Intervention directe de l’Etat : voici comment Luc Besson a obtenu l’annulation de sa dette de 45 millions d’euros

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Une révélation du média Capital.fr accuse le cinéaste Luc Besson d’avoir utilisé ses relations politiques pour obtenir l’annulation de 45 millions d’euros que lui réclamait la banque publique, Caisse des Dépôts, pour son projet Cité du Cinéma. Dans cette affaire passée inaperçue, il y a eu clairement des interventions politiques en faveur du cinéaste au plus haut sommet de l’Etat 

Luc Besson, célèbre réalisateur français et très proche du monde politique, a-t-il bénéficié de son influence pour obtenir l’annulation d’une dette de 45 millions d’euros que lui réclamait la Caisse des dépôts et de Consignation? Ou la banque publique (Caisse des dépôts) a-t-elle subi des pressions politiques pour renoncer à cette somme que lui devait le cinéaste? Telle sont les questions qui se posent car l’affaire reste tout de même assez étrange.

En effet, le média Capital.fr vient de faire une révélation de taille sur l’annulation de 45 millions d’euros que la Caisse des dépôts réclamait à Luc Besson. Dans la révélation intégralement lue par Lecourrier-du-soir.com, on a pu apprendre que tout a commencé en 2008 lorsque la banque publique accepta de débloquer le projet Cité du Cinéma de Luc Besson à Saint-Denis.

“Sur un budget de 170 millions, la Caisse des dépôts avait apporté 42 millions d’euros, tandis que Luc Besson et son studio EuropaCorp n’apportaient que 6 millions…”, rapporte Capital.fr. Et d’ajouter : “toutefois, en échange de ce gros chèque, la Caisse des dépôts avait demandé trois garanties”.

Les trois garanties ont été les suivantes : le studio du réalisateur EuropaCorp devait louer la quasi-totalité des locaux, ensuite, EuropaCorp devait signer un bail de 12 ans (mai 2012 à avril 2014) et enfin, Luc Besson devait se porter caution de ce bail à titre personnel.

Mais, comme par hasard, en janvier, la Caisse des dépôts renoncent aux trois garanties de 2008 pour signer un nouveau “aux conditions très favorables”, révèle Capital.fr. Les trois conditions sont les suivantes : la banque publique accepte qu’EuropaCorp loue une surface 5 fois plus petite, ensuite elle baisse le prix de la location au mètre carré et enfin elle renonce à la caution personnelle de Luc Besson qui représentait une somme de 45 millions d’euros.

Les motifs ayant poussé la Caisse des dépôts à renoncer aux 45 millions d’euros restent encore un mystère. Toutefois, selon Capital.fr, Luc Besson avait lui-même demandé à la Caisse des dépôts d’assouplir son ancien bail. “Il expliquait ne pas parvenir à remplir tous les bureaux qu’il louait, même s’il avait rameuté quelques amis pour l’aider, comme Jamel Debouzze, qui installa ses bureaux à la Cité du Cinéma entre 2012 et 2017”, renseigne le média. Pourtant, la banque publique avait catégoriquement refusé la proposition du cinéaste.

Y a-t-il eu une intervention politique pour que la Caisse des dépôts change d’avis et accepte finalement de renoncer à ses 45 millions d’euros? La banque publique nie toute pression politique dans cette affaire. Cependant, les informations obtenues par Capital.fr confirment le contraire.

En effet, d’après le média, le ministère de la Culture et le Ciri (service de Bercy chargé des entreprises en difficulté) sont bien intervenus dans le dossier en plaidant pour que Besson échappe à la liquidation. Ce qui est encore troublant dans cette histoire est que le Ciri intervient dans une affaire concernant une entreprise de 42 employés alors qu’en principe, elle n’est habilitée qu’à s’occuper d’entreprises de plus de 400 salariés.

Le média souligne aussi le réseau très solide que compte Luc Besson en Macronie. “Régis Lefebvre, dircom et lobbyiste d’EuropaCorp, est un ami proche d’Edouard Philippe et a été directeur adjoint de la campagne LREM-Modern aux élections européennes. Quant à Françoise Nyssen, elle a été administratrice d’EuropaCorp de 2012 à 2016, puis lorsqu’elle a été ministre de la Culture entre 2017 et 2018, son agenda officiel a fait état de deux rendez-vous avec Luc Besson”, révèle Capital.fr.

Le média rappelle les nombreuses fois où Luc Besson a activé son réseau de relations publiques pour se sortir d’affaire. Ainsi, en 2008, pour que le projet soit financé par la Caisse des dépôts, le cinéaste n’avait pas hésité à rapprocher le gouvernement de Nicolas Sarkozy via Claude Guéant, ex ministre de l’Intérieur.

Et Augustin de Romanet, ex directeur de la banque publique, avait admis en 2012 s’être entretenu avec Guéant sur le projet et que ce dernier lui avait fait part de l’ “intérêt de l’Elysée” pour le projet. Un rapport de la Cour des Comptes avait confirmé ces interventions politiques dans l’affaire. Le parquet national financier avait même ouvert une enquête préliminaire, mais l’affaire avait fini par être classée sans suite. Augustin de Romanet a été blanchi.

Luc Besson ne remboursera finalement à la Caisse des dépôt qu’une toute petite somme de 5 millions d’euros, bien inférieure aux 45 millions qui lui avaient été réclamés.

Pour lire la révélation dans sa version originale, cliquez ici : Capital.fr