Arrestation musclée du gilet jaune Eric Drouet : en France, la dictature s’installe petit à petit

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(Une analyse du journaliste Cheikh DIENG)

Sommes-nous en train de vivre les derniers jours de la démocratie ? Je pose cette question à la suite de l’arrestation du gilet jaune, Eric Drouet ce 2 janvier à Paris. La scène, filmée par plusieurs manifestants, a largement circulé sur les réseaux sociaux. D’ailleurs, ce 2 janvier, le hashtag #EricDrouet a été trending topic pendant plusieurs heures sur Twitter.

En visionnant le film de l’arrestation dans son intégralité, je suis arrivé à la conclusion que la France, ce beau pays qui a rayonné dans le monde entier à travers son humanisme, sa culture et sa grande démocratie, est en train de vivre les heures les plus sombres de son Histoire. Ce n’est plus difficile de comprendre la profondeur de la colère du peuple.

Voir tout ce déploiement de CRS pour l’arrestation d’un seul homme, non armé et qui, ce 2 janvier, ne posait aucun trouble à l’ordre public, est tout simplement hallucinant. Sur les images filmées, en aucun moment, on a vu des gens piller ou saccager. Tous ensembles, dans le calme le plus absolu, Eric Drouet et son groupe se sont comportés comme de véritables citoyens qui méritent tout mon respect.

Je l’ai écrit à maintes reprises et je ne cesserai de le faire. Je n’ai aucune complaisance envers les casseurs et les pilleurs qui, ces derniers jours, ont donné aux médias du grain à moudre. Le charme du mouvement doit résider dans sa capacité à mener le combat sans verser le sang, ni attiser la haine et les tensions sociales. Toute autre voie menant vers la violence est du pain béni pour les médias qui en profiteront pour discréditer le mouvement et le tuer.

L’interpellation musclée d’Eric Drouet est un sérieux problème dans une démocratie. Le jeune homme n’est ni un assassin, ni un terroriste. C’est un citoyen français au même titre qu’Emmanuel Macron ou Edouard Philippe. Qu’on le veuille ou pas, il est en train, à ses risques et périls, d’éveiller les consciences et de donner la voix à des milliers de citoyens qui n’en avaient plus. Rien que pour cela, il mérite d’être traité comme un héros.

Mais, cela n’a pas été le cas. Un déploiement spectaculaire de CRS a été mis en place. Pour mettre la main sur Eric Drouet, ils ont eu recours à l’usage de la force, une force excessive. Bousculés, jetés au sol, les sympathisants d’Eric Drouet ont un droit à un traitement inhumain.

C’est exactement le même traitement auquel ont droit de dignes citoyens réclamant justice et démocratie dans une partie de l’Afrique, du Moyen-Orient ou de l’Amérique Latine. Quand ce même traitement est infligé à des citoyens en France, évidemment, cela indigne plus d’un.

Le plus grave dans cela est le déni de justice. En effet, avant de monter dans le véhicule de la police, Eric Drouet a montré aux policiers qui l’entouraient une note de son avocat lui accordant le droit de ne pas se faire embarquer. Cette note, émise par son avocat, n’a pas même été prise en compte. Cette scène est une honte pour la République.

J’aimerais bien comprendre la stratégie derrière cette interpellation musclée du leader du mouvement. Certains cherchent-ils à radicaliser les gilets jaunes ? Je le crois, oui. La justice française avait hier une opportunité immense de laisser le gilet jaune et ses sympathisants se rassembler pacifiquement et interdire le mouvement en cas de débordements.

Ils ont préféré offrir une belle victoire aux gilets jaunes et à Eric Drouet, l’idole de Mélenchon. Ce mercredi, c’est en héros que Drouet a été embarqué par la police sous le cri de ses sympathisants : Eric ! Eric ! Eric ! Il faut avoir le courage de le dire : il a été le seul vainqueur.

Cette arrestation est une vaste blague et ne fait que réconforter les gilets jaunes qui sont nombreux à dénoncer un Etat policier. Les images filmées sont choquantes et prouvent une fois de plus que la démocratie est sérieusement en danger en France.