Tension dans le Golfe : voici comment Riyad, Israël et USA vont déclencher la guerre contre l’Iran

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(Analyse du journaliste Cheikh Tidiane DIENG)

Les tensions montent d’un cran au Moyen-Orient. En effet, après un déploiement militaire impressionnant mené la semaine dernière par les Etats-Unis dans cette partie du monde en signe d’avertissement à l’Iran, les choses se compliquent une nouvelle fois. Cette fois-ici, c’est l’Arabie Saoudite qui se plaint d’avoir été attaquée.

Ce 13 mai, le ministre saoudien de l’Energie, Khalid Al-Fatih, a fait état d’ « actes de sabotage » ayant visé deux pétroliers saoudiens. Les attaques se sont produites ce dimanche 12 mai au large des côtes de Fujairah. « Heureusement, les attaques n’ont pas fait de morts mais elles ont détruit les structures des deux navires », a-t-il fait savoir.

D’après les informations du ministre recueillies par le média saoudien, Arab News, l’un des pétroliers se dirigeait vers le royaume saoudien afin d’être chargé de pétrole. L’or noir devait être transporté vers les Etats-Unis et était destiné aux clients Aramco (compagnie pétrolière saoudienne, ndlr).

A peine annoncée, l’affaire suscite déjà une véritable crise diplomatique. Du côté du gouvernement saoudien, on parle ouvertement d’un acte criminel. « Cet acte criminel pose une sérieuse menace à la sécurité du trafic maritime et affecte négativement la paix et la sécurité régionales et internationales », a réagi le ministre saoudien des Affaires étrangères.

Dans le monde arabe, l’incident n’est pas passé inaperçu. En effet, d’après le média saoudie Al-Riyad Daily, le secrétaire-général de la Ligue Arabe, Ahmed Aboul Gheit,  a fermement condamné les attaques. Ce dernier parle déjà d’une « violation inacceptable de la sécurité nationale des Arabes ».

Pour l’instant, l’Arabie Saoudite n’a désigné aucun coupable. Mais, déjà, tous les yeux sont braqués sur l’Iran. La République Islamique est, il faut le dire, l’ennemi numéro 1 du royaume saoudien dans une région où les tensions politiques et religieuses sont profondes et explosives. Si l’on prend le cas de la Syrie, l’on constate que l’Iran chiite est un allié de taille du régime de Bachar Al-Assad, un régime dont l’Arabie Saoudite sunnite veut se débarrasser à tout prix.

L’Iran s’est immédiatement senti visé et n’a pas hésité à réagir. Dans un communiqué rendu public ce lundi, l’Iran, par le truchement du porte-parole du ministère de des Affaires étrangères, Abbas Mousavi, dénonce des attaques « inquiétantes et déplorables » et a appelé à l’ouverture d’une enquête afin de déterminer les véritables causes de l’incident.

Ce qu’il faut surtout noter est que cet incident intervient dans un contexte particulier marqué par une militarisation du Moyen-Orient par les Etats-Unis qui accusent Téhéran de préparer des attaques contre des intérêts américains dans la région. Vrai ou faux ? En tout cas, le doute persiste.

L’Iran a-t-il vraiment intérêt à déclencher une guerre au Moyen-Orient ? Absolument pas. L’Arabie Saoudite a-t-elle intérêt qu’une guerre se déclenche au Moyen-Orient avec l’unique objectif d’affaiblir considérablement la puissance militaire d’un ennemi juré ? C’est tout à fait possible.

Je tiens à rappeler que les menaces contre l’Iran proférées par le royaume saoudien ne datent pas d’aujourd’hui. En effet, en novembre 2017, lors d’une interview accordée au New York Times, le prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salman, avait presque injurié le guide suprême iranien le comparant à Hitler.

« Le Guide Suprême Iranien est le nouveau Hitler du Moyen-Orient. Mais, nous avons appris de l’Europe que l’apaisement ne marche pas. Nous ne voulons pas que le nouvel Hitler en Iran répète au Moyen-Orient ce qui s’est passé en Europe », disait-il d’un ton particulièrement menaçant.

Depuis plusieurs années, l’Arabie Saoudite ne cache pas sa volonté d’aller tout droit vers une confrontation avec l’Iran. Aussi, devrais-je rappeler que la décision maladroite de Riyad de rompre ses liens diplomatiques avec son voisin du Qatar en 2016 fut un avertissement clair adressé à un pays du Golfe dont la volonté de se rapprocher de Téhéran ne pouvait être acceptée. Cependant, Doha ne s’est pas laissé intimider. Il a rétabli ses relations diplomatiques avec l’Iran le 24 août 2017, aggravant la crise à ses risques et périls.

L’équation est assez complexe. Cependant, si l’on creuse un peu plus, on trouve une explication troublante de ce qui se joue réellement. Je pense (et je peux certes me tromper) que la volonté obsessionnelle de l’Arabie Saoudite de se débarrasser de l’Iran est une stratégie savamment orchestrée et qui ne profitera qu’à une seule puissance qui, jusqu’ici, agit dans l’ombre : Israël.

Autant l’Iran est une menace pour l’Arabie Saoudite dans la région, autant il l’est pour Israël. La guerre civile en Syrie où l’implication d’Israël ne fait plus de doute a attisé les tensions. Pour Israël, le soutien indéfectible que l’Iran apporte à Bachar Al-Assad rend presque impossible la chute de celui-ci (tant voulue par Tel Aviv). Pour l’Arabie Saoudite qui veut être la seule voix du monde islamique sunnite, avoir un rival chiite dans la région est tout particulièrement gênant.

Ainsi, pour arriver à neutraliser l’Iran, les deux puissances régionales (Arabie Saoudite et Israël) savent désormais qu’elles doivent s’allier. Pour l’instant, les deux puissances disent n’entretenir aucune relation diplomatique. Mais, je peux vous confirmer que des contacts sont bien noués entre elles et que des agents israéliens et saoudiens se rencontrent en catimini depuis 2017, comme l’attestent plusieurs sources fiables.

Un paramètre à prendre en compte. Ce projet de neutraliser l’Iran est désormais facilité par l’actuel président des Etats-Unis. En effet, depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump n’a jamais dissimulé sa stratégie au Moyen-Orient qui consiste à renforcer davantage Israël et l’Arabie Saoudite en exauçant leur vœu : affaiblir considérablement l’influence politique et militaire de la République Islamique d’Iran dans la région.

Trump est devenu malgré lui l’idiot utile de deux puissances militaires et diplomatiques. Ces deux vont inéluctablement le mener vers une guerre qu’il ne veut pas, comme l’a si bien compris le régime iranien. « Je ne pense pas que Trump veuille la guerre. Mais, on pourrait l’y mener ». Voilà ce qui disait Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères ce 24 janvier avril dernier. Et il n’a pas tort.

En tout cas, du côté de l’Iran, les manipulateurs sont démasqués. Si les Etats-Unis font semblant de n’avoir pas compris le message de Téhéran, le régime iranien sait parfaitement bien qui est à la manœuvre. Lors d’une interview accordée à Face The Nation il y a une semaine, Javad Zarif désignait les 4 B comme étant les instigateurs de cette guerre. « Benjamin Netanyahou, Ben Salman, Ben Zayed et Bolton. Ces gens veulent la confrontation », martelait Zarif.

Les attaques qui ont visé ce dimanche les deux pétroliers saoudiens ne sont, à mon avis, qu’une manœuvre mise en place par l’Arabie Saoudite afin de déclencher les hostilités contre un pays qui ne veut pas la guerre (l’Iran). Et cette stratégie maladroite pourrait nous mener tout droit vers une troisième guerre mondiale dont les conséquences seront désastreuses. La communauté internationale doit désamorcer cette crise avant qu’il ne soit trop tard.