Démission de De Rugy : entre Macron et le peuple, la confiance est rompue

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François de Rugy lâche Emmanuel Macron en un moment crucial pour le président. Accusé d’avoir organisé des repas fastueux en se servant de l’argent du contribuable et d’avoir dépensé plus de 63 000 euros pour rénover sa résidence ministérielle, François de Rugy, ministre de l’Ecologie d’Emmanuel Macron, a rendu le tablier ce mardi 16 juillet.

Le successeur de Nicolas Hulot n’aura pas tenu longtemps malgré sa ferme volonté de rester à son poste. « Je n’ai absolument pas de raison de démissionner. Non, je ne lâcherai pas, je suis très en colère, je suis très en colère contre les mensonges », avait-il déclaré sur le plateau de Jean-Jacques Bourdin il y a quatre jours.

Face à la polémique née de ces dernières révélations de Médiapart, De Rugy a finalement préféré quitter le gouvernement. « La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d’assumer sereinement et efficacement la mission que m’ont confiée le président de la République et le Premier ministre. Dès lors, j’ai présenté ma démission au Premier ministre ce matin », peut-on lire dans un post qu’il a publié sur son compte Facebook officiel.

Ainsi annoncée, la démission de De Rugy plonge Emmanuel Macron dans une crise de confiance profonde. La démission du ministre de l’Ecologie est d’autant plus préoccupante pour le chef de l’Etat qu’elle intervient dans un contexte de méfiance totale entre le gouvernement et une bonne partie du peuple.

En effet, la crise des Gilets Jaunes qui a éclaté en novembre 2018 a fortement fragilisé un Exécutif totalement désaxé qui, désormais, n’arrive plus à convaincre. Je rappelle que quatre mois après le début des manifestations Gilets Jaunes à Paris et un peu partout en France, l’Affaire Benalla avait plongé Macron dans la tourmente, dévoilant le laxisme et les magouilles au plus haut sommet de l’Etat.

L’Affaire Benalla, l’une des plus graves crises du quinquennat Macron, avait désarmé le plus jeune président de la Vème République. D’ailleurs, depuis cette affaire dans laquelle d’importants proches de Macron avaient été cités, c’est la colonne vertébrale du quinquennat qui s’est brisée. Depuis, l’image de Macron s’est dégradée et la suite n’a fait qu’aggraver une situation déjà délétère.

Lâché par Nicolas Hulot, son ex ministre de l’Ecologie, qui avait dénoncé l’influence grandissante des lobbys sur le gouvernement, Macron perdra un élément de taille : Gérard Collomb, son ex ministre de l’Intérieur, qui n’avait point apprécié le traitement de l’Affaire Benalla par l’exécutif.

Depuis, Macron tente de tenir le coup en minimisant, à travers une communication très soignée, le départ de deux poids lourds. En réagissant à la démission de Nicolas Hulot, il parlait d’un « homme libre ». Quant au départ de Collomb, le président de la République parlait de « péripéties ». La démission de De Rugy est un coup dur pour l’exécutif, raison pour laquelle Macron n’a jamais voulu le limoger pour ne pas aggraver une crise déjà assez tendue.

Les révélations de Médiapart sont-elles vraies ou fausses ? L’enquête judiciaire nous en dira un peu plus. Mais, en tout cas, une chose est sûre : ce média représente une véritable menace à l’empire Macron. En effet, il a été à l’origine de l’Affaire Benalla qui avait fortement décrédibilisé le président et son gouvernement. Il a été, cette fois-ci, à l’origine de l’Affaire De Rugy qui pourrait sonner le glas de la Macronie. Oui, il faut bien reconnaître qu’entre Macron et le peuple, il n’y a plus de confiance.

« L’autorité vient d’en haut, la confiance vient d’en bas », disait Emmanuel-Joseph Sieyès, considéré par beaucoup comme la clé de la révolution française grâce à son fameux brûlot : « qu’est-ce que le tiers Etat ? ». Sous Macron, l’Exécutif n’a presque plus d’autorité depuis l’Affaire Benalla et la confiance entre le gouvernement et le peuple est au bord de la rupture.

Macron a le mérite d’avoir dirigé le gouvernement le plus instable de ces dix dernières  années. On n’avait vu cela ni sous Sarkozy, ni sous Hollande. L’immaturité politique du plus jeune président de la Vème République, entouré par des opportunistes qui ne se soucient que leur avenir politique, fait qu’il est très difficile, voire impossible pour Macron, d’atteindre son objectif de réformer la France. Ce n’est pas la volonté qui lui manque. Il a tenté, mais il a échoué.