Contrôle du paysage médiatique sénégalais : ma lettre ouverte à Babacar Diagne, patron du CNRA

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Cher Monsieur,

J’ai appris ce dimanche, à l’instar de bon nombre de mes concitoyens, que vous avez été nommé à la tête du CNRA (Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel).

A peine arrivé, vous avez fait part de votre intention de rencontrer les acteurs des médias et les leaders d’opinions. A peine arrivé, vous avez également déroulé votre feuille de route : « le président du CNRA n’est pas seulement une position d’autorité. Elle est également une position d’influence et quand on dit cela, on pense au dialogue et à la concertation. Le constat, il est fait, il est réel. Il y a énormément de choses à améliorer et on va le faire ensemble », avez-vous déclaré à l’Agence de Presse Africaine (APS).

Vous avez également ajouté : « je vais voir les différents acteurs, les patrons des chaînes, la société civile, les chefs coutumiers et des vecteurs d’opinions. Nous partageons tous ce paysage audiovisuel et nous savons l’impact que ça peut avoir sur notre jeunesse en termes de valeur. (…) Nous voyons les dérapages, les dérives dans le paysage médiatique ».

Cher Monsieur

Je suis d’avis avec vous que le paysage médiatique sénégalais a besoin d’être assaini. Les dérapages, comme vous l’avez si bien souligné, sont légion et remettent en cause le travail du journaliste sénégalais. En effet, aujourd’hui, au Sénégal, la presse, notamment celle en ligne, pose une sérieuse menace à notre démocratie.

« Tout est permis ne veut pas dire que rien n’est interdit », disait Albert Camus. Hélas, dans notre cher pays, une certaine presse confond souvent liberté d’expression et diffamation. La presse sénégalaise, notamment celle en ligne, est devenue ces dernières années, avec l’influence des réseaux sociaux (Facebook, Twitter,YouTube), une presse poubelle.

La diffamation, la calomnie, les propagandes et les règlements de compte ont fini par « tuer » l’information. Avec le phénomène des clics qui rapportent une fortune spectaculaire à certains site d’information, certains journalistes (pour ne pas dire tous) ne se soucient plus de vérifier l’information, de la filtrer avant de la mettre à la disposition du citoyen lambda.

Ce phénomène des clics pousse de nombreux organes de presse en ligne à « farder » l’information (pour reprendre  les termes de l’ex conseiller en communication de Tony Blair). Au Sénégal, des journalistes de la presse en ligne posent en effet une sérieuse menace à la liberté d’expression. Ils en abusent et finissent par transformer leurs lecteurs et lectrices en bête de somme prêts à gober tout argument fallacieux sans chercher à mener un travail de vérification. Ce type de médias pullule dans notre pays et le réguler est une obligation pour tout gouvernement.

Toutefois, cher Monsieur, vous devez veiller à ce que rien ne vous détourne de cette mission. Autant je soutiens votre volonté de réguler l’espace médiatique sénégalais, autant je condamnerai avec la plus grande énergie toute tentative de museler la presse et les voix dissidentes. Cette fonction que vous exercez dans un contexte politique extrêmement tendu, à moins d’un an de la présidentielle, peut être interprétée différemment, d’autant plus que vous êtes un agent du pouvoir en place.

Je vous rappelle que votre mission consiste uniquement à réguler et en aucun cas à censurer. Le peuple sénégalais n’acceptera d’ailleurs pas qu’on lui prive le peu de liberté qui lui reste. Permettez-moi de vous signaler que les réseaux sociaux ont subi un boom spectaculaire ces dernières années et ont permis, dans plusieurs pays africains, de se défaire de dictateurs. L’exemple de la révolution arabe de 2011 en Tunisie, en Égypte et en Libye n’est pas loin de nous.

En tant que Sénégalais, acteur des réseaux sociaux et en ma qualité de rédacteur en chef du site d’information www.lecourrier-du-soir.com basé à Paris, je surveillerai votre mission de très près et je dénoncerai toute tentative d’avoir une totale mainmise sur le fonctionnement du paysage médiatique sénégalais, auquel cas nous ne serions plus en démocratie.

La tâche qui vous attend est très lourde et le peuple vous observe.

Edito signé : Cheikh Tidiane DIENG, rédacteur en chef et fondateur du site d’information www.lecourrier-du-soir.com basé à Paris

Email : cheikhdieng05@gmail.com