Violences policières, Gilets Jaunes, tensions sociales : si la colère populaire éclate, Macron pourrait tomber

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La situation se complique pour Emmanuel Macron. En effet, l’Etat d’urgence décrété en mars dernier et prolongé jusqu’au 24 juillet aurait pu permettre à l’Etat, en tout cas jusqu’à cette date, de contrôler totalement le pays et de réfléchir sur les stratégies à mettre en place pour éviter tout débordement le jour où cet Etat d’urgence sera levé. Car, ce jour arrivera inévitablement.

Cependant, la mort tragique de George Floyd, citoyen américain noir âgé de 46 ans et tué par un policier blanc est passée par là et risque sérieusement de saper ce climat de tranquillité dont l’Etat français pouvait encore jouir pour diriger le pays pendant au moins un mois.

Nous pensions tous que les violences policières qui ont récemment ciblé la communauté noire aux Etats-Unis, conduisant à la mort de beaucoup de jeunes dans des conditions parfois inhumaines, étaient un problème américain et que la France ne devait en aucun cas s’inquiéter de ces scènes de pillage filmées et largement diffusées sur les réseaux sociaux ces derniers jours.

Sauf que quelques heures plus tard, le pays entier se rendra compte que cette même colère qui secoue l’Amérique et fait trembler l’administration Trump à cinq mois de la présidentielle est bien présente en France et que si jamais elle venait à exploser, elle pourrait faire très mal et pourrait éventuellement coûter très cher à un Etat très fragilisé par une série de tensions sociales (Gilets Jaunes, réformes des retraites).

En effet, ce 2 mai, plus de 20 000 manifestants anti-violences policières se sont donnés rendez-vous devant le Tribunal Judiciaire à Paris pour rendre hommage à Adama Traoré, jeune français d’origine malienne mort dans des circonstances extrêmement floues lors d’une interpellation policière qui a mal tourné dans le Val-d’Oise en juillet 2016. Lors de cette manifestation qui a connu un succès spectaculaire, des incidents ont éclaté dans la soirée vers 21 heures.

Des débordements qui ont déjà commencé à faire trembler le pouvoir car dans un twitte posté ce mardi, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, n’a pas caché son indignation. “La violence n’a pas sa place en démocratie. Rien ne justifie les débordements survenus ce soir à Paris, alors que les rassemblements de voie publique sont interdits pour protéger la santé de tous”, a-t-il dénoncé.

Je dois signaler que cette manifestation en soutien à Adama Traoré a eu lieu deux jours après celle des sans-papiers qui ont aussi bravé l’interdiction du préfet de Paris pour exiger de l’Etat qu’il les régularise. Autrement dit, en l’espace de trois jours, deux manifestations (qui ont accueilli des milliers d’individus) ont été organisées dans la capitale en pleine crise sanitaire et en violation totale des règles de l’Etat d’urgence qui les interdit. C’est un message très fort adressé au pouvoir et que celui-ci doit savoir interpréter.

Les manifestations contre les violences policières qui secouent les Etats américains sont bien arrivées en France et il y a fort à parier qu’elles perdurent dans le temps compte tenu des récentes violences policières sur des Gilets Jaunes mais aussi sur des habitants de la banlieue parisienne qui, ces dernières années, ont été nombreux à dénoncer le racisme dans la police. Une situation qui fait trembler l’Etat et pour cause!

Macron, contrairement à Trump, n’a pas les moyens de faire face à un tel déferlement de colère. En effet, contrairement au système politique américain décentralisé qui libère (un peu) le gouvernement fédéral et fait reposer la lourde responsabilité de gérer les tensions sociales au niveau étatique sur les épaules des gouverneurs, la France reste un Etat très centralisé où tout repose sur les épaules d’un seul homme déjà dépassé par les quelques crises sociales qui ont secoué le pays ces deux dernières années.

En prenant l’exemple des deux dernières manifestations illégales organisées en plein Etat urgence, les Gilets Jaunes qui ont reçu l’interdiction formelle de manifester depuis le 11 mai, date du déconfinement, pourraient eux aussi éventuellement être tentés de descendre dans les rues pour affronter un système qui ne trouve pas grâce à leurs yeux.

Car, sérieusement, je ne pense pas, d’ici le 24 juillet, que les farouches opposants au pouvoir (qui n’en peuvent plus d’être confinés chez eux) puissent accepter l’idée d’être cloués indéfiniment dans leurs canapés attendant gentiment et poliment de l’Etat qu’il leur donne l’ordre de faire valoir leur droit de manifester. L’Etat d’urgence a été violée deux fois un moins de cinq jours. Il le sera une troisième fois dans les jours qui viennent.

L’autre danger à prévoir est qu’en réaction aux manifestations contre les violences policières sur des personnes de couleur, l’extrême-droite et les mouvements identitaires prennent d’assaut les rues de la France en soutien aux policiers. Une telle situation reste une hypothèse qui pourrait éventuellement se réaliser compte tenu du climat actuel.

Les tensions raciales, la colère des retraités et des Gilets Jaunes qui n’ont pas encore dit leur dernier mot et les violences policières de plus en plus dénoncées ont transformé la France sous Macron en une véritable poudrière. Désormais, la moindre étincelle suffit pour que le pays entier parte en fumée.

Si aux Etats-Unis, malgré la pression sociale et médiatique, Trump arrive tant bien que mal à gérer une situation explosive qui se présente à lui, ce ne sera pas le cas du pouvoir français très centralisé et très jacobin. Si jamais une seconde vague de colère sociale éclate, l’hypothèse que le pouvoir tombe ne serait plus écartée.