Le Yémen peut-il revenir à la stabilité ?

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(Une analyse de Kareem Salem, étudiant en relations nationales)

Depuis plus de 4 ans, le Yémen, un pays situé à la pointe sud-ouest de la péninsule d’Arabie se trouve dans un chaos politique et sécuritaire. Les hostilités ont commencé au moment où les rebelles d’Ansar Allah communément appelés « les Houthistes », de confession chiite, avaient lancé une offensive militaire visant à renverser le pouvoir du Président Hadi. Le 21 septembre 2014, les Houthistes s’emparent de Sanaa, la capitale du Yémen, puis sur Aden au début de l’année 2015. Préoccupé par l’instabilité politique au Yémen et à la demande du Président Hadi, le prince héritier, Mohammed ben Salmane, déclenche l’opération militaire « Tempête Décisive », avec l’aide d’une coalition de dix pays, soutenu par les États-Unis.

« Tempête Décisive »  dans le contexte géopolitique

« Tempête Décisive », s’inscrit dans un contexte où l’Arabie Saoudite vise à contrer l’influence iranienne dans le Proche-Orient. La chute de Saddam Hussein (2003) et la volonté de Washington de donner le pouvoir à la majorité chiite de l’Irak, avaient permis à l’Iran de renforcer sa puissance dans la région (Amelot 2015). Cet évènement avait permis à l’Iran de sécuriser sa frontière et d’inclure l’Irak dans son axe stratégique, qui s’étend de Téhéran au port libanais de Tyr en passant par Bagdad et Damas (Amelot 2015 ; Hourcade 2016). Le soutien de l’Iran au régime Alaouite en Syrie, ainsi que sa politique d’influence au Liban via le Hezbollah, soulignent que la monarchie saoudienne ne pouvait pas permettre que des rebelles soutenues par Téhéran, prennent le contrôle de l’ensemble du Yémen.

Or, ce conflit n’a fait qu’ accentuer la prolifération des groupes salafistes locaux ainsi que le renforcement des organisations transnationales terroristes. En effet, des groupes salafistes dans le sud du Yémen ont bénéficié du soutien des Émirats arabes unis contre l’offensive des rebelles Houthistes (Bonnefoy et al-Rubaidi 2018). Le soutien aux groupes salafistes est également destiné à être en cohérence avec la ligne politique que les Émirats arabes unis ainsi que l’Arabie Saoudite veulent mener au Yémen, de lutter contre la progression politique de la branche yéménite des Frères musulmans, al-Islah.

Renforcement des mouvements djihadistes

Le chaos sécuritaire au Yémen avait incité l’Organisation État islamique (OEI), de concurrencer l’hégémonie d’al-Qaïda au Yémen, dans l’espoir de devenir le réseau islamiste le plus important du pays (Mermier 2017). Une guerre sanglante est en cours entre les deux groupes terroristes, où l’OEI multiplie les attaques contre les membres d’al-Qaïda, tandis que ces derniers et ses affiliés mènent une quête pour trouver le chef de l’OEI du Yémen et éliminer les groupes qui sont affiliés à eux (Raghavan 2019).

Affaiblir le régime des mollahs pour réduire l’influence Houthistes au Yémen

La stabilité du Moyen-Orient nécessite le renforcement des sanctions économiques envers l’Iran afin de réduire la capacité de Téhéran à projeter ses intérêts à travers la région. En effet le soutien financier et militaire aux rebelles Houthistes permettent à  ces dernières de commettre des offensives non seulement au Yémen, mais également en Arabie Saoudite. En effet le 14 mai dernier, les rebelles houthistes avaient commis une attaque sur un oléoduc saoudien, qui avait engendré un bond de $1 le prix du baril de Brent, ainsi dépassant les $71 (Perrin 2019).

De même, le royaume saoudien, le 27 mai dernier avait annoncé avoir intercepté deux missiles balistiques lancés par les houthistes vers son territoire (Barthe 2019). Affaiblir l’Iran par des nouvelles sanctions aurait sans doute un impact sur la capacité des rebelles Houthistes à mener des offensives au Yémen et dans la région, ainsi permettre au président Hadi de revenir au pays et de mettre en place un gouvernement. Tout de même, il va falloir que les Émiriens cessent de soutenir les milices salafistes dans le sud du pays, pour que le Yémen puisse avoir un espoir de retrouver la stabilité.