Arrestation du journaliste sénégalais Adama Gaye : oui, la liberté d’expression a des limites !

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« Trop de bruit pour rien ! », aurait dit William Shakespeare s’il partageait encore notre époque. Je fais remarquer que cinq siècles après la mort de l’écrivain anglais, cette phrase colle bien avec la réalité actuelle sénégalaise. En effet, je fais allusion à cette phrase à la suite de l’interpellation d’Adama Gaye, journaliste arrêté lundi à son domicile à Dakar par la DIC (Division d’Investigation Criminelle).

Que reproche-t-on à Adama Gaye ? Le journaliste sénégalais, qui aurait passé une nuit en prison, a été arrêté pour « offense au chef de l’Etat et atteinte à la sûreté de l’Etat », un délit puni par l’article 80 du code pénal sénégalais, nous dit-on. En effet, Adama Gaye est poursuivi pour des publications injurieuses à l’encontre du président sénégalais qu’il accuse d’entretenir des relations extraconjugales.

Pour comprendre ce qui se passe réellement, il faudra revenir sur les publications en question. Le 29 juin, Adama Gaye écrivait ceci sur son mur : « pourquoi Marieme (la femme du président) a exigé le renvoi de Mina ? Qu’en dit Macky-Lewinsky ? Saa Yolom Guénio ? Maa jeppi sagarou illégitime bii. De pied ferme, l’arme prête, les munitions mondialement placées, j’attends ».

Le 02 juillet, le journaliste va plus loin, écrivant : « en plus d’être un voleur, Macky est un menteur. Infidèle mari. Indigne. Il ose dire qu’il avait à cœur les intérêts du pays quand il négociait les contrats avec qui on sait. Bof, l’escroc illégitime, nous te ferons la peau. Reddition ! ».

Je vais finir par le twitte publié ce 15 juillet qui, à mon avis, va au-delà de la liberté d’expression à laquelle je suis très attaché. « 7 janvier 2016 : Mina Lakrafi avec des femmes khess petche-dans la putainerie de villa de Macky Sall à Cotonou, lors d’un sommet de l’Umoa ? Plus pute que ce type (le président) tu meurs, Live  à Pigalle. Soul patarole dou ko terre kegn ».

Depuis son arrestation, les réactions sont légion. Au Sénégal, les pros et anti-Macky Sall se livrent une bataille sans merci. Si certains estiment qu’Adama Gaye devrait être libéré dans les plus brefs délais, pour d’autres, la liberté d’expression a des limites et ne devrait servir de prétexte pour régler ses comptes avec ses rivaux.

Détail important. Je rappelle que le journaliste Adama Gaye a été arrêté chez lui après une rencontre avec Abdoulaye Wade, ex président du Sénégal devenu depuis sa chute en 2012, l’un des plus grands opposants au régime en place. Ses liens avec l’ancien président sénégalais en disent long sur les orientations politiques du sieur Gaye.

Adama Gaye, à mon avis, n’est rien d’autre qu’un journaliste opposant politique dont l’objectif est de déverser sa haine sur le régime en place, et de la plus vile des méthodes. Je rappelle à mes lecteurs et lectrices que moi, qui écris cet article, je suis aussi un opposant au régime de Macky Sall, mais un opposant responsable et honnête. Et je ne suis pas le seul.

En effet, depuis plusieurs années, de nombreux journalistes (Baba Aidara, Pape Alé Niang ou autres) s’attaquent virulemment à l’Etat en faisant des révélations de taille sur le pétrole ou sur d’autres scandales. Sont-ils allés en prison ? Pour l’instant, non. Car ils exercent leur métier avec professionnalisme et n’ont jamais caché leur couleur politique. Nous savons tous qu’ils sont dans l’opposition.

L’autre point que je souhaiterais souligner est celui-ci : compte tenu de la situation actuelle de notre pays, que peuvent nous apporter des révélations sur la vie privée du président de la République ? Ce qui intéresse les Sénégalais, c’est de savoir où va leur argent, avec qui les contrats de pétrole et de gaz sont signés. Ils ont envie d’une justice sociale.

« Tout est permis ne veut pas dire que rien n’est interdit », disait Albert Camus. Adam Gaye a beau être pédant, pertinent, perspicace et averti, il n’a certainement jamais lu cette citation, sinon il aurait compris que le seul fait d’être un journaliste ne lui donne pas le droit de s’immiscer dans la vie privée d’un individu lambda, encore moins d’un chef de l’Etat.

Que la justice fasse son travail et qu’Adama Gaye assume son impertinence et son effronterie.