M. Thierno Lô, Sonko n’est pas un objet médiatique, mais une solution à un pays malade

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(Une analyse du journaliste Cheikh DIENG, basé à Paris)

Décidément, Ousmane Sonko n’en finit pas de faire trembler l’élite politique sénégalaise. En effet, à trois mois de l’élection présidentielle, c’est tout le système politique sénégalais qui perd les pédales et se lance dans une violente rhétorique verbale pour abattre un ennemi commun : Ousmane Sonko.

J’ai en effet été très surpris d’entendre l’ancien ministre Thierno Lô s’acharner sur le candidat de Pastef dans l’émission 7 Politique. A la question de savoir si Sonko fait peur, voici sa réponse : « il ne peut pas faire peur, personne ne peut faire peur au pouvoir parce que le pouvoir a une mission, il a été élu par des Sénégalais. Ils ont un bilan, ils demandent à ce que les Sénégalais qui ont le seul pouvoir de valider en février 2019, c’est eux qui vont valider. »

Et d’ajouter : « maintenant, faire de la politique spectacle, être un objet médiatique et puis se poser en position de messie, je pense que ça c’est au Sénégalais d’apprécier mais je leur demande d’éviter de faire ce qu’ils disaient au début du mandat de Macky Sall : le système Réthiou (regret). (…) Le dégagisme, il faut l’éviter, il faut écouter les programmes qui changent votre condition de vie, qui impactent sur votre position sectorielle pour que vous puissiez choisir. Il faut que les Sénégalais soient sereins, qu’ils soient lucides pour savoir qu’on ne s’amuse pas avec la politique (…) ».

C’est marrant de voir un ex ministre sous Wade tenir un discours pareil pour clouer au pilori un candidat (Sonko) qui a su, en un laps de temps, très court gagner les cœurs et les esprits. Je rappelle qu’il a fallu à Abdoulaye Wade presque vingt-cinq ans pour prendre le pouvoir, alors que Sonko n’aura certainement besoin que de moins de dix ans pour devenir futur président du Sénégal. Je ne suis pas devin et je ne saurai prédire le destin de ce brillant politicien sénégalais, mais je ne serai pas surpris de le voir un jour s’installer au Palais.

Je tiens juste à apporter un droit de réponse à M. Thierno Lô qui, à travers ce petit discours, veut faire un petit clin d’œil à Macky Sall, comme ce fut le cas d’Aliou Sow. J’ai le cœur meurtri de constater qu’il y a encore dans notre pays des hommes politiques véreux, ayant mangé à tous les râteliers et prêts à courber l’échine (face à Macky) pour bénéficier de quelques miettes du pouvoir.

M. Lô, vous avez tort de dire que Sonko ne peut pas faire peur. Nul besoin de pousser notre analyse trop loin. Premièrement, le seul fait qu’il soit radié de la fonction publique contredit vos propos. Si le chef de file de Pastef ne fait pas peur à l’Exécutif, ne serait-il pas plus logique de le maintenir à son poste en le laissant dénoncer les tares de notre système politique entièrement gangréné par la corruption et le népotisme ? J’espère que vous me répondrez.

Deuxièmement, vous reprochez à Sonko de faire de la politique spectacle et d’être un objet médiatique. Non, contrairement à vous et à ceux qui dirigent le Sénégal depuis plusieurs décennies, Ousmane Sonko a éveillé la curiosité des médias grâce à un programme plus que cohérent, dont la pierre angulaire repose sur la lutte contre la corruption et l’exploitation sauvage des richesses naturelles de notre pays.

Troisièmement, vous dites M. Lô qu’il faut « éviter le dégagisme et qu’il faut écouter les programmes ». Cette phrase est, à mon sens, un manque de respect criant envers les Sénégalais. Après avoir accusé à tort Ousmane Sonko d’être un islamiste, maintenant vous voulez nous faire croire que ceux et celles qui s’intéressent à son programme agissent comme des moutons de panurge.

M. Lô, La jeunesse sénégalaise s’est mobilisée derrière Sonko car cette jeunesse en a ras-le-bol de se faire rouler dans la farine par des gens comme vous. M. Lô, je vous rappelle que des milliers de Sénégalais ont été violemment tabassés lors de la présidentielle de 1993 alors que tout le monde savait que ces élections étaient truquées par le système Diouf. S’il n’y avait pas eu une mobilisation spectaculaire d’une jeunesse, Maître Abdoulaye Wade, sous qui vous avez nommé ministre de l’environnement, n’aurait jamais été élu président.

En 2018, c’est une autre jeunesse, consciente que la classe politique sénégalaise est faite d’amateurs politiques corrompus, qui a confié son destin à un homme qui est, n’en déplaise à certains, en train de révolutionner le paysage politique sénégalais. M. Lô, les Sénégalais qui soutiennent Sonko ne sont pas manipulés, ils ne suivent pas un messie comme vous le dites. Ils ont adhéré à ses idées, car en réalité ils y trouvent les gages d’un avenir meilleur

M. Lô, vous dites qu’« il faut éviter le dégagisme ». Ma foi, personne ne veut le dégagisme. Mais, il s’impose lorsque ceux et celles qui dirigent ne sont plus à la hauteur et aujourd’hui nul besoin de souligner que Macky Sall et son clan ont été désavoués par une bonne partie du peuple sénégalais. En conséquence, le dégagisme a tout son sens jusqu’à preuve du contraire.

Que Sonko remporte les élections ou qu’il les perde, cela ne changerait rien dans ma vie. Cependant, je me réjouis de voir à quel point il sème la zizanie dans le camp du système. Sonko a le mérite de pointer du doigt, à ses risques et périls, les dérives d’un système obsolète, désuet et dirigé par les mêmes têtes depuis plus de deux décennies.

Non, M. Lô, Ousmane Sonko n’est pas un objet médiatique, il ne fait pas non plus de la politique spectacle. Ousmane Sonko est devenu un phénomène médiatique car en effet il est la réponse à des décennies de dysfonctionnement d’un système politique qui a fini par sortir de ses gonds une immense majorité du peuple sénégalais, notamment les jeunes.

Edito signé : Cheikh DIENG, fondateur et rédacteur en chef du site d’information www.lecourrier-du-soir.com, basé à Paris.

Email : cheikhdieng05@gmail.com