Conflit en Syrie et les deux prochaines guerres : Israël contre Iran, Chiites contre Sunnites

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(Analyse du journaliste, Cheikh DIENG)

Sommes-nous en train d’assister à une prochaine guerre Israël vs Iran ? Pour l’heure, difficile de le dire. Toutefois, les signes ne trompent pas. En tout cas, du côté israélien, tous les prétextes sont bons pour neutraliser l’Iran, longtemps perçu par Benjamin Netanyahou comme la plus sérieuse menace à Israël au Moyen-Orient et accusé de soutenir Bachar Al-Assad via sa branche du Hezbollah.

En effet, ce lundi, le gouvernement israélien a annoncé des frappes contre des forces iraniennes en Syrie. Une stratégie assez étrange d’ailleurs car les frappes israéliennes contre des cibles iraniennes en Syrie sont souvent menées dans la plus grande discrétion. Mise à part IDF (Force Armée Israélienne), personne d’autre n’est au courant.

Sans surprise, la frappe a été menée. En Syrie, on parle déjà de 21 victimes. « Il y a 15 étrangers parmi les morts et 12 Iraniens. Six Syriens fidèles au régime de Bachar Al-Assad ont aussi été tués », renseigne l’Observateur Syrie pour les Droits de l’Homme par la voix de son directeur Rami Abdel Rahman.

Ce qui intéressant à souligner est la rhétorique belliqueuse du côté israélien. Depuis lundi, le discours de guerre israélien ne gêne plus personne. « Israël est déterminé à empêcher que les Iraniens construisent une machine de guerre indépendante en Syrie et est prêt à prendre le risque d’échange de tirs », a déclaré l’ex chef d’Etat major israélien, Yaakov Amidror.

Et d’ajouter : « et si besoin, nous neutraliserons l’aviation syrienne. Plus les Iraniens essaient de lancer des roquettes vers Israël, plus notre attaque sera sévère. Il s’agit de lancer un signal fort à l’endroit des Iraniens. Nous sommes prêts à une escalade de la violence si cela ne cesse pas ».

Le discours de guerre ne se limite plus à l’armée. Il a gagné les intellectuels israéliens. « Israël est déterminé à empêcher la présence militaire iranienne en Syrie. (…) Israël a appris les leçons de la guerre du Liban lorsque l’Iran dotait le Hezbollah de milliers de missiles. Aujourd’hui, nous voulons éviter une situation pareille en Syrie », a expliqué Efraim Inbar, professeur à l’Institut de Stratégie et de Sécurité de Jérusalem.

Ce discours concorde avec celui de Benjamin Netanyahou qui n’a cessé de menacer l’Iran. « Nous agissons contre l’Iran et contre les forces syriennes qui encouragent l’agression iranienne. Quiconque essaie de nous faire du mal, nous lui ferons du mal. Quiconque menace de nous détruire portera l’entière responsabilité de ces actes », a-t-il réagi ce lundi.

Il convient de souligner que la situation entre les deux puissances est d’une gravité extrême, d’autant plus qu’elles sont ouvertement en guerre sur plusieurs fronts au Moyen-Orient. Au Yémen, l’Iran soutient la minorité chiite Houthis qui a renversé le président sunnite Mansour Hadi en 2015 ; en Syrie, l’Iran soutient le président chiite Bachar Al-Assad, tandis que l’opposition sunnite est soutenue par Israël.

Au Yémen, pendant que les négociations se poursuivent pour une sortie de crise dans cette partie du monde, les positions se durcissent. L’Arabie Saoudite, soutien du gouvernement sunnite, pilonne le pays presque quotidiennement, tandis que de l’autre côté, les Houthis promettent de ne rien lâcher, comme l’a fait savoir Faysal Abou Talib à l’agence de presse Tasnim.

Et ce n’est pas la seule pomme de discorde. Rappelons que le retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire signé en 2015 entre l’Iran et 5 puissances occidentales a considérablement miné toute chance de réconcilier Iran et Israël. Depuis cette date, l’Iran refuse catégoriquement de se mettre autour d’une table avec l’Etat hébreux, jugeant toute négociation « futile » pour reprendre le qualificatif d’Ali Shamkhani, secrétaire à la sécurité nationale iranienne.

Face au refus des deux puissances régionales de mettre fin à leur rivalité, nous risquons d’assister au pire. En effet, je crains, dans un futur proche, que l’Arabie Saoudite (qui voit de très mauvais œil l’influence grandissante de l’Iran au Moyen-Orient, notamment au Liban, en Syrie et au Yémen), ne prête main forte à Israël pour neutraliser la République Islamique.

Ce scénario est possible d’autant plus que la rivalité entre l’Iran et l’Arabie Saoudite s’intensifie de plus en plus, comme le témoigne les propos prononcés en mars 2018 par Mohamed Ben Salman, prince héritier saoudien. « L’Arabie Saoudite ne veut pas acquérir la bombe nucléaire, mais il est évident que si l’Iran développait la bombe nucléaire, nous l’aurions aussi », avait-t-il révélé dans une interview accordée à CBS durant un séjour aux Etats-Unis.

Durant cette même interview, il avait ouvertement comparé le guide religieux iranien à Adolf Hilter avant de prévenir la communauté internationale. « Il (le guide suprême iranien) veut créer son propre projet au Moyen-Orient tout comme Hitler qui voulait l’expansion de l’Allemagne. (…) Je ne veux pas que ces mêmes événements se reproduisent au Moyen-Orient », disait Mohamed Ben Salman.

La situation est d’autant plus explosive que le Hezbollah, fidèle allié de l’Iran et ennemi juré d’Israël, avait annoncé, dans un message publié sur twitter en octobre 2017, qu’il opérait à l’intérieur du territoire israélien. Un message démenti par plusieurs spécialistes politiques qui y voyaient une stratégie du Hezbollah de mener une guerre psychologique contre l’Etat hébreu.

Aujourd’hui, nous avons au Moyen-Orient deux conflits majeurs dans lesquels les quatre (Iran, Hezbollah, Israël et Arabie Saoudite) sont pleinement impliqués : le conflit syrien et la guerre au Yémen. Dans ces conflits, les enjeux sont énormes. Israël et l’Arabie Saoudite qui n’entretiennent aucune relation diplomatique pourraient coaliser (en catimini) pour détruire un ennemi commun : Iran. Et de l’autre côté, l’Iran et son allié libanais (Hezbollah) savent qu’en cas de victoire saoudienne ou israélienne, ils disparaîtront pour de bon.

Je ne serais surpris d’apprendre que l’Arabie Saoudite apporte du soutien (financier, logistique ou moral) à Israël dans sa guerre contre l’Iran. Je tiens à rappeler qu’en mars 2018, le média israélien, Times Of Israel, avait révélé des rencontres secrètes entre autorités saoudiennes et israéliennes en Egypte.

En conséquence, je suis presque sûr et certain que quelque chose est en train de se préparer. Quand et comment sera déclenchée cette guerre ? Telle est ma question. Retenez bien ceci : quel que soit le scénario qui se dessine, une guerre contre l’Iran nous mènera tout droit vers une guerre sunnite contre chiite qui risque, cette fois-ci, d’affaiblir fortement l’Islam.