Election de Paul Biya : le Cameroun a deux choix à faire : la monarchie ou le coup d’Etat militaire !

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(Une analyse du journaliste Cheikh DIENG)

Paul Biya redevient président pour un 7ème mandat. Ce lundi 22 octobre, le conseil constitutionnel du Cameroun a publié les résultats de la présidentielle. Et sans aucune surprise, c’est Paul Biya qui gagne. L’actuel président du Cameroun (je devrais même dire l’actuel roi) a en effet obtenu 71% des voix.

Ses principaux rivaux à savoir Maurice Kamto et Cabral Libii ont respectivement obtenu 14% et 6,28%. Et comme dans toutes les dictatures, après avoir poignardé le peuple, on le remercie toujours. Et au Cameroun, Paul Biya, l’éternel président, n’a pas dérogé à cette règle.

« Chers compatriotes du Cameroun et de la Diaspora, merci de m’avoir renouvelé votre confiance aussi massivement. Rassemblons-nous à présent pour relever, ensemble, les défis qui nous interpellent pour un Cameroun encore plus uni, stable et prospère ». Telles ont été les paroles formulées par le président camerounais suite à l’annonce de sa victoire.

Dans la presse camerounaise, l’on nous apprend que le président Biya prêtera serment ce 06 novembre pour entamer son septième mandat en tant que président du Cameroun. Je tiens à préciser que Biya dirige le pays depuis 1982. Ce qui fait de lui le plus vieux président en exercice en Afrique ayant passé 36 ans au pouvoir. Une honte.

Ce mardi, l’un de ses principaux opposants, Maurice Kamto, a rejeté la victoire de Biya. L’opposant dit en effet avoir remporté la présidentielle avec 39,74% des voix contre 38,47% pour Paul Biya. Ce qui est grave dans cette affaire est que tout le pays sait que les élections n’ont pas été transparentes et qu’elles ont été truquées par Paul Biya qui manipule la justice. Mais, personne ne pipe mot.

Je n’insisterai pas sur une parodie d’élection truquée et gagnée à l’avance par un dictateur à qui il ne manque qu’une seule chose : s’autoproclamer roi du Cameroun. Je peux certes me tromper. Toutefois, j’estime que quand on dirige une République pendant trente-six ans (36 ans), on n’est vraiment tout sauf un Président.

Aujourd’hui, face à la situation très difficile dans laquelle se trouve le pays, le Cameroun n’a plus que deux choix : devenir une monarchie (dont Biya serait le tout-puissant et éternel roi) ou mener un coup d’Etat militaire pour reconstruire le pays sur de nouvelles bases. Entre les deux options, le peuple doit choisir.

La situation est d’autant plus alarmante dans ce pays d’Afrique Centrale que les institutions, contrôlées et verrouillées par Biya, sont fortement affaiblies par la corruption. Une corruption endémique qui touche toutes les composantes de la société, en commençant par les hautes fonctionnaires jusqu’aux travailleurs les plus modestes.

Pour étayer mes arguments, voici quelques données sur le Cameroun. En 2017, l’organisation internationale Transparency International plaçait le Cameroun parmi les 12 pays les plus corrompus au monde sur une liste de 180 pays. En 2007 déjà, Transparency International tirait la sonnette d’alarme, dénonçant une corruption qui rongeait à feu doux le système judiciaire du pays.

Voici le constat que faisait Transparency international en 2007 : « les perceptions en Afrique sur la corruption dans le système judiciaire sont peu encourageantes. Dans 7 des 8 pays africains couverts par le Baromètre mondial de la corruption Transparency International, une majorité des répondants perçoivent le système judiciaire comme étant corrompu ; le Cameroun étant en tête de liste avec plus de 80% des répondants qui perçoivent leur système judiciaire comme étant ‘corrompu’ ».

En matière de droits de l’homme, le Cameroun ne fait pas figure de bon élève. Il faut dire qu’il y a encore du pain sur la planche pour le « roi » Biya. En effet, dans une note publiée par Amnesty International et intitulée « Cameroun 2017-2018 », le régime de Paul Biya est accusé de se servir de sa lutte contre le groupe terroriste Boko Haram pour mener des arrestations arbitraires.

« Cette année encore, les forces de sécurité ont arrêté arbitrairement des personnes accusées de soutenir Boko Haram, souvent sur la base de preuves minces, voire inexistantes, et parfois ayant recours à une force injustifiée et excessive. Les personnes arrêtées ont souvent été placées en détention dans des conditions inhumaines, qui mettaient leur vie en danger », écrit Amnesty International.

Au Cameroun, les opposants aux régimes sont contraints de se taire sous peine de prison. Ces dernières années, les arrestations ont été légion. En 2016, l’opposant Patrice Awoung Fotabong a été arrêté pour avoir tout simplement exprimé son opposition à la candidature de Paul Biya pour la présidentielle de 2018.

En 2015, Hervisse Tagne Fotso, opposant et militant au sein du Social Democratic Front (SDF), a été arrêté par des hommes en cagoule. Il a passé plusieurs jours en prison avant d’être libérés. Et tout récemment, c’est le journaliste anglophone Mancho Bibixy qui a été condamné à 15 ans de prison pour actes terroristes et hostilité alors qu’il ne faisait que mener un combat pour la fin de l’oppression qui vise les anglophones du pays, des anglophones marginalisés et discriminés.

Si à cela s’ajoute une situation économique délétère, l’équation devient très complexe à résoudre. Aujourd’hui, le taux de chômage chez les jeunes camerounais a atteint les 27% (voire plus) et plus de 90% de jeunes chercheurs d’emplois exercent des activités informelles. Pendant ce temps, le « roi » Biya vit dans un luxe démesuré, déconnecté de la réalité du peuple. Sa fortune personnelle est estimée à plus de 200 millions de dollar.

Face à la gravité de la situation, le Cameroun ne peut plus se murer dans un silence absolu. Il est urgent que les Camerounais se révoltent contre un système obsolète et totalitaire qui, en réalité, n’a favorisé que le népotisme et qui a fortement creusé l’inégalité sociale dans le pays. Pour sortir de cette crise politico-économique, le peuple camerounais doit prendre son destin en mains. Plus la situation perdure, plus l’effondrement du pays sera difficile à juguler. Le Cameroun a deux choix à faire : la monarchie (où le premier ministre exercera la fonction de Président) ou le coup d’Etat.

Edito signé : Cheikh DIENG, journaliste et rédacteur en chef du site d’information www.lecourrier-du-soir.com

Email : cheikhdieng05@gmail.com