Fermeture de la chaîne France Ô : Macron trahit sa promesse et poignarde la France d’Outre-mer dans le dos

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Un coup de massue asséné à tous les Français d’Outre-mer. La chaîne d’Outre-mer, France Ô, va définitivement disparaître des écrans ce 23 août, marquant ainsi une rupture brutale entre la France métropolitaine et la France des îles qui, qu’on le veuille ou pas, reste et restera toujours une partie entière de la France et de son Histoire.

La date choisie pour fermer cette chaîne n’est pas anodine. En effet, le 23 août marque aussi la Journée internationale du souvenir de la Traite négrière et de son abolition. “Une simple coïncidence!”, dira-t-on. En tout cas, quoi qu’il en soit, la coïncidence est assez troublante.

Donc, au bout de 15 ans d’existence, la chaîne France Ô, disponible sur la TNT depuis 2010, va définitivement disparaître de 9 territoires où elle émettait, pendant que la chaîne France 4, pourtant menacée de disparition, va pouvoir continuer de diffuser au moins jusqu’à la fin de l’année 2021.

La décision avait été annoncée il y a quelques jours dans un communiqué de CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel). “Par un courrier du 18 août 2020, la ministre de la culture a demandé au Conseil supérieur de l’audiovisuel, au titre de l’article 26 de la loi du 30 septembre 1986, de retirer l’usage de la ressource radioélectrique attribuée au service de télévision France Ô pour sa diffusion sur la télévision numérique terrestre (TNT) à compter du 1er septembre 2020 et d’autoriser, à compter de cette même date, le passage à une diffusion en haute définition de Franceinfo: en métropole et des services de télévision Outre-mer La 1ère en outre-mer”, précise le communiqué daté du 19 août.

La nouvelle est d’autant plus terrible pour les Français originaires des îles qu’Emmanuel Macron leur avait promis en 2017, en pleine campagne présidentielle, que France Ô ne disparaîtra pas. “France Ô sera maintenue, je vous assure. Il n’y aura pas de suppression de France Ô”, disait-il.

Pourtant, il n’a fallu que deux ans seulement pour que le président français change de discours et décide d’adopter un ton plus subtil (pour masquer l’assassinat programmé de France Ô) en évoquant la nécessité d’avoir “plus de décrochages ultramarins sur France 3, sur France 2”. “C’est ça, le vrai débat”, disait le président en 2018.

En 2019, Macron passe à la vitesse supérieure et ordonne la signature du “Pacte pour la visibilité des Outre-mer”. Il s’agit de 25 engagements pour garantir la présence des Outre-mer sur les chaînes nationales. Dans ce pacte, il n’a jamais été question de sauver France Ô de la mort qui l’attendait, mais au contraire de lui asséner un coup de poignard et de la remplacer par un portail numérique. C’est révoltant!

En ce 23 août, jour de la disparition totale de France Ô, l’indignation est totale. En effet, le collectif  “sauvons France Ô” a prévu une manifestation à Paris ce 23 août dans l’après-midi, quelques jours après avoir publié une pétition sur Change.org dans laquelle il dénonce vigoureusement la décision de fermer la chaîne.

“Entre la suppression des congés bonifiés, l’empoisonnement de la population ultramarine par la chlordécone, le scandale de l’eau non potable, les sargasses, la continuité territoriale qui n’est pas assurée, et aujourd’hui la suppression de France Ô, le gouvernement nous frappe encore dans le dos en fermant le seul lien entre l’hexagone et les territoires et départements d’outre-mer”, dénonce le Collectif “Sauvons France Ô”.

Cette décision peut être interprétée comme un mépris clair de l’Hexagone envers les habitants des Outre-mer à qui il vient de couper le seul lien qui, pendant 15 années, les liait à la France à laquelle ils appartiennent entièrement. La disparition de France Ô aurait dû être évitée car elle renforce le sentiment de rejet de l’Hexagone envers cette partie de la France qui n’a jamais été considérée comme faisant partie de la “communauté française” pour reprendre le Général Charles De Gaulle.

Les Habitants d’Outre-mer sont en colère et cette colère est tout à fait légitime. Car, rien ne justifie qu’ils soient traités de la sorte par une France qu’ils aiment, avec laquelle ils partagent la même culture et la même langue et pour laquelle ils sont prêts à mourir. En effet, je dois signaler que les habitants d’Outre-mer ont toujours versé leur sang pour sauver une République qui leur a accordé très peu d’importance.

La fermeture de France Ô est d’autant plus scandaleuse qu’elle relègue les habitants d’Outre-mer au rang de Français de seconde classe qui subissent un racisme primaire presque quotidien lorsqu’ils arrivent à gravir une échelle sociale. Christiane Taubira, Lilian Thuram, Andrey Pulvar, Harlem Désir…en ont payé le prix. Désormais, leur richissime diversité culturelle et leur passé colonial semblent poser un sérieux problème.

Pour avoir une idée de ce mépris de la France envers les ultramarins, je dois rappeler que le 26 juin dernier, Paris a autorisé l’arrivée de 15 médecins cubains sur son sol dans le cadre de la lutte contre le Coronavirus. Mais, comme par hasard, ces médecins ont été interdits de fouler le sol de la métropole et ont été déployés dans les Antilles Françaises, en Martinique et en Guadeloupe.

En gros, la France refusait de ternir sa réputation en accueillant sur son sol des médecins venus d’un ancien régime communiste, mais pourtant elle ne se gênait pas de les envoyer soigner des populations issues de ses anciennes colonies qui, de surcroît, se trouvent être toujours des Français à part entière.

La fermeture de France Ô est une faute politique qu’il fallait éviter à tout prix. Mais, elle ne fait que confirmer le mépris de l’Hexagone vis-à-vis des peuples d’Outre-mer qui, pendant au moins un siècle, ont largement contribué à sa richesse économique, culturelle et sportive. Les Français d’Outre-mer méritent mieux.