Accord Nucléaire Iranien : la diplomatie française sous Macron s’effondre petit à petit

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81399471 - paris, france - jun 26, 2017: french president emmanuel macron during a joint press conference with ukrainian president petro poroshenko at the elysee palace in paris

Emmanuel Macron fait face à ses propres contradictions. La visite du président français aux Etats-Unis n’est pas passée inaperçue ces dernières heures. Emmanuel Macron est en visite officielle aux Etats-Unis depuis le 23 avril. Il a été reçu en grade pompe par Donald Trump qui, face à la presse, n’a pas hésité à vanter les qualités du plus jeune président français. « Il est parfait », a-t-il lancé à la presse.

La visite de Macron est très symbolique. En effet, le président français est le premier chef d’Etat au monde à avoir effectué une visite d’Etat depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche. De quoi susciter une effervescence médiatique sans précédent car il faut souligner qu’au-delà de la visite d’Etat, les deux hommes sont attendus sur des questions cruciales dont l’accord nucléaire iranien.

Justement, en parlant de cet accord signé en 2015 entre l’Iran et les puissances occidentales, l’on se pose la question de savoir si Macron est vraiment cohérent dans ses décisions. Je répondrai à cette question, mais je voudrais rapidement revenir sur cet accord symbolique qui a fait la une des médias du monde entier en 2015.

Le 15 juillet 2015, l’Iran signe un accord nucléaire historique avec six puissances étrangères que sont : la France, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie, l’Allemagne et la Chine. L’accord stipulait que l’Iran devait cesser son programme nucléaire en échange d’une levée des sanctions économiques qui, ces dernières années, ont fortement paralysé l’économie du pays.

L’accord avait suscité une vague de réactions internationales. Au Moyen-Orient comme dans le monde occidental, les personnalités politiques avaient presque à l’unanimité fait part de leur soulagement. « Aujourd’hui, les Etats-Unis (avec nos partenaires et alliés) ont fait un important pas en avant vers une solution compréhensive concernant nos préoccupations par rapport au programme nucléaire de la République Islamique d’Iran », se réjouissait Obama.

Pour Vladimir Poutine, l’accord signé entre l’Iran et les puissances étrangères était une victoire pour tout le monde. « Le résultat obtenu à Genève est une victoire pour tous qui démontre une fois de plus qu’en travaillant de manière collective et dans le respect mutuel, il est possible de trouver des réponses aux défis et aux menaces actuels. Ce qui vient d’avoir lieu est un pas important, mais reste une première étape dans un chemin long et difficile à parcourir », disait Vladimir Poutine.

Dire que les dirigeants du monde entier étaient favorables à cet accord est tout simplement faux. En Israël, le premier ministre Benjamin Netanyahou n’a jamais caché sa déception. « Ce qui a été réalisé hier à Genève n’est pas un accord historique, mais plutôt une erreur historique », s’était-il agacé.

La position du Trump sur la question a été claire et nette. En effet, le 45ème président des Etats-Unis a, à maintes reprises, menacé de « déchirer » l’accord et ce, bien avant son élection. Il ira jusqu’à déclarer publiquement que cet accord, pourtant jugé « historique » par certains, est « tout bête ». « L’accord signé avec l’Iran est le plus bête qu’on puisse imaginer. Je pense qu’il sera le pire accord dans l’Histoire de ce pays », déplorait Trump il ya deux ans.

Il faut admettre que malgré sa position sur cette question, Trump est resté cohérent. Il a été contre depuis le début et n’a jamais changé de position. Celui dont la position inquiète est bien évidemment son homologue français qui, à plusieurs reprises, a ouvertement défendu l’accord nucléaire avant de faire marche arrière ce mardi à Washington.

Interrogé sur l’accord iranien par CNN il y a sept mois, Macron disait ceci : « je pense que ce serait une grosse erreur. (…) Si le président Trump considère que l’accord n’est pas suffisant, je suis tout à fait d’accord. Nous avons cet accord et (…) je pense que c’est mieux que rien. Pourquoi ? Parce que si nous laissons cet accord, nous risquons de vivre une situation similaire à celle de la Corée du Nord avant ce qui s’est passé cet été ».

Après l’avoir si bien défendu, Macron, face à Trump, change désormais de tactique et appelle ouvertement à travailler sur un nouvel accord. « Quelle que soit la décision que prendra Donald Trump, j’aimerais que nous travaillions dores-et-déjà sur un nouvel accord avec quatre piliers », a-t-il précisé. Et d’ajouter : « on ne déchire pas un accord pour aller vers nulle part, on construit un nouvel accord plus large ».

Sand vouloir le dire ouvertement et afin d’éviter de s’attirer les foudres de ses partenaires qui ont n’ont cessé de louer cet accord historique, Macron a fini par ployer sous la pression de Trump et met sérieusement en danger la diplomatie française. Je fais remarquer que la proposition d’un nouvel accord nucléaire avec l’Iran est d’autant plus grave qu’il y a moins de deux semaines, Macron avait aveuglément suivi la position de l’administration américaine de frapper la Syrie alors que son principal allié en Europe (l’Allemagne) s’y était opposée fermement.

Alors, Macron est-il vraiment le « puissant leader européen », comme veulent nous faire croire les médias mainstream depuis son élection. Je suis arrivé à la conclusion que le nouveau président français, qui traverse une grave crise sociale dans son propre pays (SNCF, CSG, Chômage, Loi Asile et Immigration…), a raté l’occasion en or de porter un coup de massue à la politique de Trump en refusant catégoriquement de s’allier à celui-ci.

En se rangeant du côté d’un Donald Trump, de plus en plus impopulaire, complètement dépassé par les événements et qui ne dirige plus rien depuis son arrivée à la Maison Blanche, Macron a affaibli la diplomatie française. S’il ne change pas de ligne, il risque de perdre deux atouts majeurs qui lui ont permis d’accéder au pouvoir : un charisme à l’international et une absence d’opposants suffisamment préparés pour lui barrer la route dans son propre pays.

Un an après son élection, Macron ne sait plus à quel saint se vouer.

Edito signé : Cheikh Tidiane DIENG, rédacteur en chef du site d’information www.lecourrier-du-soir.com

Email : cheikhdieng05@gmail.com