Dictateurs reçus et décorés à l’Elysée : le gros risque est que Macron ne finisse par tuer la diplomatie française

Il y a une semaine, Emmanuel Macron avait suscité un vif tollé en France mais aussi à l’étranger en décorant le dictateur égyptien Abdel Fatah Al-Sissi de la Légion d’Honneur, l’une des plus importantes distinctions de la France. La décoration était d’autant plus gênante qu’elle s’est faite dans la plus grande discrétion, l’Elysée refusant catégoriquement que les images ne soient diffusées dans la presse nationale.

Depuis, l’affaire a provoqué une onde de choc aussi bien en France qu’à l’étranger. Ainsi, en Italie, dans les heures qui ont suivi cette cérémonie honteuse qui restera à jamais gravée dans les mémoires collectives, plusieurs personnalités à qui cette haute distinction avait été octroyée ont rendu leur Légion d’Honneur à la France. Parmi eux, figure Corrado Augias, célèbre écrivain et journaliste italien.

Il n’y a donc aucun doute qu’en récompensant le général Al-Sissi (venu signer de juteux contrat d’armement en France), Emmanuel Macron a commis une erreur diplomatique dont il aura du mal à se départir. En effet, cette maladresse risque de le poursuivre jusqu’à la fin de son mandat présidentiel et pourrait lui ôter toute crédibilité le jour où il tentera de donner des leçons de démocratie à d’autres pays du monde.

Le gros risque désormais est qu’Emmanuel Macron quitte le pouvoir en laissant derrière lui une France divisée, mais honnie et détestée à l’étranger. Car, s’il y a un détail à souligner, c’est que le geste de Macron à Al-Sissi a eu un retentissement international et n’a pas manqué de susciter des réactions en Afrique, continent où le président français aime donner des leçons de démocratie lors de ses visites officielles.

En France, ces vingt dernières années, chaque chef d’Etat s’est distingué par une politique étrangère qui lui est propre, par une vision du monde extérieur qui a eu ses conséquences positives ou négatives. Certains s’en sont sortis avec brio, d’autres, pour avoir la grosse tête, ont pris des risques énormes qui leur ont coûté très cher.

En 2003, le refus de Chirac de soutenir l’invasion américaine en Irak avait fait de lui un héros mondial dont le courage a été salué dans les quatre coins du monde. En 2007, le discours de Dakar de Sarkozy avait valu à ce dernier l’étiquette de “président raciste” qui lui a été collé aux basques jusqu’à la fin de son seul et unique quinquennat. En 2012, Français Hollande avait réussi à poser la première pierre de la réconciliation entre l’Algérie et la France et en 2020, Emmanuel Macron, malgré sa bonne volonté, a brillé par de gravissimes erreurs diplomatiques qui prouvent encore son inexpérience en politique étrangère.

Chirac était un pur produit de la Françafrique mais l’a toujours caché à son électorat de droite pour éviter de s’attirer des ennuis, Sarkozy a été à l’origine de la chute de Kadhafi, mais n’a jamais voulu laissé la moindre trace de son implication dans ce projet macabre qui a complètement détruit la Libye d’aujourd’hui, Hollande, dans sa politique étrangère, n’a jamais voulu prendre le moindre risque et s’en est tiré d’affaires et Macron, par sa jeunesse et par son inexpérience politique, a commis les pires erreurs politiques ayant fini par isoler la France.

Au Moyen-Orient, la Turquie d’Erdogan qui doit être un partenaire de premier plan de l’Occident dans la lutte contre le terrorisme a tourné le dos à la France. En Occident, c’est encore pire.  L’Amérique de Trump a brisé les liens d’amitié qui la liaient à la France de Macron depuis bientôt deux ans, l’Italie n’a jamais aussi hostile à la France de Macron que sous Salvini, la Grande-Bretagne, qui a longtemps été un grand ami et partenaire de la France, ne s’est jamais montrée aussi virulente envers la France depuis plusieurs décennies.

La constat est donc alarmant et c’est déplorable de faire remarquer que trois ans après son arrivée au pouvoir et en dépit des efforts colossaux qu’il a fournis pour remettre sur les rails une Europe qui part complètement à la dérive, même l’Allemagne, l’allié le plus proche de la France, reste méfiante.

Ce qui est grave, c’est que l’échec de la politique étrangère d’Emmanuel Macron ne s’arrête pas uniquement en Occident et au Moyen-Orient. En Afrique aussi, ses rapports avec de grands dictateurs ont largement participé à fragiliser ce pays.

Qui sont les amis de Macron dans cette partie du monde? Et bien, en Afrique subsaharienne, son principal allié n’est autre qu’Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, qui vient d’être réélu à la tête du pays pour un troisième mandat anticonstitutionnel. Ce dernier, pour se maintenir au pouvoir, ne s’est pas gêné d’emprisonner ou exiler tous les opposants politiques qui auraient pu (s’ils avaient été autorisés à prendre part à la présidentielle) mettre fin à son règne.

En Libye, Macron soutient ouvertement le général Khalifa Haftar, seigneur de guerre qui n’a jamais été reconnu par l’ONU. Je dois signaler que Khalifa Haftar, ex agent de la CIA, a effectué deux visites à Paris où il a été reçu en grande pompe par Emmanuel Macron malgré les exactions commises par ses troupes qui font vivre l’enfer à une partie de la population libyenne depuis au moins deux ans. En Egypte, la décoration d’Al-Sissi malgré le piteux bilan de son régime en matière de défense des droits de l’Homme plonge les organisations internationales dans une colère noire.

Et ce n’est pas tout. Il faut dire qu’au Mali, au Sénégal, au Cameroun, au Burkina Faso…ainsi que dans tous les pays africains qui utilisent la monnaie FCFA et où pullulent des mouvements panafricanistes, le plus jeune président de la Vème République française est perçu, malgré lui, comme un dirigeant occidental arrogant venu imposer une vision d’Afrique très eurocentrée donnant l’image que le continent restera éternellement une colonie de la France.

La France n’a jamais été aussi détestée que durant les trois dernières années de Macron au pouvoir. On n’avait jamais vu une telle haine envers ce grand pays, ni sous Chirac, ni sous Sarkozy encore moins sous François Hollande. Cependant, le constat à faire est que si elle est devenue, tout d’un coup, une cible aussi bien en Europe, au Moyen-Orient qu’en Afrique, c’est que celui qui la dirige en ce moment y est pour quelque chose.

Il reste à Macron moins de deux pour être fixé sur son sort. Néanmoins, la réalité actuelle est que ses chances de rester au pouvoir sont extrêmement faibles, même si un miracle peut toujours se produire. Toutefois, si jamais il quitte le pouvoir, son successeur aura du plain sur la planche car il faudra (à ce dernier ou à cette dernière) plusieurs années pour recoller les morceaux et corriger toutes les erreurs diplomatiques qui ont été commises en seulement trois ans, en plus de devoir réconcilier une France divisée et à bout de nerfs.

Le mal est très profond!