Gros scandale en France : le journal Le Monde supprime une tribune sur Macron en Algérie qui n’a pas plu à l’Elysée

Une information très peu relayée par les médias de masse mais qui a suscité un vif tollé au sein de la classe politique française. En effet, tout part d’une tribune parue, ce 1er septembre, sur le site du média français et consacré au récent voyage du président français en Algérie.

La tribune, écrit par le chercheur Paul Max Morin, dénonce la droitisation d’Emmanuel Macron. Mais aussitôt publiée, elle a été retirée du site en raison d’une plainte en provenance de l’Elysée. Et ce 02 septembre, contre toute attente, le journal Le Monde assume avoir supprimé la publication de son site et présente ses excuses. 

Lecourrier-du-soir.com vous invite à lire les explications apportées par Le Monde et qui ont déclenché une vive polémique en France où beaucoup accusent le média français de censure. 

Excellente lecture 

“Jeudi 1er septembre, en milieu de journée, nous avons décidé de retirer du site du Monde la tribune du politiste Paul Max Morin intitulée : « Réduire la colonisation française en Algérie à une histoire d’amour parachève la droitisation d’Emmanuel Macron sur la question mémorielle. » Ce texte, validé par la rédaction, avait également été publié dans le journal (dans son édition datée du 2 septembre).

Pour comprendre les raisons qui nous ont conduits à prendre une telle décision, il faut remonter quelques jours en arrière.

Souhaitant revenir sur le voyage effectué par le chef de l’Etat en Algérie du 25 au 27 août, les responsables du service Débats-Idées ont demandé à M. Morin, un chercheur du Cevipof, auteur de l’ouvrage Les Jeunes et la Guerre d’Algérie. Une nouvelle génération face à son histoire (PUF), d’en faire le bilan. Plus précisément, ils ont convenu avec lui qu’il centrerait son analyse sur les questions mémorielles.

Le texte nous a été adressé mardi 30 août. Il a ensuite été édité et validé par la rédaction. Trop rapidement.

Aussitôt après sa mise en ligne, plusieurs interlocuteurs, parmi lesquels une responsable du service de presse de l’Elysée, nous ont fait savoir que la tribune contenait une erreur qui induisait une mauvaise interprétation des propos tenus à Alger par le chef de l’Etat lors de la conférence de presse impromptue qu’il avait tenue, le 26 août, à la sortie du cimetière chrétien Saint-Eugène d’Alger.

Après vérification, la question du journaliste était la suivante : « Les propos qui vous ont été prêtés en septembre dernier, en ce début de voyage, est-ce que ces propos sont oubliés ? » [En recevant, le 30 septembre 2021, dix-huit jeunes issus de familles ayant vécu intimement la guerre d’Algérie, le chef de l’Etat avait notamment déclaré : « Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? Ça, c’est la question. » Il avait aussi critiqué un « système politico-militaire qui s’est construit sur [une] rente mémorielle », comme l’avait alors rapporté Le Monde.]

Réponse de M. Macron : « Non mais, vous savez, c’est une histoire d’amour qui a sa part de tragique. Il faut pouvoir se fâcher pour se réconcilier. J’essaie, depuis que je suis président de la République et même avant, de regarder notre passé en face, je le fais sans complaisance. »

Dans son texte, M. Morin écrivait ceci : « En cinq ans, la colonisation sera passée dans le verbe présidentiel d’un “crime contre l’humanité” (2017) à “une histoire d’amour qui a sa part de tragique” ». Plus loin, il ajoutait : « Qu’elle ait été prononcée spontanément ou non, la réduction de la colonisation à une “histoire d’amour” parachève la droitisation d’Emmanuel Macron sur la question mémorielle. »

Les pages Débats du Monde ont vocation à accueillir des analyses et des points de vue, y compris très polémiques. Nous ne pouvons nous permettre d’y accueillir des textes comportant des erreurs factuelles. Or, l’argumentaire de la tribune reposait en bonne part sur une citation qui se rapportait aux relations franco-algériennes et non pas, comme M. Morin l’indiquait à plusieurs reprises, strictement à la colonisation. Nous aurions dû nous en apercevoir avant publication et demander à l’auteur de bien vouloir rectifier son propos.

Dans un premier temps, avec l’accord de l’auteur, nous avons tenté de modifier le contenu de la tribune de manière à la rendre factuellement exacte. Parce qu’une bonne partie de la démonstration reposait sur cette phrase choc, nous n’y sommes pas parvenus. Raison pour laquelle nous avons pris la décision de retirer le texte du site.

Le Monde”

Droit de réponse

Les explications du journal Le Monde risquent de ne pas convaincre car l’auteur de la tribune a livré sa version qui est totalement différente.

Voici ce qu’en dit Paul Max Morin, interrogé par Libération.fr. Cette tribune, le Monde me l’a demandée avant le voyage d’Emmanuel Macron en Algérie. Cela devait porter sur sa politique mémorielle. J’ai d’abord refusé car je ne pouvais pas prédire ce que le Président ferait ou dirait en Algérie. Ils m’ont ensuite recontacté lundi, après le voyage. Après quelques échanges avec eux, j’ai finalement accepté car je considère que les annonces et les déclarations du Président donnaient matière à l’analyse. Nous nous sommes entendus sur l’angle du papier : la “droitisation” du discours d’une part et un regard critique sur les annonces faites en Algérie. J’ai alors rédigé une tribune, qui a été relue, modifiée et validée par eux”.

Et  l’auteur d’ajouter : “Suite à sa publication, j’ai reçu un premier appel hier matin [jeudi 1er septembre] du journal m’informant que “l’Elysée était furax” et qu’il fallait apporter des modifications. J’ai accepté ces changements car la formulation ne remettait pas en cause le fond de l’analyse. Mais cela n’a pas pu être modifié car une demi-heure plus tard, j’ai reçu un deuxième appel pour me dire que la tribune était retirée, parce que j’avais mal interprété ou surinterprété les propos du président et que cette analyse était partagée par les envoyés spéciaux en Algérie qui s’opposaient à sa publication. J’ai alors proposé une nouvelle version recontextualisant les propos du Président mais cette dernière mouture a été refusée.”