Perquisition chez Jean-Luc Mélenchon : une intimidation politique au relent dictatorial !

(Une analyse de Cheikh DIENG, journaliste en France)

Le siège de la France insoumise ainsi que le domicile de Jean-Luc Mélenchon ont été perquisitionnés ce mardi 16 octobre. L’opération a commencé aux alentours de 11 heures comme l’a expliqué Jean-Luc Mélenchon dans une vidéo qu’il a partagée sur son compte Facebook et dans laquelle il a appelé ses militants à réagir.

« Le nouveau gouvernement commence son travail par une opération qui a eu lieu ce matin au domicile de 9 personnes pour faire des perquisitions ainsi qu’au siège du mouvement La France Insoumise et au siège du Parti de Gauche. Je demande à tous amis d’occuper ces sièges, de ne pas se laisser faire », a-t-il exhorté à ses militants.

Et Mélenchon d’ajouter : « et si d’aventure, ils voudraient vous en chasser, accrochez-vous au meuble et résister de toutes les manières possibles. N’obéissez pas, n’obéissez pas. Ce sont des ordres illégaux, immoraux, inacceptables. Il s’agit d’une opération d’intimidation politique ».

Cette vidéo a été filmée par Jean-Luc Mélenchon lui-même au moment où la perquisition était en train d’être menée chez lui. Dans la presse, on affirme que ces perquisitions sont réalisées par l’Office central de la lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) dans le cadre des enquêtes préliminaires ouvertes par le parquet de Paris.

Cette affaire qui intervient au moment où le président Macron traverse une crise politique sans précédent est plus que douteuse. S’agit-il d’une stratégie pour faire taire ses détracteurs ? Certainement. L’affaire est d’autant plus louche que les comptes de campagne du chef de file de la France insoumise ont pourtant été validés en décembre 2017.

Alors que reproche-t-on à Mélenchon ? La réponse est que la Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP) évoque des irrégularités dans les comptes de campagne de la LFI. La commission parle d’un montant de 434 939 de dépenses litigieuses sur les 10,7 millions d’euros dépensés. Finalement, la campagne de Mélenchon n’avait été remboursée qu’à hauteur de 6 031 304 euros. Ce qui a été formellement démenti par la France Insoumise.

Dans cette affaire, la justice française va s’intéresser à deux autres dossiers : celui de l’Ere du Peuple, une association qui a facturé à la France Insoumise un « montant de dépenses de 440 027 euros correspondant à des locations de salles et de matériels intellectuels et informatiques ainsi que des prestations intellectuelles de 4 de ses salariés dont trois étaient également membres de l’ équipe de campagne ».

L’autre dossier concerne Médiascop, chargée de la communication du leader de la France Insoumise pour un coût de 1,161 millions d’euros. La Commission estime que ces deux entités (Ere du Peuple et Médiascop) avaient des marges trop importantes ». Cependant, il est intéressant de faire remarquer que  jusqu’ici tout n’est que soupçon.

Je ne suis pas contre l’idée que la justice fasse son travail. Toutefois, je souhaite qu’elle le fasse en toute impartialité. Je dis cela car au moment où le siège de la France Insoumise est perquisitionné, des éléments d’enquêtes ont permis de démontrer que le compte de campagne d’Emmanuel Macron est truffé d’irrégularités.

En effet, d’après Le Monde qui cite la cellule d’investigation de la radio publique, Emmanuel Macron « a bénéficié d’un rabais de 75% sur la location du Théâtre Antoine à Paris, dont est propriétaire Jean-Marc Dumontet, qui s’était engagé publiquement en faveur du candidat d’En Marche ».

Le journal explique que le tarif de base avoisine les 13 000 euros. Pourtant, son équipe de campagne n’a payé que 3 000 euros. Et ce n’est pas tout. Pour la location de la salle La Bellevilloise pour la soirée du 2 mai, Macron bénéficie une nouvelle fois d’un tarif préférentiel. Il n’a payé que 1 200 euros, alors que Benoît Hamon a dû débourser 4 800 euros pour occuper cette même salle. Et la Commission n’a rien vu et aucune perquisition au siège LREM, ni chez Macron.

D’autres irrégularités ont également été notées. Mais, passons à autre chose. Je tiens à rappeler que le salaire de Monsieur François Logerot, président de la commission des compagnes, a, par décret du 30 mai, connu une hausse de 57%. Il est ainsi passé de 4 500 euros à 7 000 euros, avec une prime annuelle de 9 000 euros, comme cela a été révélé par Le Parisien. C’est un scandale !

Je peux me tromper. Mais, je vois une opération politique destinée à faire diversion, c’est-à-dire détourner l’attention des Français de la crise actuelle qui secoue le gouvernement (un gouvernement qui ne tient plus) et museler une France Insoumise jugée « trop gênante ». C’est exactement la même méthode qui avait été utilisée contre un candidat à la présidentielle (dont je tairai le nom) pour lui barrer la route.

Je tiens également à rappeler que c’est sous ce même gouvernement qu’une candidate à la présidentielle a été ordonnée de passer un examen psychiatrique. Une méthode jadis utilisée par les dictatures les plus abjectes.

Macron doit comprendre une bonne fois pour toute que gérer un pays, ce n’est gérer une start-up. La France n’est pas une entreprise, mais une nation, avec des réalités politico-économiques très complexes. Cette tentative de diaboliser et de déstabiliser l’opposition (en plus à quelques mois des Européennes) ne lui offrira pas le second mandat tant rêvé. Au contraire, c’est une stratégie débile qui tôt ou tard finira par se retourner contre lui.

Edito signé : Cheikh Tidiane DIENG, fondateur et rédacteur en chef du site d’information www.lecourrier-du-soir.com

Email : cheikhdieng05@gmail.com