Exclusif : la France ouvre un camp militaire destiné à former des soldats saoudiens sur son sol

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Des soldats saoudiens formés sur le sol français. Telle est la révélation d’Amnesty International. Cette révélation intervient au moment où plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme pointent du doigt les exactions perpétrées par le régime saoudien au Yémen.

En effet, dans une enquête menée par Amnesty International et intégralement lue par Lecourrier-du-soir.com, l’organisation internationale nous apprend que le camp destiné à former les soldats saoudiens se trouve à Commercy, commune de la Meuse comptant 6.000 habitants.

Toujours d’après la même source, les militaires saoudiens sont arrivés en France pour y suivre une formation sur des armes vendues à l’Arabie Saoudite par une entreprise belge dont l’identité a été dévoilée par le média belge BrusselsTimes. Il s’agit en effet du groupe John Cockerill.

Amnesty International revient sur l’origine de l’affaire. D’après l’organisation internationale, tout a commencé en 2011 lorsque Bernard Serin, PDG du groupe John Cockerill, informe le ministre français de la Défense Gérard Longuet que son entreprise (John Cockerill, ndlr) venait de décrocher un juteux contrat militaire avec un pays du Golfe et qu’il avait besoin d’un site pour accueillir les stagiaires.

Le deal était que le groupe John Cockerill devait “rénover, racheter le bâtiment pour en faire son centre de formation et en échange, l’armée de terre lui concède l’utilisation de terrains de manœuvre dans des conditions limitées, précises et financières”.

“Dès 2012, la société est assurée de pouvoir mener ses activités de tirs réels sur ces terrains de manœuvre à Suippes, en Champagne. Sur le site de Commercy, il est prévu de former, en salles de classes et sur simulateurs, des militaires saoudiens au maniement de tourelles-canons Cockerill”, renseigne Amnesty.

Une grosse affaire de sous. En effet, dans le document, Amnesty a dévoilé les dessous des tractations. L’Etat débloquera, en juillet 2011, 14,3 millions d’euros afin de compenser la perte de 849 emplois que va entraîner la disparition du 8ème régiment d’artillerie, installé dans la cité meusienne depuis 1964.

La source parle de CDE (Contrat de Développement Economique) qui a été signé à Commercy le 18 juillet. Cockerill se voit offrir un million d’euros alors que le plafond des aides est normalement fixé par la Cour des Comptes à 600 000 euros. “Pour les entreprises qui, comme elle, viennent s’installer sur un ancien site militaire, on déroule le tapis rouge. Selon les termes du CDE, Cockerill peut faire quelques économies. Totale exonération fiscale et de cotisations sociales pendant trois ans, suivie d’une exonération partielle de deux ans, prise en charge par l’État”, révèle l’enquête.

Et d’ajouter : “quoi qu’il en soit, au total, les élus locaux et l’État ont décidé d’accorder plus de 2 millions d’euros d’argent public à l’entreprise belge : un tarif attractif de 700 000 euros sur un prix de vente d’1,525 million d’euros de la part de la communauté de communes de Commercy, 761437 euros de la part de l’établissement public (GIP) Groupement d’intérêt public, Objectif Meuse, 600000 euros de la part du conseil régional de Lorraine, et 1 million d’euros via le CDE (1)”.

C’est en 2014 que Cockerill signera un contrat de sous-traitance avec la firme canadienne General Dynamics Land-System-Canada (GDLS-C) pour un montant de 4,5 millions d’euros. “Elle est chargée de livrer environ 700 tourelles-canons pour équiper les 928 véhicules blindés légers canadiens envoyés à Riyad”, révèle l’enquête.

120 stagiaires ou militaires saoudiens débarqueront en France en 2017 pour y suivre une formation de 7 ans au moins.

Pour lire l’enquête dans sa version originale, cliquez ici : Amnesty International