France : le député LREM, condamné pour détournement de fonds publics, vient de démissionner

Le député LREM, Moustapha Laabid, poursuivi pour détournement de fonds, a présenté sa démission ce 6 septembre dans un communiqué publié sur sa page Facebook. Cette démission intervient au moment où le ministère de la Justice saisit le Conseil Constitutionnel pour obtenir sa déchéance de mandat de député
Lecourrier-du-soir.com vous propose de lire le communiqué dans son intégralité
Excellente Lecture! 
“Voilà, c’est fini…
Comme vous le savez, j’ai fait l’objet d’une dénonciation anonyme auprès de TRACFIN intervenue le 20 octobre 2017, soit 4 mois après mon élection.
Financement du terrorisme, blanchiment d’argent et abus de confiance…
En 2019, une première condamnation tombe : Prison avec sursis, amende et inéligibilité.
En 2020, cette peine est confirmée et alourdie par la Cour d’appel.
En 2021, la Cour de cassation refuse de juger mon affaire et déclare mon pourvoi non admis.
Un traitement expéditif et hors norme.
Que les élus doivent être exemplaires pendant l’exercice de leur mandat, nul n’en doute !
Depuis 2013, et la désastreuse « affaire Cahuzac », ce ne sont pas moins de quatre lois qui sont venues parfaire un attirail législatif conséquent : Mise en place d’une Haute Autorité à la Transparence de la Vie Publique, lutte contre la corruption, inéligibilité renforcée, définition et vigilance sur les conflits d’intérêts, règles et contrôles renforcés sur le financement de la vie politique.
La commande citoyenne était là, les outils et sanctions sont au rendez-vous.
Mais, à coup de dénonciations anonymes, il semble se dessiner une notion floue et dangereuse de rétroactivité de la probité et de la transparence.
Qu’est-ce à dire ?
On poursuit et on juge plus sévèrement quelqu’un, devenu élu, sur ses activités professionnelles ou personnelles antérieures à son élection.
On demande, in fine, aux élus d’avoir été totalement vertueux, avant même de se présenter à des élections. Ainsi, on sort du seul camp juridique, de la règle et de la loi, pour rentrer dans la morale. A l’égalité des justiciables devant la loi, on invente insensiblement une nouvelle catégorie de citoyens qui auraient moins de droits que d’autres, une fois devenus élus.
Il y a eu l’affaire Laabid, parce que Mustapha Laabid est devenu député.
Resté simple responsable associatif, le contrôle fait par les financeurs publics, aurait abouti à des réécritures comptables et à une remise au clair des comptes de l’association que je présidais. Ou, au pire, il y aurait eu un rappel à la loi, une infraction constatée, réparée et faisant l’objet d’une « remontrance » judiciaire.
Resté simple responsable associatif, il n’y aurait jamais eu de dénonciation, et encore moins de mobilisation de TRACFIN.
Mais le candidat à l’élection législative Mustapha Laabid, hors du système politique local, contre un apparatchik du cru, s’est présenté, a battu sévèrement les jouisseurs du pouvoir local et est devenu député.
Là est sa faute, là est son crime…
Et parce qu’il est député, il n’y a plus de clémence de la puissance publique sur ses agissements passés. Il n’y a plus de place pour la stricte application de la loi, mais la possibilité d’un exemple,
« suivant que vous soyez puissant ou misérable… »
On peut objectivement se demander si Michel Dupont, resté simple responsable associatif, en serait là…
Il n’en demeure pas moins que j’ai consacré 15 ans de ma vie à aider les plus en difficultés d’entre nous.
Et cela, personne ne me l’enlèvera, ni les enquêteurs, ni les juges, ni cette presse locale malveillante.
Dès 2005, je me suis investi bénévolement pour les quartiers au sein d’associations ou en tant que salarié dans l’animation d’un club d’entreprises bretonnes.
J’ai ainsi pu contribuer, de façon visible et factuelle, à la création de milliers d’emplois.
J’ai pu ainsi participer activement à la cohésion nationale, à la lutte contre toutes formes de discriminations, à promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes ou à initier des dispositifs d’accès à l’emploi et à la formation.
Mon chemin de vie m’a conduit des HLM de la ZUP jusqu’au palais Bourbon.
Rien… rien ne me prédestinait à devenir un jour Député.
Fils d’immigrés, d’un père maçon et d’une mère femme de ménage, devenu représentant de la Nation française.
Une immense fierté !
C’est pour cela qu’au cours de ces 4 dernières années, j’ai prolongé cet investissement social et solidaire rennais à l’Assemblée nationale : Insertion des jeunes, Mineurs non accompagnés, conditions carcérales, Egalité de Droit des Chibanis, Violences faites aux femmes, Prostitution des mineurs, Élèves en situation de handicap, Responsabilité Sociale des Entreprises, Violences au travail, Coopération internationale…
Mais voilà, c’est fini.
La mission que m’ont confié mes concitoyens s’achève de façon prématurée.
Je démissionne de mon mandat de Député.
Votre soutien, en particulier dans les moments très difficiles que j’ai pu vivre ces derniers mois, a été précieux.
Les décisions de justice, les très nombreux articles de presse, la haine en ligne, les lettres d’insultes, les menaces de mort, les dos tournés…
Et cette année aussi le décès de mon père, le décès de ma mère, Paix à leurs âmes.
J’écris ces derniers mots en tant que Député afin de m’excuser sincèrement auprès de toutes celles et de tous ceux que j’ai pu décevoir et remercier infiniment toutes celles et ceux qui m’ont toujours soutenu.
Une grande partie d’entre vous sait à quel point mon engagement a toujours été sincère.
Je reste debout.
Merci à vous toutes et vous tous.
Mustapha”