Esclavage : Des idées reçues et légendes sur le “génocide” des Noirs

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Le président Macron a assisté à la cérémonie du 170e anniversaire de l’Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, organisée le 27 avril dans le crypte du Panthéon. L’occasion pour notre rédaction de déconstruire toutes les idées reçues et légendes visant à nier voire à revisiter ce crime contre l’Humanité. 

Pour rappel : le 27 avril 1848, le gouvernement de la République française a publié un décret rédigé par Victor Schoelcher sur l’Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises : la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, la Guyane et Saint-Louis du Sénégal.

Depuis, la France organise tous les ans une cérémonie. En effet : le 27 avril 2018, le président Emmanuel Macron a assisté à la cérémonie du 170e anniversaire en compagnie de Christiane Taubira, chantre de la loi reconnaissant l’esclavage comme un crime contre l’Humanité votée le 21 mai 2001. Dans le crypte du Panthéon, le chef de l’Etat a annoncé la création de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage qui sera présidée par l’ancien Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault.

La Traite négrière transatlantique : un tabou français ? 

Bien que l’esclavage a été reconnu comme un crime contre l’humanité. Ce fait historique continue de diviser les historiens. Deux visions s’affrontent : le paradigme eurocentriste contre le prisme afro-centriste. D’où la querelle sémantique : les chercheurs français parlent de “commerce triangulaire”. Or, leurs homologues africains indiquent d’une part qu’aucun commerce ne se fait avec des armes. L’Afrique n’a jamais passé d’appel d’offres, signalent-ils d’autre part. Par ailleurs, il existe une querelle de chiffres : les premiers tablent sur 12 millions de déportés Noirs Africains, entre le XVIe et le XIXe siècle. Alors que les seconds comptabilisent au moins 200 millions voire 400 millions de déportés. Pour le professeur Jean-Charles Coovi Gomez, il s’agit bel et bien de “l’holocauste noir”.

“J’ai entendu parler du Code noir sur les réseaux sociaux”

D’où le tabou qui pèse sur ce sujet. Par conséquent, l’esclavage est méconnu de bon nombre de Français et d’Africains eux mêmes. Force est de constater que les jeunes générations ne se rendent pas compte de l’atrocité de cette réalité historique. Pire, une bonne partie des Antillais avouent ne rien connaître de cette page sombre de l’histoire de la France.

Pour preuve : interrogé par RFI, un étudiant en comptabilité confirme que la Traite négrière transatlantique est un sujet tabou même au sein de sa famille. “Les parents parlent peu de l’histoire de la traite des Noirs”, dit-il. Et d’ajouter : “J’ai pris connaissance de l’esclavage grâce aux films ‘Django (unchained)’, ‘Case départ’, ’12 ans d’esclavage’ et grâce à quelques rares émissions de télévision et de radio.” Ce jeune homme, âgé de 18 ans (de père Camerounais et de mère Guadeloupéenne) finit par concéder qu’il a “entendu parler du Code noir pour la première fois sur les réseaux sociaux”.

Peu connu des Français, de toutes origines confondues, le Code noir (un décret visant à réglementer l’esclavage) est l’oeuvre de Jean-Baptiste Colbert, à l’époque ministre de Louis XIV. Ce texte fut promulgué en mars 1685 avant d’être réédité plusieurs fois au fil du temps. Problème : ce fameux code a toujours été présenté comme quelque chose de positif. Or, nous savons qu’il a été élaboré pour faire de l’homme noir un bien meuble afin de pouvoir l’exploiter sans être inquiété par la justice. Et pour cause : la loi française stipule qu’un Homme ne peut pas acheter un autre Homme, le forcer à travailler sans le payer ni le traiter comme un moins que rien. Mais, cette loi ne s’applique, bien évidemment, pas aux choses.

Face à cette ignorance tangible des méfaits de l’esclavage, nous avons décidé de mener notre petite enquête sur le réseau social Twitter. Il se trouve que l’émission L’heure des Pros, diffusée le 27 avril 2018 sur I-télé, abordait le sujet de l’esclavage à l’occasion du 170e anniversaire de l’Abolition de ce crime contre l’Humanité.

 

Ce tweet a été aimé par dix internautes et republié par cinq autres “followers”. Dans les réactions, nous avons constaté trois idées reçues et légendes souvent véhiculées sur l’esclavage qui sont néanmoins fausses :

Les Noirs se vendaient entre eux ?

Faux. Comme dans tous les conflits dans le monde, il y a eu des traîtres. Cependant, il faut savoir qu’ils étaient extrêmement minoritaires. Lors de l’occupation de la France par les Allemands, entre 1939 et 1945, il y a eu des collabos. Pire, la France était même divisée en deux dont la France de Vichy. Pour autant, cela n’empêche aucun historien d’évoquer la résistance française, celle qui a permis au Pays des droits de l’Homme de se libérer. En ce qui concerne l’Afrique, il y a eu également des résistances des esclaves. Premièrement, certains préféraient se suicider en se jetant dans la mer aux requins que d’arriver à bon port. D’autres arrivés à bon port, ils se tuaient ou tentaient de s’échapper. Deuxièmement, les Africains restés sur le continent ont tout aussi résisté. Pendant les razzias, il fallait tuer plusieurs personnes avant de s’en emparer. Enfin, les royaumes et empires africains (Dahomey et Ashanti, etc.) ont repoussé plusieurs tentatives d’invasion. Il faut savoir, en outre, que la légende des rois qui vendaient leurs captifs n’est qu’une légende. Rappelons-nous que le grand-père de Toussaint Louverture était un roi, pourtant ce dernier a quand-même était déporté.

Les Africains ont eux aussi pratiqué l’esclavage

La fameuse traite interne en Afrique est, en réalité, le crime des nations arabo-musulmanes à l’encontre des peuples noirs. Cette traite négrière  a été orchestrée du VIIe au XXe siècle. Les Noirs, qu’ils soient musulmans ou non, étaient déportés (de force) en terres d’Islam. Arrivés sur place, les esclaves étaient chargés de “surveiller des harems, d’accomplir les tâches domestiques” et d’autres étaient “incorporés dans de corps d’armée ou employés dans les mines de sel et d’or. Enfin, les femmes les plus belles étaient expédiées dans les harems. Et les plus laides travaillaient comme gardiennes de troupeaux. “La chance de survie était minime : 70 à 80% des esclaves castrés n’avaient aucune chance d’échapper à la mort”, explique le site Révolution Afrique. Considérés par les esclavagistes comme “naïfs” et dépourvus de moyens de défense, les hommes noirs étaient castrés afin de les empêcher de se reproduire avec les femmes arabes. Il faut savoir que les nations arabes ont, par ailleurs, collaboré avec les Occidentaux en leur livrant des captifs noirs en échange d’armes et de slaves (Européens).

Source : “Le génocide voilé” de N’Diaye Tidiane

L’Egypte antique a pratiqué l’esclavage

Certains observateurs croient savoir que l’Egypte antique a pratiqué l’esclavage. Cette affirmation est purement et simplement fausse. D’une part, le mot “esclave” vient du mot “slave” (qui fait référence aux slaves qui étaient réduits en esclavage au 12e siècle) qui signifie “esclave” en anglais. D’autre part : à l’époque, il n’existait pas d’équivalent égyptien du mot esclave.

Après le livre de l’historien français Olivier Pétré-Grenouilleau, “Les Traites négrières – Essai d’histoire globale”, nous espérons que ce nouvel éclairage permettra aux jeunes générations de se faire un avis plus juste sur l’esclavage des Noirs. En outre, il est judicieux de rappeler que Haiti s’est libérée de l’esclavage grâce au génie militaire Toussaint Louverture ainsi que son bras droit Jean-Jacques Dessalines. Problème : la première République noire a dû dédommager la France. Or, le pays des philosophes des lumières se refusent, jusqu’à présent, à réparer ce crime contre l’Humanité.

Le devoir de mémoire est très important pour tout un chacun qui cherche à se reconstruire. Il faut savoir que, le président français Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé l’édification d’un Mémorial national à Paris dans le Jardin des Tuileries. Une marche est prévue le 23 mai en mémoire aux victimes de la Traite négrière transatlantique.