En décrétant la mort du FCFA au Parlement français, Macron confirme que l’Afrique est toujours une colonie

Le néocolonialisme dans toute sa splendeur. Emmanuel Macron a toujours rejeté l’étiquette “néocolonialiste” qui est collée à la France dans ses rapports avec l’Afrique, un continent avec lequel elle (la France) partage une Histoire vieille de plus de trois siècles. Pourtant, dans les faits, il serait difficile de voir le contraire car l’Afrique reste très largement sous domination politique française et sur le plan économique, rien n’a vraiment changé.

La réalité actuelle est que les pays africains francophones (qui, contrairement à ce qu’on peut entendre chez certains dirigeants politiques français, sont très fiers d’utiliser cette richesse culturelle qu’est la langue française comme moyen de communication) veulent s’affranchir du joug de l’ancienne puissance coloniale. Ce n’est pas une opinion. C’est un fait et la prolifération de mouvements panafricanistes soutenus par une large partie de la jeunesse africaine le confirme.

Macron avait promis de ne pas s’ingérer dans les affaires internes des Etats africains. Pourtant, il fait semblant que la monnaie FCFA, née en 1945 et utilisée par 14 pays africains et totalement contrôlée par la France, ne fait pas partie de ces problèmes et que la France peut et doit toujours avoir le dernier mot sur le destin d’une monnaie qui, il faut oser le dire, est de plus en plus décriée par d’éminents économistes africains qui voient sa mise en circulation dans les anciennes colonies françaises d’Afrique comme une nouvelle forme d’esclavage économique dont seule la France tire profits.

Venons-en aux faits. Le 22 décembre 2019, Emmanuel Macron s’était rendu en Côte d’Ivoire pour y rencontrer Alassane Ouattara, actuel président du pays. Au menu de cette rencontre très suivie par les Africains : la mort du FCFA et la naissance d’une nouvelle monnaie baptisée “ECO”.

Lors de cette rencontre, le président Ouattara avait annoncé des réformes en profondeur dans les relations économiques entre l’Afrique francophone et la France : le changement du nom du CFA qui s’appellera en 2020, ECO ; l’arrêt de la centralisation de 50% des réserves de change des pays de la zone CFA au trésor français et la fermeture du compte d’opération et enfin le retrait des représentants de la France de tous les organes de décisions et de gestion de l’UEMOA.

Le président ivoirien justifiait ces réformes par la nécessité de « construire le futur de l’Afrique de manière responsable afin d’attirer les investissements privés, de créer des emplois et de poursuivre le développement économique de nos pays ». Mais, dans son discours, Ouattara s’était tiré une balle dans le pied en annonçant que les présidents des pays de l’UEMOA ont accepté de maintenir la parité fixe de la nouvelle monnaie, ECO, avec l’euro.

Il est intéressant de faire remarquer que dès l’annonce de l’implication de la France dans ce projet qui avait suscité un immense espoir chez la jeunesse africaine francophone, le Nigeria et le Ghana, deux géants économiques anglophones qui faisaient partie du projet, se sont retirés. Ils avaient certainement vu le stratagème savamment ourdi par des Etats africains notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire de confier la gestion de cette nouvelle monnaie à la France qui, sous le prétexte de garantir la stabilité de la nouvelle monnaie, serait la seule à tirer les marrons du feu.

Ainsi, le Nigeria, le Ghana et trois autres pays (Libéria, Guinée et Sierra Leone) ont dit niet, laissant les Etats francophones dans une situation très inconfortable face à une immense colère de leur peuple. Dos au mur, les dirigeants de ces Etats, qualifiés pour la plus tard de “préfets” de la France en Afrique, n’avaient pas trop de choix.

Pour éviter tout soulèvement populaire contre le FCFA, ils se sont retrouvés dans l’obligation d’aller jusqu’au bout de leur promesse en annonçant la naissance d’une nouvelle monnaie africaine sachant que les conditions ne sont toujours pas réunies pour déclencher une telle opération. C’est exactement ce qui s’est passé. Et la méthode par laquelle s’est opéré ce changement est une insulte à tous les peuples africains à qui on a fait miroiter l’espoir d’un avenir meilleur.

En effet, ce 10 décembre 2020, en pleine pandémie, la France de Macron a ratifié l’accord monétaire conclu en 2019 en Côte d’Ivoire avec les pays de l’UEMOA. Autrement dit, le FCFA devient l’Eco mais la parité fixe est maintenue avec l’Euro. Quelle blague! En gros, on a dépecé le mouton (FCFA) et la France (qui a réussi à maintenir la parité fixe avec l’Euro) s’est accaparée de toute la viande en ne laissant aux Africains que la peau de la bête. Ce faisant, la France a opéré un véritable tour de passe-passe dont elle est la seule à avoir le secret.

D’ailleurs, lors d’une interview accordée au député français, Jean-François Mbaye, la journaliste de RFI a rappelé la brillante phrase de la sénatrice française Nathalie Goulet qui, expliquant le passage du FCFA à l’Eco, avait adopté un ton humoristique : “vous avez une voiture. Vous changez la carrosserie du franc CFA et vous l’appelez l’éco, mais le moteur va rester le même”, ironisait-elle. C’est exactement cela.

D’ailleurs, expliquant le besoin pour la France de maintenir la parité fixe, voici la réponse de Jean-François Mbaye : “au-delà de venir soutenir l’économie de la sous-région, il y a aussi bien évidemment, et je le dis sans langue de bois, nos intérêts à préserver notamment des grandes entreprises qui ont l’habitude d’être dans cette zone-là. Et donc effectivement, il y a certainement une volonté aussi de préserver une monnaie qui est assez stable pour permettre des échanges aussi de nos entreprises françaises qui sont basées à l’étranger”

Ok! Le FCFA est donc “mort” et c’est désormais l’ECO qui le remplace. Mais, a-t-on demandé aux Africains leurs avis sur cette décision? Absolument pas. Toute l’opération a été menée secrètement depuis la capitale française en pleine pandémie sans que les Africains n’aient leur mot à dire. En agissant de la sorte, la France renvoie les Etats africains à leur éternelle condition de colonisés qui doivent obtempérer à toutes les décisions venues de Paris. C’est d’autant plus insultant que les citoyens européens ont été consultés sur l’Euro avant la mise en circulation de cette monnaie en 2002.

Et pourtant lorsque cette cruciale question de l’implication des Etats africains dans le changement de cette monnaie est posée, le député français Mbaye fait preuve d’une arrogance qui indigne plus d’un. “On ne peut pas continuer à reprocher à quelqu’un de faire du maquillage si vous-même vous n’allez pas au fond de la question. À ce jour, nous n’avons aucun Parlement africain qui ait fait ce travail de fond que le Parlement français a fait, c’est-à-dire le passage en commission avec un rapport pour avis en commission des Finances, avec un rapport au Sénat qui a été publié, avec une commission des Affaires étrangères qui l’a examiné au fond, et un passage en séance publique à l’Assemblée nationale qui actera la ratification de cet accord. Il n’y a pas un Parlement de la zone UMOA qui l’a fait, pas un. Et on reproche à la France de faire de cet objet du maquillage. Le comité interparlementaire de la zone UMOA ne se saisit même pas de cette question. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest ne se saisit même pas de cette question. On ne peut pas faire de reproches à la France, on marche sur la tête ! Quand vous avez un sujet aussi sensible, aussi important puisqu’on parle quand même de question de souveraineté monétaire, il me semble important que nos collègues et nos amis parlementaires africains puissent aussi débattre au fond de cette question”, crache-t-il. Et tout est dit.

Une fois de plus, la volonté du peuple africain est totalement piétinée par la France qui, dans ce passage du FCFA à l’Eco, ne s’est souciée que de ses propres intérêts. La question à se poser est désormais celle de savoir si cette opération politique menée dans la plus grande opacité recevra la bénédiction des peuples africains dont l’unique souhait a été, en tout cas ces dernières années, d’arriver à une pleine souveraineté monétaire qui ne peut passer que par le contrôle de sa devise nationale.

Pour celles et ceux qui rêvaient d’assister à la naissance d’une monnaie 100% africaine, la déception doit être grande. En tout cas, une chose est sûre : la France n’est pas encore prête à lâcher le morceau.

Affaire à suivre!

 

 

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