Scandale Chlordécone et fin des enquêtes : La Martinique et la Guadeloupe ont été insultées par la République

Une insulte faite à la Martinique et à la Guadeloupe.

L’information est presque passée sous silence. Certains diront qu’elle a été phagocytée par la présidentielle 2022 dont le 1er Tour a eu lieu ce 10 avril. C’est bien possible. Mais, ce qui est scandaleux, c’est le désintérêt des médias en métropole sur un sujet pourtant capital pour la Martinique et la Guadeloupe, qui, je le rappelle, sont une partie intégrante de la France.

En effet, début avril, la justice française a annoncé la fin des investigations dans l’affaire Chlordécone. Le verdict n’est toujours pas rendu, mais un non-lieu est déjà attendu, ce qui serait une véritable forfaiture compte tenu des dangers provoqués par ce pesticide (Chlordécone) chez les populations vivant en Martinique et en Guadeloupe.

Mais, de quoi s’agit-il concrètement? Là, on parle d’un pesticide qui a empoisonné les populations martiniquaises et guadeloupéennes durant 20 ans. Les conséquences de la commercialisation de ce pesticide ont été dévastatrices, comme l’explique le média MrMondialisation.org : 95% des Martiniquais et 92% des Guadeloupéens ont été empoisonnés, provoquant un taux très élevé du cancer de la prostate chez cette population.

L’arrêt de la commercialisation de ce pesticide a eu lieu en 1993. Pourtant, depuis, les populations de la Martinique et de la Guadeloupe n’ont cessé d’exiger de l’Etat français qu’il ait la grandeur et le courage de reconnaître son tort et d’indemniser les victimes ou leurs familles. Ainsi, depuis plus de 20 ans, la mobilisation a été spectaculaire dans ces deux territoires d’Outremer où associations et organisations exigent enfin que justice soit rendue.

Et beaucoup croisaient les doigts espérant qu’avec l’avènement de Macron au pouvoir, cette justice tant attendue serait enfin rendue aux victimes ou à leurs familles. Cet espoir a d’ailleurs été nourri par les récentes décisions judiciaires qui ont réconforté plus d’un. En effet, en juillet 2021, une étude menée par l’Inserm (Institut National de la Santé et de Recherche Médicale) mettait en cause Agnès Buzyn, ex ministre de la Santé et Jérôme Salomon, ex directeur général de la Santé poursuivis pour faux témoignages dans ce scandale d’Etat.

Et ce n’est pas tout. En février 2022, Louis Mermaz, ex ministre français de l’agriculture, a été entendu par les juges. D’après France TV Info, “au printemps 1992, Louis Mermaz avait signé en tant que ministre une dérogation autorisant la poursuite de l’emploi du chlordécone en Guadeloupe et en Martinique, malgré son interdiction légale en février 1990. Il (Louis Mermaz) était alors ministre de l’Agriculture du gouvernement d’Edith Cresson, puis de Pierre Bérégovoy, sous la présidence de François Mitterrand”.

Nul besoin d’entrer dans les détails de ce scandale d’Etat qui, hélas, semble susciter très peu d’intérêt de la part des médias basés en Métropole où l’affaire est presque traitée comme un simple fait-vers. Cependant, les preuves réunies jusqu’ici par les victimes ou leurs familles indiquent clairement que la responsabilité de l’Etat français est totalement engagée.

Pourtant, comme par hasard, au bout de longues années de lutte pour la reconnaissance officielle de ce crime d’Etat, on annonce en métropole que les enquêtes ont été bouclées et qu’il n’y a eu aucune mise en examen. Quelle injustice! La situation est d’autant plus scandaleuse que plusieurs sources fiables annoncent déjà un non-lieu. Quel mépris! Les peuples antillais ne méritent pas un tel traitement inhumain et dégradant de la part de cette France pour laquelle ils ont verser leur sang.

Il convient de faire remarquer que ce coup de massue asséné aux Martiniquais et Guadeloupéens intervient dans un contexte extrêmement tendu marqué par un bras de fer d’une rare violence entre les Antilles et Paris sur la question de la vaccination, largement rejetée dans les Antilles pour des raisons que nous connaissons tous.

Les populations de la Martinique et de la Guadeloupe ont-elles donc été sanctionnées (par cette fin des enquêtes sur le chlordécone) pour avoir défié l’Etat français lors de la pandémie? Nous aurons la réponse à cette question certainement dans les années qui viennent.

Néanmoins, d’ici là, une chose est sûre : un non-lieu prononcé dans un si grave scandale d’Etat confirmerait l’idée que les habitants des territoires français d’Outremer sont des citoyens de seconde classe qui ne sont bons qu’à payer des impôts et divertir les habitants de la métropole en quête de soleil et d’exotisme.

Ce sentiment de plus en plus partagé par une immense partie de la population martiniquaise et guadeloupéenne est une plaie qui a fini par empoisonner les rapports entre Paris et les Dom-Tom et constitue, à l’heure actuelle, une entrave à toute tentative de réconciliation.

Paris aurait tout à gagner à faire toute la lumière sur ce crime infligé à des populations qui, qu’on le veuille ou pas, font partie de l’Histoire de la République. Prononcer un non-lieu et acquitter totalement l’Etat français (de ses responsabilités) est une insulte faite à la Martinique et à la Guadeloupe.

Les Antillais, pour tout ce qu’ils ont apporté à la France métropolitaine, méritent mieux!