ECO : LE FRANC CFA BIS ! (Par Sidy Touré)

0
239

(Une analyse du chercheur Sidy Touré)

Par la voix de Sibeth, la renégate, la France annonce une décision majeure qui concerne non pas les citoyens Français mais les 120 millions d’habitants de l’UEMOA. Le franc colonial français (CFA) tire sa révérence suite aux multiples attaques et appels pour sa disparition au profit d’une nouvelle monnaie cette fois-ci sans connotation dénominative coloniale. Pour sauver la face et garder ses intérêts intacts, la France passe par un rebranding du CFA avec ses complices, valets et nègres de service.

Faisons un bref rappel sur le CFA et son fonctionnement depuis sa création. C’est une monnaie que se partagent principalement les pays de l’UEMOA découlant d’un accord qui les lie depuis l’aube des indépendances à la France. Elle a été créée en 1945 en même temps que les accords de Breton Woods. En plus de la garantir, et de l’arrimer avec sa monnaie, la France gère les réserves des pays membres et siège dans son conseil d’administration où elle jouit d’un droit de véto et émet pièces et billets du CFA. Autrement dit, toute décision qui ne l’agrée pas n’a aucune chance d’être entérinée.

Le Franc CFA finit par tomber dans le désamour total de beaucoup d’africains de l’ouest qui n’hésitent pas à le brûler et à le dénoncer comme un outil de domination économique auquel il faut se séparer. Mesurant le dépit que les peuples ont face à leur monnaie, la France toujours coloniale, n’a pas hésité à usurper l’ECO, le projet de monnaie unique de la CEDEAO d’abord par une première déclaration du Président Ivoirien en décembre 2019 et tout dernièrement par un communiqué du conseil des ministres datant du 20 Mai 2020.
Le communiqué dit : «Comme décidé par l’UMOA, le nom de la monnaie de l’UMOA, aujourd’hui le Franc CFA, évoluera pour devenir l’ECO.

La France et l’UMOA ont également décidé de mettre fin à la centralisation des réserves de change de l’UMOA à Paris, en actant la suppression du compte d’opérations. Enfin, les modalités d’échange entre l’UMOA et la France sont profondément modifiées : la France se retire de l’ensemble des instances de gouvernance de l’Union». Donc c’est au niveau d’un conseil des ministres de la France que c’est décidé de changer le CFA des huit (8) pays membres de l’Union Monétaire Ouest Africain. La France sort par la porte pour retourner par la fenêtre alors qu’on s’attendait à un retrait définitif. Voilà tout mais le plus grand paradoxe dans cette nouvelle mesure qui paraît unilatérale est le fait que la zone CFA de l’Afrique centrale n’est pas concernée !

De prime abord, il urge de signaler que l’acte posé par la France n’est ni diplomatique ni élégant, ni respectueux. Elle serait moins arrogante, plus diplomatique et respectueuse à l’endroit de «ses partenaires» en leur laissant la latitude d’annoncer une décision si souveraine d’autant plus que le communiqué dit explicitement que le changement de nom a été décidé par l’UMOA et que «la France n’est qu’un simple garant» tout de même indésirable de cette nouvelle monnaie «ECO». Pourquoi la France a accepté de se réduire en «garant» ? Quels sont les enjeux économique, politique et diplomatique de cette posture à court, moyen et long terme ?

S’agissant de cette dénomination, notons que c’est une usurpation de nom de la part de la France et des pays de l’UMOA puisque l’ECO et les signes monétaires issues d’un appel à candidature qui le composent sont la propriété exclusive de la CEDEAO. Par conséquence, les droits d’auteur et les droits connexes sont protégés contre la contrefaçon, le piratage, l’usurpation dans tous les pays. En adoptant l’ECO comme nouvelle monnaie pour des pays souverains, la France et l’Union Monétaire Ouest Africaine violent délibérément la loi sur la propriété intellectuelle et doit être poursuivi et punie.

En plus de la loi n° 92-597 du 1 juillet 1992 protégeant la propriété intellectuelle, l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, (OMPI) dont la France et plusieurs autres pays sont membres s’occupe des tous les problématiques liés au droit d’auteur au plan international. Donc si la CEDEAO le souhaite, elle peut porter cette affaire devant les juridictions françaises, africaines et internationales pour bloquer ce énième projet colonial de la France avec la complicité de certains chefs d’États de l’Afrique de l’Ouest.

Il n’est plus concevable de laisser une marge de manœuvre à la France qui lui permette de manipuler les économies de pays souverains et d’en profiter. En sus de cette bataille juridique qui doit s’amorcer et médiatiser dès à présent, il est tout aussi nécessaire d’engager celle politique en posant des jalons indiquant à la France qu’elle peut désormais oublier cette ambition colonialiste permanente par le biais de laquelle elle a jusqu’ici entretenu son économie et sa politique étrangère pour bien compter dans le concert des nations. Il revient aux dirigeants et peuples des pays concernés de se battre fermement pour récupérer leur souveraineté et de ne point céder sur son intégrité.

Si aujourd’hui des pays comme le Cap-Vert, la Gambie, la Mauritanie, la Guinée Bissau, sont capables de gérer leur propre monnaie, et leur politique monétaire, pourquoi pas le reste. Je me demande si vraiment Sénégalais, Ivoiriens et Maliens et autres pays de l’Afrique de l’Ouest seraient dans de meilleures conditions que Capverdiens, Mauritaniens ou Gambiens. Pauvreté et misère frappent de la même manière dans tous nos pays.
La France, comme tout autre pays d’ailleurs, n’a pas d’amis, elle a des intérêts qu’elle tient à préserver par tous les moyens. J. Chirac ne disait-il pas qu’«une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient de l’exploitation depuis des siècles de l’Afrique» ?

Accepter cette garantie monétaire n’est qu’un renouvellement de la colonisation dont on ignore le terme et un blanc-seing pour la poursuite de cette exploitation. La dignité et la liberté valent-elles mieux qu’une simple garantie monétaire que chaque pays est à même de se fournir lui-même ? Le monde est dans une phase évolutive très rapide mais encore une fois nous risquons rater ce nouveau départ à cause de chefs d’États et hauts fonctionnaires qui n’hésitent point d’hypothéquer, de saboter et de ruiner l’avenir de tant de générations.

Pour résumer l’ECO tel que le veut la France n’est qu’un subterfuge pire que le CFA. L’objectif à long terme pourrait être de l’élargir à tous les pays membres de la CEDEAO avec la garantie française. La France sera économiquement plus solide, plus apte à exploiter et piller l’Afrique, elle sera aussi diplomatiquement plus influente dans le monde entier.

À nos chefs décideurs ou exécuteurs de voir s’il est normal et admissible qu’un petit pays qui ne représente rien sans l’Afrique puisse mettre la main continuellement sur un ensemble de pays qui compte 120 millions d’habitants et leurs ressources ? L’UMOA ne peut-elle mettre se passer d’une garantie monétaire étrangère qui sera sûrement un levier de manipulation pour encore longtemps ?

Accepter que la France et ses complices Africains usurpent la monnaie unique de la CEDEAO, c’est donner un nouveau souffle au FCFA donc à l’exploitation, au pillage et à la manipulation économique, politique et monétaire pour encore au moins ½ siècle.
SMT. Washington. USA
mailto:sitou25@ulaval.ca
Facebook Nafiguiya-365