« Pour la dignité des femmes africaines » (Une analyse du blogueur Idriss Maham)

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(Une analyse du blogueur Idriss Maham)

C’est écœurant de voir ces données du The Lancet – Global Health indiquant les femmes africaines qui accouchent courent encore des risques considérables pour leur propre vie et celle de leur bébé. Elles ont en effet, selon l’étude, 50 fois plus de risque de mourir d’une césarienne que le reste du monde. Le résultat est le même pour les femmes jeunes et en bonne santé avant la grossesse qui ont accès, dans un établissement hospitalier, au le plus haut niveau d’intervention offert dans le cadre des soins obstétriques d’urgence ! L’étude étant faite sur une base de données provenant de pays africains à revenu intermédiaire, la morbidité et la mortalité réelles après une césarienne sur le continent sont donc susceptibles d’être plus élevées que celles signalées.

Les complications étant toutes prévisibles et évitables, c’est vraiment triste qu’une opération aussi maîtrisée et pratiquée dans le monde puisse donner aussi peu de chances de survie à nos mères et nos sœurs.

Plus on s’éloigne des villes en Afrique (souvent, elles-mêmes très peu dotées en infrastructures de qualité), plus les plateaux médicaux se raréfient voire disparaissent ; la prise en charge et le suivi des femmes sont un autre casse-tête. Sans accès à l’éducation, à la santé et aux emplois « formels », elles sont triplement défavorisées.

Pendant ce temps, les dignitaires politiques, qui sans le soutien des femmes, n’accéderont jamais au pouvoir, ne font même pas confiance aux médecins locaux pour un petit bilan de santé. Leurs femmes accouchent entre New York, Paris et Londres des enfants qui ignoreront tout de la poussière rouge des pistes remblayées avec des latérites qui empoisonnent les poumons des ruraux ; ils ne sauront jamais ce que sont le manque d’eau potable, l’énigme de la dépense quotidienne, et les chaleurs accablantes des villages désormais conquis par le désert, la sécheresse, la pauvreté.

Le bien-être des femmes est le dernier souci des Hommes Politiques africains.

Durant les campagnes électorales, elles demeurent pourtant la catégorie sociale la plus mobilisée et la plus chouchoutée.

Jetées aux oubliettes juste après, elles continuent inlassablement de soutenir leurs bourreaux à chaque joute électorale… se contentant de petites subventions de GIE, de petites parcelles de terre pour la culture vivrière commerciale, de petites célébrations, de quelques mètres de tissus à la gloire du Gourou et sous la houlette d’autres femmes hautement placées elles se font embarquer pour la plupart dans des mouvements politiques qui ne défendent ni leurs causes ni leurs intérêts.

Elles en oublient leurs droits essentiels, perdent de vue leurs véritables rôles et leurs places dans la marche du continent où elles sont sensiblement majoritaires.

Quasiment toutes les lois votées dans le continent leur sont défavorables. Du droit à la propriété au droit de l’héritage, du travail à la santé, elles sont très lésées, beaucoup plus que le reste des femmes du monde.

À ces discriminations “légales” se rajoute le poids des religions et des traditions qui les cantonnent à faire des enfants et la cuisine, à s’occuper de leurs maris…

C’est le comble du paradoxe qu’un mouvement féministe farouche d’inspiration afro-africaine tarde à naître pour démolir les gougnafiers politiques, faire tomber le patriarcat désuet afin de reprendre les droits des femmes et exiger des réformes structurelles profondes qui les placeraient au statut d’égale dignité et de respect à l’homme.

Il ne s’agit donc pas d’un dessein de supériorité,

Il ne s’agit pas d’un dessein nihiliste des valeurs et des réalités socioculturelles,

Il ne s’agit pas d’une demande de discrimination positive, d’une petite aumône ou de pitié

Il ne s’agit pas d’une « importation du féminisme occidentale et son approche » (argument très utilisé par les détracteurs de l’afro-féminisme)

Il s’agit plutôt d’une exigence, d’une urgence, d’une nécessité pour notre survie à tous.

Ceux qui agitent les prétextes de la religion et des traditions choisissent les « contextes » et les « passages » qui les arrangent et rendent flous et dévaluent les pans de l’histoire ancienne et des pages sacrées qui mettent en valeur et respectent les femmes ; mieux ils sont en contradiction totale avec leurs propres croyances. Tant ils défendent eux-mêmes que ces traditions et religions soient respectueuses des femmes. Mais nous savons que pour certains, une femme respectée et respectueuse c’est une femme dans la cuisine, au four et au moulin, courant derrière les enfants.

Il y’a un lien direct entre la pauvreté de nos pays et la condition des femmes. L’ONG britannique Save The Children mettait en relief dans son rapport de 2016 que l’Afrique apparaît comme le continent où la condition des femmes est la moins respectée (sur les 50 pays les moins bien notés du classement, 38 sont africains et les 20 derniers viennent tous de ce continent). Le Fonds des Nations Unies pour la Population abonde dans le même sens. Ces rapports pointent du doigt la paupérisation aggravée par les désastreuses conditions de la femme et par l’absence parfois de droits élémentaires pour elle.

On peut penser ce qu’on veut du travail des ONG en Afrique, mais les faits sont là, nous les voyons nous-mêmes, et c’est avec « les faits » que nous avons « à faire ».

Nous devons en prendre conscience et agir pour inscrire ce sujet au centre de nos préoccupations afin de le faire épouser par les Politiques. En effet, il nous faut des réponses politiques concrètes, structurelles et pragmatiques. C’est un combat pour les Hommes, pas contre les hommes.

L’espoir est cependant permis, les femmes franchissent de plus en plus les barrières rigides ; elles sont de plus en plus nombreuses à intégrer la fonction publique, les hautes responsabilités au sein de l’état-major des pays. Le Rwanda et l’Éthiopie ont établi une représentation paritaire entre homme et femme au sein de leurs gouvernements respectifs. Le pays de la reine de SABA est allé beaucoup plus loin en choisissant des femmes au poste de président du parlement (président du pays, titre honorifique, mais hautement symbolique), président de la Cour suprême, attaché de presse du Premier ministre, etc.  Le plafond de verre semble être brisé. Cependant beaucoup d’effort reste à faire, surtout pour la femme rurale, encore plus lésée que la femme urbaine.

De leur mépris résulte notre sort

De leur considération dépendra notre essor.

Une analyse du blogueur Idriss Maham.

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