Afrique du Sud : 20 ans après l’apartheid, les étrangers noirs sont tués par des Sud-africains noirs

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L’Afrique du Sud revit-elle les moments les plus dramatiques de son passé ? La nation arc-en-ciel qui s’était fait connaître dans le monde entier en raison d’un régime d’apartheid raciste et xénophobe est devenue ces dernières années la honte du continent africain. En effet, plus de vingt ans après la fin de l’apartheid, les étrangers noirs sont devenus la cible de groupuscules racistes noirs sud-africains dont les arrière-grands-parents avaient pourtant subi toutes les atrocités du colon blanc.

Il y a deux ans, les vagues d’attaques racistes contre des étrangers noirs, relayés par les médias internationaux en Afrique du Sud, avaient suscité un tollé général dans le monde. A cette date, des migrants noirs avaient été pris pour cible, persécutés ou passés à tabac par des gangsters des quartiers difficiles du pays qui les accusaient de leur voler leurs emplois.

Deux ans plus tard, les démons reviennent. En effet, des attaques sporadiques et particulièrement violentes ont visé, ces derniers jours, des africains installés dans le pays depuis quelques années. Des actes de violence qui ont d’ailleurs fait réagir le président sud-africain, Cyril Ramaphosa.

« Nous sommes un pays totalement engagé dans la lutte contre la xénophobie. Nous ne permettons pas et ne tolérons pas des attaques contre des personnes en provenance d’autres pays africains. Il n’y a rien qui justifie que des gens qui se plaignent que leurs boulots soient volés par des étrangers attaquent ces derniers, détruisent leurs magasins et les tuent. Ceci doit être arrêté », a-t-il déclaré.

Les propos du président sud-africain interviennent dans un contexte difficile où les actes de vandalisme contre des magasins appartenant aux étrangers prennent de l’ampleur. Les actes de violence ont déjà fait 5 morts et en seulement cinq jours, quelque 100 personnes ont été interpelées par la police.

Cette violence intervient dans un contexte particulièrement difficile pour les Sud-africains où l’économie est en crise et le taux de chômage ne cesse de grimper. En effet, d’après le média sud-africain, iol.co.za, le taux de chômage est passé de 27,6% à 29% au premier trimestre de 2019, soit une hausse de 1,4%. Le pays fait face à une précarisation de plus en plus importante et les spécialistes estiment que seules des solutions macro-économiques peuvent résoudre la crise.

Pendant ce temps, la corruption gagne toutes les villes du pays, notamment Johannesburg, considéré comme la ville la plus corrompue d’Afrique du Sud avec un taux de corruption estimée à 27,5%, d’après le média The South African. Aucune institution n’est épargnée. La corruption est partout présente, y compris même dans la police avec 36% de cas. Au niveau gouvernemental, les cas de corruption détectés dans les municipalités sont estimés à 35%, selon News24.com. Dans les institutions sanitaires, c’est environ 33% de cas notés.

Face à cette situation marquée par une précarisation galopante et une hausse de plus en plus importante d’une élite noire décomplexée qui se partage les richesses du pays de manière ostentatoire, il est facile de fomenter un sentiment de haine d’une population sud-africaine en galère et qui finit par croire que l’étranger est son pire ennemi.

Quoi qu’il en soit, rien ne justifie cette attitude xénophobe et raciste qui rappelle les heures les plus sombres de ce pays qui, ces dernières années, brille par un taux d’insécurité inédite. Voir des Noirs se faire tabasser, humilier, voire tuer par des Noirs en Afrique du Sud me paraît totalement scandaleux dans un pays où il y a une trentaine d’années, l’homme noir a subi les pires atrocités de la part d’un régime blanc racialiste et xénophobe.

Le pays de Nelson Mandela ne peut plus continuer à offrir cette image au reste du monde. Les étrangers noirs qui vivent en Afrique du Sud ne sont certes pas chez eux, mais sont dans leur propre continent. Et pour cette raison particulière, ils méritent d’être traités comme des Africains de plein droit.

Cependant, la réalité est tout autre. En effet, dans une Afrique du Sud en faillite politique, économique et sociale, il y a de forte chance que la situation aille se détériorant car la jeunesse sud-africaine, abandonnée et livrée à elle-même par une élite noire richissime indifférente à son sort, n’a plus d’espoir.