Inondations au Sénégal : quand l’Etat distribue des fonds publics pour calmer un peuple en colère

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L’hivernage s’installe au Sénégal, les fortes pluies commencent à faire des dégâts matériels et humains considérables et le gouvernement du Sénégal pensent pouvoir régler le problème en soudoyant les familles des victimes. En effet, il y a deux jours, des fortes précipitations ont causé la mort de deux enfants dans la localité de Bambilor.

Dans la presse, la population, en détresse, a pointé du doigt la responsabilité de l’Etat dans la disparition de ces deux êtres âgés de 15 ans et de 8 ans. Pour Abdoulaye Sylla, membre du « Collectif Sam Sa Gokh », la construction de nouvelles cités est à l’origine de la catastrophe. M. Sylla accuse la société Akys d’avoir érigé des maisons sur un passage d’eau naturel.

« Comment peut-on ériger des maisons sur le passage naturel de l’eau ? C’est ce qu’a fait la société Akys. J’avais alerté en parlant au maire et au sous-préfet. Le préfet a dit qu’il allait écrire à qui de droit et le maire a dit qu’il n’est pas technicien et que les techniciens l’avaient rassuré qu’il n’y aura pas de problèmes. En construisant la cité Akys, toutes les voies d’évacuation des eaux ont été bloquées. Aucune planification n’a été faite pour la réalisation de nouvelles cités qui nous entourent et cela, c’est la faute à nos autorités », dénonce Sylla au micro du journal Lequotidien.sn.

Dans la presse, on nous a appris ce vendredi que Serigne Mbaye Thiam, ministre de l’Eau et de l’Assainissement, s’est rendu à Bambilor pour rencontrer une population en colère mais aussi pour présenter ses condoléances aux familles des deux victimes. Pour calmer les deux familles, il leur a remis à chacune une enveloppe de 1 millions de FCFA.

Et c’est là où j’ai un sérieux problème avec nos dirigeants politiques. Chaque année, des millions de FCFA sont distribués à des familles ayant perdu des êtres chers dans des inondations ou dans l’effondrement de leurs maisons dues à des intempéries. Et pour résoudre ces problèmes d’urbanisation, l’Etat pense que seul l’argent est la solution.

Dans le discours de M. Sylla, il y a deux problèmes d’une importance capitale soulignés : l’indifférence de nos dirigeants politiques quant au sort de la population qu’elles sont sensées servir et les négligences notoires en matière d’infrastructure qui sont souvent à l’origine de ces genres de catastrophe.

M. Sylla dit avoir alerté la préfecture qui, logiquement, aurait dû prendre l’affaire très au sérieux en alertant, à son tour, les autorités compétentes. Elle ne l’a jamais fait. De l’autre côté, le maire dont la mission consiste à veiller à la sécurité de sa population se dédouane en trouvant un prétexte insoutenable : « je ne suis pas mécanicien ».

Et alors ? M. le Maire, vous n’avez certes pas été nommé à cette fonction pour vous substituer aux mécaniciens, mais il y va de votre responsabilité de veiller à ce que tous les chantiers réalisés au niveau de votre ville se déroulent dans les règles de l’art. En refusant d’endosser vos responsabilités, vous avez failli à votre mission et vous méritez, pour cette raison particulière, d’être révoqué. Je vous signale qu’il y a deux semaines, en France, le maire de Signes, avait été tué en plein exercice de sa fonction en essayant d’empêcher que des gravats soient déversés dans sa commune.

Depuis plusieurs décennies, les dirigeants africains ont brillé par leur incurie, leur manque d’organisation, leur gabegie et leur indifférence totale vis-à-vis des populations. Ils attendent toujours que des drames se produisent pour venir distribuer quelques miettes qui ne changent pas le quotidien des familles éplorées. Dans un pays où le coût de la vie est de plus en plus cher, pensez-vous que la maudite somme de 1 million de FCFA suffirait à sécher les larmes d’une  mère ayant perdu son enfant ? Distribuer de l’argent est bien beau dans un pays pauvre où les gens peinent à joindre les deux bouts. Mais, prévenir ces genres de drame est encore mieux.

Pendant ce temps, on nous révèle que pas moins de 66 milliards de FCFA ont déjà été dépensés depuis 2012 pour résoudre ces problèmes. Et, comme par hasard, aucune solution n’est encore trouvée et d’années en années, la situation va de mal en pie. Et pendant ce temps, on nous parle de plus de mille milliards  de FCFA dépensés dans un projet farfelu qui, en aucun cas, n’est une priorité pour le sénégalais moyen : le fameux TER.

Il arrive un moment où il faut vraiment savoir dire basta ! Cette incompétence est une honte !