Coronavirus : faut-il repenser la globalisation? (Par Sidy Touré)

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(Une analyse de Sidy Touré)

La solidarité et les relations humaines avaient jusqu’ici vécu de beaux jours et ce depuis la création de la très célèbre Croix Rouge en 1864 par Henry Dunan. Depuis lors, l’humanité semblait progressivement et résolument marcher vers la reconnaissance de la communauté de son destin surtout à travers la globalisation, la création et la consolidation des unions dans le monde, la floraison d’organisations à but non-lucratif qui œuvraient par humanisme. Cette dynamique a pris un coup dur avec la propagation de la pandémie liée au Covid-19 qui a démarré en Chine en Décembre dernier.

Le monde a marqué le pas lorsque le Coronavirus a commencé à sévir à Wuhan dont la population a traversé un début d’année assez compliqué. Sans l’assistance d’aucun pays ou entité, la Chine a, avec fermeté et courage, su surmonter l’épreuve avant qu’elle ne commence à se propager dans le monde en mettant un dispositif impressionnant et une stratégie bien réfléchie. Pourtant, l’Empire du Soleil levant était bien dans le besoin pressant d’assistance médicale technique, financière et humaine. Hélas, gouvernements du monde et Organisations non gouvernementales croisent les bras pour regarder la Chine se débrouiller à sa manière (mise en quarantaine de millions de personnes) et avec les moyens du bord combattre ce qui sera plus tard la pandémie du Coronavirus.

Mais les chaînes de la solidarité humaine internationale se sont plus fragilisées  et affaissées lorsque la demande d’appui médical du gouvernement italien fût rejetée par les deux grands (Allemagne et France) de l’Europe, censée être protectrice de toute maillon faible du groupe surtout dans des circonstances aussi graves que désastreuses. L’Europe inflige alors à Rome un gifle qu’elle n’oubliera pas de sitôt et qui sonne en même temps comme une déclaration de confinement de chaque pays membre à un moment où la consolidation des liens était plus que nécessaire. C’est aussi une réponse négative explicite aux autres demandeurs de faveurs de toute sorte en ces périodes sombres de l’humanité.

Cette position de l’Union Européenne pourrait avoir des conséquences fâcheuses dès la sortie de crise du Covid-19. L’humanité a montré ses limites de la solidarité et de l’entraide en laissant à chaque pays gérer tout seul la pandémie. Institutions internationales, gouvernements, Unions économiques et politiques, organisations humanitaires ont tous rangé aux oubliettes leur mission salvatrice pour se recroqueviller sur l’instinct de survie comme dernier rempart.

Il est devenu légitime de s’interroger sur le tournant qu’aura le monde après cette crise surtout au sein de l’Union Européenne dont les frontières se ressuscitent au quotidien. Que deviendra ce «village planétaire» après que le manque de soutien à l’échelle internationale ait fini de bloquer toute la chaîne logistique mondiale qui avait comme cœur la Chine ? L’humanité va-t-elle repenser l’interconnexion qu’elle croyait être sa plus grande force d’appui ? La concentration de la majeure partie des biens en Chine est-elle encore pertinente après que le virus a fini de confiner tous les pays et ce malgré les solides accords déjà en place ?  Que deviendra l’Union Européenne si l’Italie décide de se retirer pour venger le manque de solidarité dont elle a fait l’objet ?

Autant de questionnements sans réponses concises ! L’évidence est que rien ne sera plus comme avant et que d’une manière ou d’une autre l’UE va payer de son intrépide turpitude d’abandonner l’Italie à elle seule devant la menace du coronavirus. Les Institutions et organisations internationales devront redéfinir leur mission, recadrer leurs objectifs et réorienter leurs priorités face aux défis communs à venir.

Ce n’est pas «la guerre» comme le prétend M. Emmanuel Macron et même si c’était le cas, la solidarité, au moins des grands blocs, devaient être plus de mise. Le capitalisme comme la globalisation ont laissé saillants leurs faiblesses devant le Coronavirus.

La pandémie a eu le mérite de démontrer que la centralisation de la production et de la logistique en Asie principalement en Chine devenue la grande usine du monde pour des raisons purement économiques est une erreur avec un prix cher à payer.

Sidy Touré

Spécialiste en développement international et action humanitaire. Washington DC.

stoure@ulaval.ca