Résurgence de Daesh en Irak et en Syrie : vers un renforcement des troupes américaines ?

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(Une analyse de Kareem Salem, étudiant en Relations Internationales)

L’histoire se souviendra de ce jour du 22 mars 2019 où le président Trump a annoncé la défaite militaire imminente de l’organisation État islamique (EI) en Syrie. En effet, quelques heures plus tard, le groupe djihadiste a été vaincu lors des offensives des Forces démocratiques syriennes (FDS) à Baghouz.

Cependant, la défaite territoriale de l’EI ne signifie pas la fin de la menace djihadiste dans la zone irako-syrienne. Un rapport du Pentagone publié le 6 août soulignait la prolifération des cellules dormantes de l’organisation terroriste en Irak et en Syrie. Selon le rapport du Pentagone, en Irak l’EI est très actif notamment dans les provinces de Diyala au nord-est de Bagdad, de Dijlah (Tigre) et au nord-ouest de Kirkouk. En Syrie cette année, l’EI a mené des attaques contre les FDS et les troupes syriennes de Bachar al-Assad.

La résurgence de l’organisation terroriste en Irak et en Syrie est due à sa capacité à tirer parti des tensions existantes au sein de ces pays. Le retrait partiel de la présence militaire américaine en Syrie a affaibli la capacité des FDS à assurer la sécurité de leurs territoires (Poyet 2019). Cette coalition militaire, dirigée principalement par ses éléments kurdes, peine à obtenir le soutien arabe dans les territoires sous leur contrôle (Sallon 2019). En Irak, l’EI joue des tensions interethniques entre Kurdes et Arabes, et interconfessionnelles entre chiites – au pouvoir – et sunnites, écartés des décisions politiques depuis la chute de Saddam Hussein (Poyet 2019).

Vers une nouvelle offensive Turque en Syrie ?

Depuis 2016, la Turquie a conduit plusieurs opérations militaires en Syrie pour réduire l’emprise territoriale du Parti de l’union démocratique (PYD), la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et un allié des puissances occidentales dans la lutte contre l’EI en Irak et en Syrie (Balci et Jean-Paul Burdy 2019). Ankara redoute de voir s’instaurer un État kurde au sud de ses frontières qui pourrait renforcer les velléités séparatistes de la minorité kurde sur son propre territoire (Balci 2019).

À l’heure actuelle une nouvelle offensive turque sur les territoires occupés par les Kurdes en Syrie n’est pas imminente. Washington a convenu avec Ankara d’établir une zone de sécurité dans le nord-est de la Syrie afin d’empêcher une nouvelle incursion turque contre les Unités de protection du peuple (YPG), la branche armée du PYD (Macaron 2019).

Toutefois, les intérêts des deux puissances diffèrent dans la mise en œuvre et la gestion de la zone de sécurité. Ankara veut mettre en place une zone de sécurité profonde de 32 kilomètres et avoir le plein contrôle de cette zone qui s’étend de la rive orientale de l’Euphrate à la frontière irakienne (Jégo 2019). L’administration Trump propose une zone de sécurité de 14 km (5 km de bande démilitarisée et un supplément de 9 km exempt d’armes lourdes) et le contrôle des forces américaines et européennes de la zone (Iddon 2019 ; Macaron 2019).

L’axe PYD-YPG s’oppose aux propositions turques car cela signifie que les YPG devront se retirer entièrement des territoires sous leur contrôle, mais l’axe kurde ne s’oppose pas à une bande démilitarisée de 5 km et au contrôle des forces occidentales de la zone (Hoffman 2019 ; AFP 2019).

L’absence d’un accord sur ces questions risque d’aggraver la situation sécuritaire dans le nord-est de la Syrie. La Turquie affirme que si les propositions américaines n’évoluent pas en leur faveur, elle lancera une offensive militaire pour établir unilatéralement cette zone de sécurité, ce qui pourrait déclencher un conflit sanglant et brutal entre les forces turques et les forces des YPG.

Les YPG ont averti à plusieurs reprises les puissances occidentales qu’un affrontement avec la Turquie pourrait les empêcher de garder les 10 000 prisonniers de l’EI (L’Obs 2019). Ayant des cellules dormantes dans les territoires occupés par les FDS, le groupe terroriste pourrait profiter du chaos pour mener des attaques contre les YPG pour libérer les prisonniers du groupe.

Perspective

Les pourparlers américano-turcs sur la profondeur et la gestion de la zone de sécurité devraient se poursuivre. La Maison-Blanche pourrait accepter de ne pas sanctionner la Turquie pour l’achat du système antimissile russe S-400 en échange d’un accord sur la profondeur de la zone de sécurité syrienne à 14 km et le contrôle des forces américaines et européennes de cette zone. Ce serait dans l’intérêt du président Erdogan, car toute nouvelle sanction américaine pourrait aggraver la crise monétaire turque et affecter davantage la capacité des entreprises turques endettées en devises à restructurer leur crédit.

Toutefois, si les pourparlers entre les deux puissances ne parviennent pas à un accord et qu’une offensive turque est lancée, les forces des YPG n’auront pas la capacité humaine et militaire de faire face à l’EI et à la Turquie.

Dans cet esprit, le président Trump doit faire plus pour lutter contre les cellules dormantes de l’EI en Syrie et en Irak afin d’empêcher le groupe de se renforcer au Proche-Orient. C’est important parce qu’un renforcement de l’EI au Proche-Orient pourrait accroître la menace terroriste en Occident.

Un renforcement des troupes américaines dans le nord-est de la Syrie est peu probable après que le président Trump ait fait une promesse de campagne en 2016 de les retirer et 15 mois avant l’élection présidentielle américaine serait contre les intérêts politiques du président. Il est vital que Washington mène de nouvelles frappes aériennes pour éradiquer la menace de l’EI dans la zone irako-syrienne.