en s’attirant les bonnes grâces des cadres de la gauche, de la droite, en passant par le centre et la droite dure. Manuel Valls, Jean-Marc Ayrault, Xavier Bertrand, Brigitte Macron et même Eric Ciotti ont rendu hommage au fameux militant pour les droits civiques des Noirs Américains pendant les années 60.

Constat : en France, les rares leaders noirs rencontrent de nombreux obstacles pour faire entendre leur voix. Alors question : pourquoi un Afro-Américain qui a passé sa vie à se battre contre la suprématie blanche parvient-il à rassembler tous les Français, de toutes origines confondues, autour de sa cause ?

Un fervent pacifique qui croyait en l’humanité

Parce que, Martin Luther King n’était pas un idéologue. Aux antipodes de Malcolm X, le célèbre révérend n’a jamais voulu radicaliser son combat. Non-violent de nature, le Prix Nobel de la paix était un fervent pacifique qui croyait profondément en l’humanité de tous les Hommes, indépendamment de leur couleur de peau et de leur origine. Aussi, il a mené mordicus une lutte sur des questions raciales sans pour autant verser dans le racialisme. Ce communautariste (dans le sens américain du terme) de la première heure a œuvré pour l’émancipation des Afro-Américains.

Pour lui, la vraie liberté, c’est l’égalité des droits civiques entre Noirs et Blancs ainsi que l’égalité socio-économique. De fait, il a par ailleurs fustigé les violences policières. Pour rappel : en 2018, les Noirs Américains ont deux fois plus de risques de se faire tirer dessus que les Blancs. A son époque, MLK avait déjà compris cette injustice. D’où son slogan : “S’il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix”. Après plusieurs manifestations populaires, c’est son discours mémorable prononcé le 28 août 1963 à la fin de la ‘Marche sur Washington’ qui va marquer les esprits : “I Have A Dream”.

Son rêve ? Voir “ses quatre enfants vivre dans une nation où ils ne seront pas jugés par la couleur de leur peau mais à la mesure de leur caractère, de leur intelligence, etc.” Cette allocution, sans détour, est entrée dans les annales historiques des Etats-Unis et a touché le cœur de tous les humanistes de la planète. Et pour cause, Martin Luther King n’était pas un racialiste. Il a seulement fait appel à la conscience morale de tout un chacun. Résultat des courses : son rêve a fait écho dans les âmes sensibles de ses compatriotes. Et sa lutte pour les droits civiques et la fin de la ségrégation finit par triompher, grâce notamment à la résilience de Rosa Parks.

Aux Etats-Unis, Martin Luther King est perçu comme un véritable prophète. Mieux : le pasteur est le seul non-président avoir un mémoriel situé dans le parc national Mall de Washington. De plus, la figure emblématique de la cause noire a un jour férié national (le Martin Luther King Day) célébré tous les 4 avril de l’année.

De Rokhaya Diallo à Kémi Seba : la relève est assurée ?

En France, aucun leader de la cause noire n’a l’étoffe de Martin Luther King. Loin s’en faut. Cela dit, certains d’entre eux ont rendu hommage au célèbre révérend.

A l’instar de Rokhaya Diallo. En effet, la militante contre le racisme a publié un article sur le site “BuzzFeed France” afin de livrer son point de vue sur les combats du Prix Nobel de la Paix. Or, la chroniqueuse divise les Français. La preuve : elle ne saurait faire l’unanimité à l’image de son idole auprès de l’échiquier politique hexagonal. Ces cadres politiques qui ont fait l’éloge de Martin Luther King ont un avis tranché sur la journaliste qui officie notamment sur la chaîne de télévision “BET France”. Effectivement, ses détracteurs ne comprennent pas toujours ses positionnements sur la question du voile, sur le racisme d’Etat ou encore sur le féminisme.

Quant à Kémi Séba, fondateur de la “Tribu Ka”, est souvent taxé de raciste et antisémite. Pourtant, l’activiste politique rassemble les foules. Depuis qu’il a créé son ONG Urgences Panafricanistes, le Franco-Béninois est très apprécié par la diaspora africaine de France. De plus, ses actions sont très suivies en Afrique, notamment au Sénégal et au Bénin. Aujourd’hui, le militant pour l’émancipation des Noirs du monde entier fait la Une des journaux pour son combat contre le Franc CFA.

Rokhaya Diallo et Kémi Seba ont le mérite de porter la question noire sur le devant de la scène médiatique. C’est pourquoi leur lutte, bien que controversée par les élites françaises, est louable. Ils font bouger les lignes et sensibilisent l’opinion publique. N’oublions pas qu’un peuple conscientisé est un peuple fort. De mémoire, le penseur humaniste et engagé Frantz Fanon (auteur du livre “Les Damnés de la terre”) a dit un jour : “A chaque période de la vie, chaque génération doit découvrir dans une relative opacité sa mission. A elle, de la remplir ou de la trahir.”

Nous pensons que les luttes de Martin Luther King ont permis d’éveiller les Afro-Américains. Le triomphe des combats du célèbre révérend ont des conséquences positives jusqu’à présent. Sans lui, nous pensons que Barack Obama n’allait jamais être élu. Les deux Prix Nobel de la paix ont un point commun : la non-violence et l’humanisme. Comme MLK, le Premier président Noir des Etats-Unis n’a jamais voulu racialiser ses campagnes électorales. D’où la grande adhésion de la majorité blanche. C’est cette approche qui manque à nos leaders Noirs Français qui s’attellent à construire une France arc-en-ciel mais refusent de prendre en compte les doléances de la communauté nationale.