« Ils me tueront peut-être d’une balle » : disait Macron au début de la crise des Gilets Jaunes

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Un documentaire qui sera diffusé ce lundi soir sur BFMTV revient sur les coulisses de la gestion de la crise des Gilets Jaunes, une grave crise qui a failli faire tomber le pouvoir

« Ils me tueront d’une balle mais jamais d’autre chose ». Cette phrase a été prononcée par Emmanuel Macron, président de la France, en novembre 2018, au moment où la fièvre Gilets Jaunes avait gagné toute la France et menaçait sérieusement de faire tomber le plus jeune président de la Vème République.

Cette phrase a été révélée pour la première fois dans un documentaire qui sera diffusé ce lundi soir par la chaîne BFMTV et qui va raconter les coulisses de la gestion de la crise des Gilets Jaunes par le pouvoir. Un pouvoir incarné par un jeune président qui vient de connaître la plus grande crise politique de l’Histoire moderne de la France.

Dans le documentaire que s’est procuré Paris Match, on apprend à quel point le pouvoir avait peur que le mouvement dégénère et tout était prévu pour faire à un tel scénario. En effet, le 27 novembre, soit dix jours après le déclenchement du premier Acte, le chef de l’Etat tient une conférence à l’Elysée sur le climat. Mais peu avant le début de cette conférence, Macron, qui n’avait pas du tout sous-estimé la colère du peuple, voulait faire un geste sur la hausse des taxes carburant.

« Faut-il augmenter ou pas la taxe carbone ? »

« Tant qu’on n’aura pas de solution, je n’accepterai pas de hausse », rapporte la journaliste Cécile Amar, co-auteur du livre « Le Président et le Peuple ». L’auteur s’est entretenu avec des hommes politiques qui ont été très proches de Macron dans ces moments difficiles. L’un d’entre eux est François Bayrou, chef de file du MoDem.

Se confiant sur ces moments de tension vécus avec inquiétude au plus haut sommet de l’Etat, Bayrou dira : « la logique du système, de la politique économique, gouvernement, conseillers techniciens…c’était qu’il ne fallait pas y toucher, qu’il fallait tenir bon. C’est cette deuxième logique qui l’a emporté. A la dernière minute », narre-t-il.

« Macron et Philippe ne sont pas sur la même longueur d’onde »

Dans ces moments difficiles où la France était à bord d’une révolution similaire à celle de 1789, les deux capitaines du bateau (Macron et Edouard Philippe) ne s’entendent plus. Pour le président, il fallait lever le pied. Pour le premier ministre, il n’en est pas question. Il fallait surtout rester dans la trajectoire budgétaire.

Le documentaire revient sur un épisode unique de la crise des Gilets Jaunes : la visite de Macron en Puy-en-Velay le 4 novembre 2018. En visite dans cette commune où la préfecture vient d’être incendiée, le président se veut discret. Mais, quelques heures avant son arrivée, des Gilets Jaunes sont alertés et l’attendent de pied ferme. Hué, insulté et menacé, le président, par mesure de sécurité, reste bloqué dans son véhicule blindé.

« Ils me tueront peut-être d’une balle »

A son retour de Paris, dans un échange qu’il a eu avec des gens, Emmanuel Macron est conscient que sa vie est réellement à danger, ce qui le poussera à confier à un interlocuteur : « ils me tueront peut-être d’une balle mais jamais d’autre chose ». Selon la journaliste Cécile Amar, Macron avait conscience ce jour-là que le peuple voulait sa disparition.

Plus le temps passe, plus la crise s’aggrave. La colère gronde, s’élargit et la crise montre un autre visage. Les manifestants en colère se radicalisent. Ils pillent, ils cassent, ils s’en prennent aux forces de l’ordre et aux symboles de la République. Dans les rues de Paris, on voit des scènes de guérillas urbaines.

« Une exfiltration de Macron par hélicoptère était envisageable »

En ce moment précis, à l’Elysée, le pouvoir tremble. Désormais, tous les scénarios sont envisageables, y compris même l’exfiltration par hélicoptère du président. Le pouvoir ne tient plus qu’à un fil. A l’Elysée, les collaborateurs du président ont reçu l’ordre de vider leurs ordinateurs, tous les documents confidentiels qu’ils auraient pu laisser dans leur machine ou leur bureau, comme l’a expliqué David Revault d’Allonnes, journaliste au JDD.

A la veille de l’Acte 4, le palais est transformé en bunker. Même les proches conseillers du président ont du mal à y accéder. « Pour arriver, y compris nous-mêmes à l’Elysée, c’est un parcours du combattant. Il faut prévenir en amont, arriver à deux check-points, montrer ses badges, se faire accompagner par les forces de sécurité pour traverser des avenues complètement désertes. C’est particulier et ce n’est pas anodin. On n’a jamais vécu ça », confie Stéphane Séjourné, ex conseiller d’Emmanuel Macron.

« Les collaborateurs du président craignent pour leur vie »

« Il y a des conseillers du président qui, clairement, craignaient pour leur vie et d’ailleurs, il y a eu beaucoup de conseillers qui se sont mis à paniquer pendant la semaine qui précédaient la manifestation du 8 décembre et qui ont sollicité au chef de cabinet, au directeur de cabinet pour dire : ‘mais, qu’est-ce qui va se passer ? Est-ce que je peux bénéficier d’une protection policière ?’ », raconte Louis De Raguenel, rédacteur en chef de Valeurs Actuelles.

Pour tuer le mouvement et éviter que le pire ne se produise, la DGSI, service de renseignement français, est mobilisée pour infiltrer les Gilets Jaunes. Le 7 décembre, Brigitte Macron et quelques conseillers de Macron ont eu accès au PC Jupiter, un abri ultraconfidentiel, situé sous l’Elysée et uniquement réservé au président et à son état-major en cas d’attaques nucléaires, nous apprend Paris Match.

Il a fallu le gel de la taxe carbone pour que la tension se calme. Le pouvoir, sous Macron, était à deux doigts de s’effondrer.